CHAPITRE II. - BRÈVES NOTES DESCRIPTIVES DES CIMETIÈRES oL
ce Cas où un martyr illustre aurait été enseveli dans ce cimetière.
Parmi tous ces édifices on en remarque un fort grand, situé dans un enclos, ayant plusieurs salles et un espace qui pourrait bien être une église. Les peintures n’y manquaient pas; on en voit encore de nombreuses traces. On voit aussi des peintures presque intactes dans deux autres chapelles: elles représentent les sujets bibliques des cycles cimitériaux d’une époque plus avancée, des personnifications, une scène de la vie domestique pas encore suffisamment étudiée, et la vigne mystique, portant alternativement avec les fruits et les feuilles des monogrammes de Jésus-Christ. Il y à partout des croix égyptiennes, avec des inscriptions grecques, coptes et arabes, presque toutes postérieures aux peintures qui sont déjà d’une époque très tardive. Enfin remarquons que souvent les édifices n’abritent pas de sarcophages, mais les cadavres étaient déposés dans des tombes en polyandre creusées comme des puits dans le pavé des chambres (1).
Catacombes d'Hadrumète (Tunisie). — Ces catacombes n’ont guère d’autres différences avec les cimetières romains que leur âge et l’absence presque complète de peintures. En 1911, les galeries découvertes atteignaient cinq kilomètres, et il en reste encore beaucoup à déblayer; on calcule que toute la nécropole à plus de trois kilomètres carrés de surface; il y a deux et, à certains endroits, trois étages différents ; fort probablement, il y en aussi un quatrième; les galeries ont un mètre ou un peu plus de large, sur deux de haut (fig. 3). Les loculi sont presque tous intacts, fermés avec des tuiles, très rarement avec du marbre. Les inscriptions sont souvent peintes en noir, et quelquefois en rouge: elles sont parfois gravées et donnent généralement le nom, l’âge du défunt et la date de son décès. Elles sont souvent accompagnées de la colombe symbolique, de l’ancre ou du monogramme du Christ mal tracé ou même de la croix, ce qui prouve que cette vaste nécropole s’est surtout développée après la paix de Constantin. Mais il ne manque pas d'indices d’une époque plus ancienne; ainsi, un marbre qui dut fermer un tombeau porte très-soigneusement gravé, outre l'inscription, d’une fort belle paléographie, une colombe avec un rameau d’olivier au bec et l’image du Bon Pasteur. Un autre tombeau était fermé par une mosaïque représentant un dauphin enroulé autour d’une encre, et entouré de petits poissons. Une grande crypte où aboutissent plusieurs galeries paraît avoir servi de lieu de réunions;
(1) W. De Bock. Matériaux pour servir à l'archéologie de l'Egypte chrétienne, 1901, S. Pétersbourg. Voir CABROL. Dictionn., ete. où est aussi une bibliographie complète du sujet. B. col. 31 et suiv.
Z Manuel d'Archéologie chrétienne.
te) MANUEL D’ARCHÉOLOGIE CHRÉTIENNE
elle était entièrement couverte de fresques; la voûte d’une autre chapelle est décorée de petites roses en relief, d’un dessin fort pur.
On a pu reconnaître dans ces catacombes quatre cimetières bien distincts. En Février 1910 une équipe du 4° Tirailleurs Algériens découvrit l’entrée d’un cinquième cimetière, dans lequel on à jusqu'à ce jour déblayé plus de cinquante galleries. L'unique monogramme faisant partie intégrale d’une inscription qui y fut trouvée démontre que, alors même que ce signe était déjà connu, pourtant n'en était pas encore généralisé l’usage comme au temps de Constantin; par conséquent le cimetière paraît antérieur à la paix de l'Eglise. On y a trouvé entre autre une inscription grecque de sens dogmatique qui est peutêtre la plus belle et la plus complète en son genre. Nous l’avons citée à l’article de la communion des saints (1).
CONCLUSION. — Les cimetières chrétiens de l’ancien empire romain que nous avons jusqu'ici énumérés et esquissés dans leurs grandes lignes ne sont que les principaux, comme nous l’avons déjà dit; on en découvrirait certainement d’autres importants si les recherches devenaient plus intenses et si elles étaient protégées et favorisées encore davantage par les gouvernements respectifs des régions archéologiques. II y à beaucoup à faire encore, non seulement là où rien n’a été retrouvé, mais aussi là où le terrain à rapporté une riche moisson d'inscriptions, comme à Carthage, à Aquilée et dans bien d’autres régions de l'Italie, de l’Asie Mineure, de l'Afrique. A l'instar des régions du Latium et de bien d’autres, la Cyrénaïque, l’Algérie, l'Egypte et la Palestine offrent de nombreuses traces d’évangélisation primitive. Que dire des souvenirs chrétiens d’Alexandrie, d'Egypte et de Carthage, où les fils du cardinal Lavigerie travaillent sans relâche, avec tant d’ardeur et de succès et où ils ont déjà découvert tant de trésors archéologiques ? Que dire des catacombes de Cyrène, de la nécropole d’Akmin, du monastère de $S. Apollon à Baouïit, des antiquités d’Antioche, du fameux sanctuaire de S. Mennas et des Lieux Saints, qui paraissent la plupart du temps n'avoir aucune importance dans le champ de l’archéologie chrétienne ? Mais notre tâche est nécessairement limitée: il nous suffit d’avoir indiqué ces centres de trésors archéologiques et d’avoir utilisé dans la seconde partie de notre livre tout ce qu’on pouvait tirer de ces souvenirs en faveur de la tradition du dogme et de la discipline catholiques.
(1) A. F. LeyNAUD, Rapport “es fouilles faites aux Catacombes d Hadrumète (20 Janvier — 1.er Août 1911).