CHAPITRE IV. - L’EPIGRAPHIE ET L'ART
souvent pour cela sur les lois de la symétrie. C’est 1à certainement la raison pour laquelle le cycle, ou la série des symboles se trouva dérangé. L'artiste se trouva pris entre deux courants: d’un côté, le concept moral de la composition exigeait pour la succession des épisodes un ordre qui devait parfois jurer avec les règles de la plus élémentaire esthétique; de l’autre, une exigence matérielle forçait l'artiste à ne tenir aucun compte de la pensée exprimée par les différents sujets, mais à les disposer de la manière la plus conforme à l'harmonie de l’ensemble. L'artiste chercha donc une solution intermédiaire; il s’efforça
Figure 59. - Sarcophage du 1v siècle (grottes du Vatican).
d'obtenir un bel effet esthétique en troublant le moins possible l’ordre des pensées. Ce fut là l’origine d’une autre loi que l’on pourrait 2ppeler d'opposition; selon cette loi, certains sujets exprimant le même concept ou des concepts opposés étaient réduits à des mesures égales ou presque, et disposés symétriquement. Dans ce cas, l’un rappelait l’autre, et, par leur position symétrique, ils &’expliquaient mutuellement. Cette loi, qui avait déjà était observée dans les plus anciennes p£tintures produit dans les sarcophages des effets admirables. Ainsi, par exemple, l'arrestation de S. Pierre symétrique à celle du Sauveur, — il est impossible de dire que c’est là un effet du hasard — prend une sionification d’une importance capitale. Il est à remarquer que cet honneur à été fait seulement à limage de S. Pierre (figure 5°).
La décoration la plus simple des sarcophages était formée de stries ondulées, offrant une grande ressemblance avec le strigile, instrument dont les anciens se servaient pour se râcler le corps après le bain. On appela donc strigilés les sarcophages ainsi décorés. Au milieu un espace vide en forme d'amande, supportait généralement un sujet de petite
dimension. C’était ou une amphore, symbole du corps humain, appelé vas Luteum, vase d'argile par l’ancienne littérature chrétienne, ou un petit tonneau, dolium, dont on ne connaît point la signification; ou encore, le bon Pasteur, ou le portrait du défunt, ou l’orante, figure idéale de l’âme dans la paix. Les extrémités pouvaient également porter quelque sujet, et paraissent avoir été généralement réservées au Bon Pasteur ou à l’Orante.
Quant aux sujets indifférents, c’étaient des représentations de chasse des scènes pastorales ou marines, des génies ailés qui pêchent, ou diri-
Figure 60. - Sarcophage de Ravenne (v siècle).
gent une barque vers un phare, des courses de dauphins, ou encore des scènes de jeux ou de vendange, représentées toujours par des génies ailés, ou d’autres analogues.
Les sujets que l’on pouvait prendre pour des symboles chrétiens étaient Orphée charmant les animaux par les sons de sa lyre, symbole du Sauveur qui attire les hommes par la douceur de sa doctrine (1); Ulysse attaché au mât du vaisseau, symbole du Christ sur la croix, et du chrétien qui résiste aux tentations du monde (fig. 61); enfin l’union d’Eros et Psyché, dont nous avons déjà parlé. Ces interprétations ne sont point fantaisistes, mais on les rencontre dans la littérature chrétienne des premiers siècles ; il était naturel que l’art exprimât les idées en vogue parmi les fidèles de ces temps-là.
(1) Quelques Pères virent dans le poète thrace un prophète paiïen du Sauveur, et Justin sut utiliser cette idèe dans un sens apologétique. Voir: Notiones, vol. II, pars 2, pag. 140 et suiv.