CHAPITRE V
Constitution hiérarchique des cimetières par rapport aux titres ecclésiastiques.
ARTICLE I. — Administration ecclésiastique des cimetières.
Cette question devrait embrasser tous les cimetières du monde, mais les monuments qui nous restent n’offrent pas de matière suffisante à une étude aussi étendue ; c’est pourquoi nos recherches qui sont fondées sur les monuments, doivent se borner aux églises de Rome: on pourra — tependant — à l’aide des données historiques, et de quelques 1indices monumentaux, en généraliser les résultats. Pour plus de clarté nous allons répéter iei en les développant RÉRIES unes des notions que nous avons exposées plus haut.
Il est hors de doute qu’à Rome, au début du rx siècle, c'était l’Eglise qui administrait le cimetière commun des fidèles. Nous lisons au livre des Philosophoumena que Zéphyrin, à peine élu pape (197), appela à Rome Calixte, et le préposa, en qualité de premier diacre, à l’administration du cimetière. Un minutieux examen des monuments Corrobore ce détail, et montre que cette administration ne fut pas restreinte au cimetière papal de $S. Calixte sur la voie Appienne, mais, par les autres diacres, s’étendit à la plupart des cimetières de la banlieue. Cela est d’ailleurs explicitement déclaré dans le Liber Pontifiealis; il y est dit que le pape Fabien (236-250) divisa les régions entre les différents diacres, en leur assignant les construcions à ériger dans les cumetières: Hic regiones divisit diaconibus.….…… et mulias fabricas per coemeteria fieri iussit (1). Or on sait que les diacres étaient au nombre de sept, et l’on peut penser qu’à chacune des sept régions ecclésiastiques qu'ils administraient, correspondaient un ou plusieurs cimetières,
(1) MOMMSEN, Gesta pont. Rom. Fabianus, pag. 27.
fondés ou agrandis avec les fonds de l’Eglise. Une inscription trouvée récemment dans les catacombes de $S. Jean à Syracuse fait aussi allu: sion à l’administration ecclésiastique du cimetière: il y est question d’une personne qui acheta son loculus à un diacre: EMI MICI (sic) LOCU A DIACONU (sic) ( ).
En Afrique, justement à l’époque où fut institué le cimetière de S. Calixte, il y avait déjà des areae pour la sépulture commune des frères ; et, en 203, sous la présidence d’Hilarien, les terrains consacrés aux tombeaux furent envahis et profanés, et les cadavres tirés de leur sépulture (2). |
Valérien confisqua les cimetières chrétiens, mais il ne semble pas que le fise soit parvenu à atteindre les propriétés funéraires privées. Ce quile prouve évidemment, c’est que Gallien, en réintégrant les chrétiens dans la possession de leurs biens, rendit les cimetières, non à des particuliers, mais aux évêques. Comme cet édit de restitution ne fut point partiel et limité à une seule région, Rome ne fut pas seule à en ressentir les précieux effets. Car l’édit fut mis en vigueur dans toutes les provinces de l’empire et l’application qu’on en fit hors de Rome et surtout dans la province d’Afrique le prouve suffisamment. Ainsi le proconsul Paterne disait à S. Cyprien amené captif devant lui: Nos très saints empereurs Valérien et Gallien ont ordonné, qu'on ne thènne nulle part des conciliabules, et qu'on ne pénètre point dans les cimetières. Si donc quelqu'un n'obéit pas à un précepte aussi salutaire, il payera cette désobéissance de sa tête (3). Dans un autre passage, $S. Cyprien luimême s'exprime en termes qui semblent empruntés au texte de l’édic, lorsqu'il rapporte que les évêques et les prêtres surpris violant l’édit étaient immédiatement décapités; et d’après ce même saint, tel fuc le sort du pape Sixte IT et de quatre de ses diacres, à Rome (4). Ce détail nous est également confirmé par les monuments du cimetière de $. Calixte.
Il est d’ailleurs impossible de mettre en doute que pendant les périodes les plus furieuses de la persécution, des réunions secrètes, des assemblées et des offices liturgiques n’eussent lieu dans les cimetières. L'existence des basiliques cimitériales fut amplement démontrée par le P. Marchi, et confirmée par de Rossi et par tous ceux qui ont étudié les catacombes romaines. Le genre même de mort que beaucoup de
N., Bullettino di arch. crist. 1910, pag. 166.
) TERTULL., ad Scapulam, 3; Apolog., 37.
) Acta S. Cypriani, RUINART, p. 216.
S. CYPR., Epist. 80.