‹ Manuel d'archéologie chrétienneChapitre 36 sur 305 · CHAPITRE III. - BRÈVES NOTES DESCRIPTIVES DES CIMETIÈRES · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. - BRÈVES NOTES DESCRIPTIVES DES CIMETIÈRES

Le cimetière est très étendu; il à deux étages et renferme des peintures et des inscriptions précieuses. Une des principales fresques de ces catacombes est celle qui représente la Sainte Vierge avec son divin Fils; le prophète Isaïe est devant elle et indique du doigt une étoile située sur la tête de l'enfant Jésus, symbole de la lumière promise au genre humain et attendue de tant de générations. Cette image de la Sainte Vierge, que l’on attribue aux commencements du 11° Siècle, est la plus ancienne de toutes. Mais les parois d’une autre chambre sépulcrale de ce même cimetière, connue sous le nom de Chapelle Grecque à cause de deux inscriptions dans cette langue, sans aucune importance, écrites au minium, sont ornées d’autres peintures du deuxième siècle, également fort précieuses. Outre les scènes ordinaires du cycle biblique, on y admire la représentation d’une table autour de laquelle sont des convives, au nombre de six, que l’on voit à demi couchés, comme les anciens en avaient l’habitude aux banquets. Les plats qui se trouvent sur la table sont deux pains et Cinq poissons, évidemment pour rappeler la multiplication miraculeuse de ces éléments, à laquelle font aussi allusion les sept cor- Dbeilles que l’on voit disposées de chaque côté, un peu en dehors de la scène (1). Un septième personnage, portant la barbe, est assis sur un escabeau, à l’extrémité droite du banquet; il à devant lui un calice avec des anses, et brise un pain marqué d’une croix. C’est là une représentation symbolique de la fractio panis, ou rupture du cor qui n’est rien d’autre que le banquet eucharistique.

Les inscriptions aussi sont de la plus haute importance ; non seulement beaucoup d’entre elles rappellent par leurs expressions dogmatiques les croyances des chrétiens primitifs, mais encore nous y trouvons plusieurs fois répétés les noms des princes des Apôtres.

Le fait que toute cette région est aqueuse, le grand nombre de piscines qu’elle renferme, ses souvenirs de l’âge apostolique, et d’autres arguments de peu d'importance firent croire que c’est ici et non sur la voie Nomentane qu'il faut placer le fameux cimetière Ostrien. On reconnaît que c’est une erreur et que le cimetière Ostrien doit être sur la voie Nomentane d’après les indications historiques.

ARTICLE X. — La voie Nomentane.

CIMETIÈRE DE S. NICOMÈDE. — Nicomède est le nom d’un martyr immolé pendant la persécution de Domitien, qui aurait enseveli le

(1) Matth. x1v, 13-22; Marc. vit, 34-44; Luc. 1x, 12-17; Johan. vi, 1-16.

corps de Sainte Felicola sur la voie Ardéatine. Accusé d’être chrétien, il fut battu avec des verges armées de grains de plomb, et jeté au Tibre. Un de ses disciples nommé Juste l’aurait déposé dans un jardin potager près des murs de la ville. Quelle que soit la valeur historique de ces données, elles correspondent assez bien aux indications archéologiques locales. Mais il est probable qu’un autre cimetière existait dejà là où fut enterré ce martyr, car une inscription qu’on y à retrouvée parle d’un monument funéraire avec son area, qu'un certain Valère Mercure avait préparé pour lui, sa femme, ses affranchis et leurs descendants appartenant à sa religion: ad religionem pertinentes meam, dit le texte. Il faut avouer que le style romain de celui-ci ne convient guère à un monument d’épigraphie chrétienne; mais comme il s’agit d’une inscription du premier siècle, l'emploi de formules classiques n'exclut pas que son propriétaire ait été chrétien. Cependant la phrase ad religionem pertinentes meam pourrait se rapporter aussi à une des nombreuses sectes orientales dont Rome était déjà remplie au temps d’Auguste.

Le cimetière était situé sous l’ancienne villa Patrizi, détruite par la municipalité de Rome vers la fin du siècle dernier, non loin de l’emplacement de la caserne des prétoriens, ce qui explique la présence de l’épitaphe d’un de ces soldats dans un hypogée de cette localité. Un oratoire fut construit sur ces catacombes aux temps de la paix: le pape Boniface V le réédifia vers l’an 620, et, au huitième siècle, le pape Adrien 1% y fit d'importantes restaurations. Mais à partir du 1x° siècle, le pape Pascal I ayant transporté les reliques de $. Nicomède dans l’église de S*° Praxède, cette chapelle tomba en ruines.

CIMETIÈRE DE S°'° AGNÈS. — On n’a qu'un très petit nombre de détails absolument certains sur les origines de ces catacombes, qui doivent leur nom à une des plus célèbres martyres dont l’Église ait gardé le souvenir. Tous les documents, dont aucun n’est antérieur aux temps de la paix, sont d'accord pour nous indiquer ce cimetière comme une propriété de la martyre elle-même: Agellus S. Agnétis (jardin potager de S'° Agnès). Mais les monuments trahissent une origine bien plus reculée. La différence n’est peut-être qu’ apparente, cette petite propriété ayant pu être un cimetière de famille jusqu'aux temps de Valérien, époque à laquelle la plupart des érudits attribuent le martyre de cette jeune fille.

I paraît qu'à partir de ce moment cette propriété funéraire aurait perdu son cachet familier et particulier, puisqu'on y admettait tous ceux qui, par dévotion pour la jeune martyre, désiraient y établir leur sépulture. Restent maintenant à résoudre les problèmes se rap-

Page 1