CHAPITRE I. - LES SOURCES DE L’ARCHÉOLOGIE CHRÉTIENNE
diquer des doëèuments authentiques, ces mots expriment la plupart du temps l’idée de compositions tardives, ne contenant d’autres vérités que le fond de la narration, et, souvent aussi, les noms et les indications locales. Mais, dès le cinquième siècle, l'Église recommandait aux fidèles de se méfier, et de ne pas considérer ces narrations comme historiques ; il y à même, entre autres documents faisant preuve de cette recommandation, le fameux décret gélasien, par lequel il est défendu de lire certaines Passions dans les assemblées liturgiques, et cela parce qu’elles étaient d'auteurs inconnus, et à cause de leur affinité avec la légende.
Quoi qu'il en soit de leur valeur historique, toutes les légendes, même les plus tardives, sont toujours exactes, lorsqu'il s’agit de donner une indication topographique sur les tombeaux de martyrs; et cela, plusieurs fois, à été prouvé par les découvertes archéologiques (1).
ARTICLE II. — Les Calendriers (2).
On appelait ainsi les livres officiels de l’Église, où étaient inscrits les noms des martyrs, avec le jour et le lieu de leur déposition; ces indications permettaient de célébrer la fête de chacun d'eux. Ces documents n'étaient que pour certaines régions; et pourtant, ils sont d’une très grande valeur à cause de leur immutabilité, puisque l’autorité ecclésiastique elle seule avait le droit d'y ajouter ou d’en changer quelque partie que ce soit. Chaque diocèse devait avoir le sien: le plus célèbre de tous est le calendrier Libérien, celui que le pape Libère trouva composé jusqu’en 345, et qu'il fit refondre et augmenter jusqu'en 354; il se servit pour cela de l’œuvre et des talents du fameux calligraphe Furius Denys Philocale, de qui cet ouvrage prit le nom de Calendrier Philocalien. Il contient le Férial Romain, ou la liste des fêtes plus s0lennelles de martyrs; Noël et la Chaire de S. Pierre y sont aussi enregistrées. On y voit comprise également la liste des papes de $. Pierre à Libère; mais on donne la date de leur mort seulement à partir du pape Anthère. Il y à encore le catalogue de la depositio Episcoporum (c'està-dire le lieu et l’époque de l’ensevelissement des papes): c’est la partie la plus importante pour les études archéologiques, et il est à regretter qu’elle ne renferme que douze papes, de Lucius à Jules I°,
Puis vient la liste des préfets de Rome, desquels paraîtrait dépendre
(1) Pour les actes des martyrs, voir la collection de RUINART, Acta -martyrum sincera et selecta, et son supplément par LE BLANT, Paris, 1882, ainsi que les Amalecta Bollandiana, Bruxelles 1882-1910.
(2) Notiones, Vol. I, pars I, p. 29 et seq.
la depositio, en ce sens que les deux catalogues (des papes et des préfets) se trouvaient à côté l’un de l’autre, sur les deux colonnes d'un même feuillet. Cet usage de noter le nom du pontife chrétien en même temps que celui du préfet de la ville montre la grande idée que les païens avaient du chef de la société chrétienne, dès le troisième siècle.
Et enfin, il y a le canon pascal d’après le cycle d'Hippolyte, un index des fastes impériaux (natales Caesarum), et un fragmentaire des fastes consulaires.
I1 faut mettre avec les Calendriers les Capitulaires des Evangiles, les Antiphonaires, en un mot tous les codex liturgiques où sont enregistrés, avec les offices des martyrs, les voies, les régions, les basiliques et les cimetières, où, à certains moments de l’année, se tenaient les
stations.
ARTICLE III. — Les Martyrologes (1).
C’est aux calendriers en général, et au Libérien en particulier, que ces documents doivent leur origine. Le plus ancien est appelé Hiéronymien et servit de fondement à la compilation de tous les autres. Il fut d’abord connu en Italie, mais reçut sa formation définitive à Auxerre, entre 592 et 600, ce qui lui valut d’être rempli d'indications se rapportant à la Gaule Mérovingienne. Son nom pourrait faire croire qu'il est l’ouvrage de S. Jérôme, mais il est beaucoup plus probable qu'il remonte au temps d’Eusèbe de Césarée, et que $. Jérôme ne fit que le revoir et le mettre en ordre. De Rossi y reconnut les traces d’un ancien catalogue de papes, de S. Pierre jusqu’à $. Sylvestre. En collaboration avec M. l'abbé Duchesne, ce savant archéologue en fit une très belle recension, qui fut éditée dans les Acta Sanctorum des Bollandistes (2).
Ce document augmenta avec le temps, grâce à de nombreuses insertions de nouveaux anniversaires de martyrs et de saints. Au huitième et neuvième siècles, d’autres martyrologes furent composés, non pas avec de simples notes chronologiques ou topographiques, mais avec de plus amples notices historiques.
Le premier qui parut fut celui du vénérable Bède, en 731; il fut suivi du martyrologe d’Adon, évêque de Vienne, qui est le plus important
(1) Votiones, Vol. T, pars I, pag. 32 et seq.
(2) Acta Sanctorum, t. II (première partie), Bruxelles, 1894. Elle à paru aussi séparément sous le titre: Martyrologium Hieronymianum ad fidem codicum, additis prolegomenis, ediderunt JOHANNES Baprisra DE Rossr et LUDOVICUS DUCHESNE.