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CHAPITRE I. - LES SOURCES DE L’ARCHÉOLOGIE CHRÉTIENNE

soit plus ancienne. Ils supposent, en effet, que les corps des martyrs, transportés à l’intérieur de la ville au huitième et neuvième siècles, gisaient encore dans leurs tombeaux ou sanctuaires primitifs; ils sont done antérieurs au huitième siècle. D'autre part, l'incertitude d’un grand nombre de leurs indications, et le grand nombre d’erreurs qu'ils renferment se prêtent parfois à des interprétations bien différentes, et sont ainsi la cause de discussions animées entre les archéologues romains. Ces documents sont: l’Ztinéraire de Salzbourg, V'Epitome du livre de locis Sanctorum Martyrum, l'Itinéraire de Malmesbury, qui a aussi le nom de Notitia portarum, viarum, ecclesiarum cirea Urbem Romam, la Topographie d Einsiedeln, une autre tirée de la Vie d'Hadrien 1° et l’Index des cimetières, tiré du Liber Mirabilium Urbis Romae. |

Le père Marchi, jésuite, eut le premier l’idée de les réunir en un tableau synoptique; cette idée ne fut mise en pratique que par son illustre élève Jean-Baptiste de Rossi; mais nous manquons encore d’une étude définitive sur cet intéressant sujet.

La nature de ces documents, leurs titres eux-mêmes prouvent qu'ils ressemblaient à nos Baedeker ou à nos Guides, maïs les erreurs dont ils sont remplis font douter qu'ils soient l’œuvre d'auteurs romains.

D'autres buts importants pour les pélerins furent au moyen-âge Jérusalem et les autres lieux saints de la Palestine, ainsi que le sanctuaire de S. Mennas en Egypte.On possède un précieux document topoographique du v° siècle sur la Palestine, appelé Peregrinatio Sylviae, et publié par le professeur Gamurrini, ainsi que quelques autres itinéraires, plutôt inexacts, et d’une époque fort avancée.

ARTICLE VI. — Les Kylloges (1).

On donne le nom technique de sylloge à des recueils épigraphiques rédigés dans un but littéraire, par exemple pour en faire une anthologie. Le mérite de ces recueils, qui remontent généralement au vI° siècle, est de nous donner, à côté d'inscriptions que nous possédons encore, d’autres que nous n'avons plus. C’est ainsi que le texte d’un grand nombre de poésies de S. Damase, qui n’ont jamais été retrouvées ou dont il ne nous reste que quelques fragments, nous est parvenu dans son intéorité; il est souvent d’un grand secours pour les archéologues dans la recherche et l'illustration des monuments ou de l’histoire des martyrs.

Quelques-uns de ces recueils ont aussi une valeur topographique, en ce

(1) Notiones, Vol. I, pars I, pag. 47 et seq.

sens que la série des poésies qu'ils rapportent nous donne les grandes lignes, ou, pour le moins, quelques traces du parcours suivi par son rédacteur entre les différents sanctuaires qu'il à visités. Maïs en cela aussi l'expérience nous enseigne qu'il ne faut avancer qu'avec beaucoup de prudence, pour ne pas s’exposer à adapter arbitrairement ces séries depoésies à des systèmes topographiques préconçus.

Ces recueils furent ordonnés et publiés avec un grand nombre de notes par Jean-Baptiste de Rossi. Citons les principaux: la Vetus membrana Scaligeri, du vr° siècle, les Recueils d’Einsiedeln et de Tours, du vi, et celui de l'antique Centula (Saint-Riquier, en Picardie), du vire ou Ix° siècle. Nous devons y ajouter aujourd’hui le Codex de Cambridge, du x11° siècle, qui nous donne le texte complet de 30 inseriptions déjà connues, et nous en fait connaître quatre que nous avons jusqu'ici complètement ignorées (1).

ARTICLE VII. — Les Auteurs (2).

Le commandeur Jean-Baptiste de Rossi est universellement reconnu comme le fondateur de la science archéologique chrétienne: il vécut au siècle dernier (1822-1894), et fut le disciple de l’illustre père jésuite Joseph Marchi (1795-1860).

Outre son maître, De Rossi eut dans ce genre d’études de nombreux prédécesseurs, parmi lesquels on remarque Panvinio, Ciacconio, de Winghe, Jean l’'Heureux (Macarios), Antoine Bosio, Pompée Ugonio, Bottari, Boldetti, Marangoni, d’Agincourt, Settele; mais Antoine Bosio les surpassa tous de beaucoup. Il était de Malte: tout jeune encore, il descendit pour la première fois dans les catacombes en 1593, et fut pris d’une telle ardeur pour les études d'archéologie chrétienne, qu'il conçut l’ouvrage colossal de la Rome souterraine. Il y travailla pendant de longues années, mais une mort prématurée l’'empêcha de le publier lui-même.

La Rome souterraine parut donc fort incomplète, mais elle est toujours suffisante pour nous donner une idée du génie de son auteur; et De Rossi qui puisa dans son ouvrage un grand nombre de connaissances l’appela justement le Christophe Colomb des catacombes. Bosio fut en effet le seul qui, sur un tel nombre de chercheurs, eut l'intuition du

(1) DE Rossi, Inscriptiones Christianae wrbis Romue, Vol. II: W. LEVISON, Aus Englischen Bibliotheken IT, in Neues Archiv der Gesellsch. für ältere deutsche Geschichtskunde, Vol. 35, 1909, pag. 333 et suiv.

(2) Notiones, Vol. I, pars 1, pag. 54 et seq.

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