CHAPITRE III. =» BRÈVES NOTES DESCRIPTIVES DES CIMETIÈRES
des saints, lorsqu'on fit la translation de leurs corps à l’église de Ste Bibiane. En voici le texte:
MARTURES : SIMPLICIUS. ET FAUSTINUS QUI PASSI SUNT IN FLUMEN TIBERE : ET POSI TI SUNT IN CIMITERIUM GENEROSES. SUPER FILIPPI
Mais ce cimetière est surtout intéressant parce qu'il est situé au sommet d’une colline occupée par le bois sacré des Frères Arvales, le fameux lucus deae Diae. Le sujet est des plus attrayants, mais ne peut nullement cadrer avec le dessein de notre manuel. Nous en reparlerons donc dans une monographie spéciale, que nous avons l'intention de préparer sur les cimetières de la voie de Porto, ainsi que sur tous ceux des autres voies romaines.
ARTICLE V. — La voie Aurelia.
La voie Aurelia doit probablement son nom au censeur Aurelius Cotta qui la fit construire en 602 de Rome (151 avant notre ère). Elle sortait de la porte Janiculensis et menait à Centumeellae (Civitavecchia) sur un parcours de 42 milles romains (62 kilomètres environ). Elle fut plus tard continuée jusqu’à Arles. Cette voie, que plusieurs documents appellent antique, pour la distinguer d’une autre bien moins longue et de moins d'importance, avait quatre cimetières aux portes de Rome: $S. Pancrace, les SS. Procès-et-Martinien, les deux Félix, et Calépode.
CIMETIÈRE DE S. PANCRACE.—$S. Pancrace est généralement le premier martyr signalé sur la voie Aurelia antique par les itinéraires du septième siècle, et son cimetière fut connu et visité même après la grande translation des corps saints. Maïs l’histoire de ce martyr est des plus obscures : on raconte qu'il fut décapité sur la voie Aurelia, âgé de douze ans à peine, pendant la persécution de Dioclétien, et qu’une pieuse matrone du nom d’Ottacilla recueillit son corps et le déposa dans une propriété à côté de la voie où il avait subi le martyre. Tout cela est déjà en grande partie prouvé par les monuments: et la propriété de lamatrone Ottacilla était employée à la sépulture des fidèles même avant la déposition de $. Pancrace. Une basilique fut érigée sur son tombeau, au temps de la paix: le pape Symmaque (498-514) la restaura et l’embellit d’abord; puis, au septième siècle le pape Honorius la réédifia
complètement, et rappela ce fait en y faisant placer une inscription
que l’auteur de l'itinéraire d’Einsiedeln à copiée et nous à transmise. Le fait que le corps de $S. Pancrace resta dans la basilique cimitériale, même après la translation générale des reliques, fit que le cimetière fut toujours visité, de même que celui de $. Sébastien, et qu'on finit par croire, avec le temps, que tous les souvenirs chrétiens de la voie Aurelia y étaient renfermés. Le cimetière est de peu d'importance, presque complètement dénué d'inscriptions et de peintures. On n'y reconnaît plus qu'une scène représentant une barque avec des colombes. Mais tout le cimetière n’est pas encore connu, et 1l peut y avoir des saleries et des monuments de quelque importance qui sont toujours cachés à nos regards. Quant aux reliques, elles furent malheureusement dispersées pendant la Grande Révolution. Il y à pourtant des archéologues qui soutiennent qu’elles furent enfouies en une cachette dont
on ne se rappelle plus l'emplacement.
CIMETIÈRE DES SS. PROCÈS ET MARTINIEN. — La position exacte de ce cimetière n’est pas encore bien déterminée, mais il paraît que son emplacement était au-dessous de la villa Doria-Panfili. La région cimitériale qui s'y trouve ne manque pas, surtout dans ses lignes architecturales, de traces de la plus haute antiquité; mais par malheur elle est presque entièrement démolie et méconnaissable. Les documents ecclésiastiques et hagiographiques nous disent concordément que les Saints Procès et Martinien étaient deux soldats convertis et baptisés par S. Pierre, et décapités pour cela sur la voie Aurelia. Leurs corps furent ensevelis par une matrone appelée Lucine dans une de $es propriétés. II est fort probable que c’est la même matrone qui recuellit le corps du Grand Apôtre et l’ensevelit dans une autre de ses propriétés, sur la voie d’Ostie. De Rossi pensa avec raison qu'elle était aussi propriétaire de l’hypogée de la voie Appienne, où une de ses descendantes, ayant de commun avec elle la piété et le nom chrétien, déposa au troisième siècle le corps du pape $S. Corneille. Les SS. Procès et Martinien furent probablement portés au quatrième siècle dans une basilique qui avait été érigée au-dessus de leur cimetière ; ils y restèrent certainement jusqu’au neuvième siècle, où le pape Pascal I°' les fit déposer dans un sanctuaire du Vatican, qui correspond dans la basilique actuelle à l’autel au fond de la nef transversale de droite, en regardant la Chaire de $S. Pierre. La basilique cimitériale des $S$S. Procès et Martinien prit au moyen-âge, on ne sait trop comment, le nom de S® Agathe in fundo lardario, ou encore in girulum.
Quoi qu'il en soit du nom de cette église, son souvenir et celui du cimetière disparurent complètement dès le quatorzième siècle.