‹ Manuel d'archéologie chrétienneChapitre 73 sur 305 · CHAPITRE IV. - L’EPIGRAPHIE ET L'ART · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. - L’EPIGRAPHIE ET L'ART

du cimetière de Pontien qui représente les martyrs persans Abdon et Sennen: sur les Ssarcophages, de même que la chlamyde et le bonnet phrygien, c’est le costume propre des Rois Mages, du roi Nabuchodonosor, des trois enfants de Babylone, et, parfois aussi, de Daniel entre les lions.

Le vêtement des femmes consistait dans la tunique et la palla, sorte de manteau dont elles se couvraient aussi la tête lorsqu'elles paraissaient en public. Le voile fut employé aussi dans ce but, ainsi que le mouchoir, et une espèce de bonnet appelé mitre ou mitelle (fig. 47 et 49). Les hommes avaient généralement la tête découverte, mais, au v® siècle, ils employèrent aussi une espèce de petit pileus, d'où tira plus tard son origine la tiare du pape appelée au moyen-âge camelaucus (fig. 55) (1).

ARTICLE III. — Les seulplures (2).

Les sarcophages furent employés dès l’époque des persécutions; et même, les premiers tombeaux creusés dans les catacombes étaient ; destinés à recevoir des coffres en marbre. La forte dépense qu'exigeait ce genre de tombeau l’empêcha sans doute de devenir d’un usage général (3).

Mais ce qu'il y à de remarquable, c’est que les sarcophages antérieurs à la paix de l'Eglise ne ressemblent en rien à ceux postérieurs à l’édit de Milan. De Rossi remarque que dans les nombreux fragments de sarcophages antérieurs à Constantin trouvés dans les eatacombes, on ne rencontre que rarement un symbole chrétien, qui est la plupart du temps le bon Pasteur, fort ressemblant à un Mercure Criophore de l’art elas- Sique. Il remarqua également que les bas-reliefs représentant des scènes de paganisme avaient été effacés, ou, du moins, dissimulés, laissant voir seulement la partie non sculptée du sarcophage. Il remarqua enfin qu'aucune des scènes exposées au regard des fidèles ne se rapportait au culte païen, mais qu'elles étaient tout-à-fait indifférentes ou pouvaient parfaitement être prises dans un sens chrétien. On peut déduire de tout cela que les chrétiens pouvaient représenter et développes leurs cycles symboliques dans les peintures qu'ils exécutaient dans les catacombes mêmes, mais ne pouvaient pas en faire autant pour Île sculptures qu'ils étaient obligés d'exécuter dans les ateliers (4). Cepen-

(1) Notiones, Vol. IT, pars 3. Indumenta sacra, p. 439 et Suiv. (2) Notiones, Vol. II, pars 3, p. 1 et suiv.

(3) Notiones, Vol. II, pars 1, p. 359-391.

(4) Notiones, Vol. II, pars 3, p. 5 et suiv.

dant nous ne pouvons point déduire de ce fait, comme ont fait certains, que les chrétiens n’avaient pas d'ateliers de sculpture à eux avant la paix de l'Eglise. Leur abstention de représenter des symboles ouvertement chrétiens ne nous autorise point à croire qu'il n’y avait point de sculpteurs chrétiens, mais plutôt qu’on avait le plus grand soin de ne pas attirer l’attention sur ce genre d'ouvrages exposés au regard du public.

Le véritable art des sarcophages à sujets bibliques ne commence qu'à l’époque constantinienne; on y voit presque toutes les scènes que

ve

Figure 56. - Bas-relief de sarcophage chrétien du 1 Siècle (musée du Latran).

l’on rencontre d’abord dans les peintures: elles n’ont plus ce caractère mystérieux, mais sont plus développées, plus claires et plus nombreuses. Mais il est nécessaire de donner ici quelques notions générales sur les sarcophages, leur forme et leur décoration.

I1 est rare que les faces ornées d’un sarcophage ne soient pas divisées en deux bandes. Les artistes chrétiens aimaient à représenter un grand nombre d'épisodes bibliques, ainsi qu'ils le faisaient d’abord pour les peintures; aussi occupèrent-ils rarement toute une face du sarcophage avee une composition unique; ils ne le firent que pour le passage de la mer Rouge. Ne se contentant pas de l’arche de marbre, ils sculptèrent aussi les antéfixes et l’attique du couvercle, sur les deux côtés de l’inscription (1). Quelques-uns attribuent ce fait à une intention dogmatique, d’autres au manque d'imagination des artistes; mais, selon nous, les uns et les autres exagèrent. On ne peut nier que la main de l’artiste n’ait été souvent guidée par un concept dogmatique, mais il est certain d'autre part, que l’ordre des sujets à été parfois troublé, et que la liaison logique entre une scène et l’autre disparaît. D'ailleurs, on ne peut accuser de manquer d'imagination un artiste qui suit une méthode employée bien avant lui et avec beaucoup moins de ressources.

(1) Notiones, vol. II, pars 3, pag. 11 et suiv.

Page 1