CIIAPITRE VI. - LES ÉDIFICES SACRÉS
sommes arrêtés même dans nos réunions mystiques (1). Mais, si tout cela arrivait pendant les temps de persécution, il est pourtant certain que les chrétiens ‘eurent d’autres lieux de réunions, et cela dès les temps apostoliques. Nous lisons en effet dans les Actes des Apôtres que, tandis que les chrétiens persévéraient dans la doctrine des Apôtres et dans la Communion de la fraction du pain, c’est-à-dire, dans l’eucharistie, d’autres réunions avaient lieu tantôt dans une maison, tantôt dans une autre, et l’on y rompait aussi le pain eucharistique (2).
Ces lieux domestiques durent être fort nombreux, puisque déjà au premier sermon de S. Pierre trois mille personnes se convertirent à la foi. S. Paul tenta aussi de prêcher Jésus-Christ dans les synagogues (3), mais, presque toujours repoussé, il finit par retourner aux églises domestiques. C’est ainsi qu'à Troas, nous le voyons réunir les fidèles au troisième étage d’une maison; à Colosses, chez Nymphe et chez Philémon; à Rome, dans la maison d’Aquila et de Prisca sur l’Aventin (4).
Une tradition fort ancienne rapportée par les apocryphes du Iv° siècle, ainsi que par le Liber Pontificalis, raconte que $. Pierre réunissait à Rome les fidèles dans la maison des Pudens, aux pieds du Viminal, où 1l avait baptisé toute sa famille. Là, un de ces Pudens avait fait construire des Thermes, appelés de son nom: Thermes de Novat. Une église appelée Ecclesia Pudentiana, consacrée plus tard, existe encore, quoique complétement refaite au IV° siècle.
Les Recognitiones Clementinae, écrits apocryphes du 11° siècle, racontent qu'un certain Théophile, premier citoyen d’Antioche du temps de S. Pierre, y établit ensuite son siege épiscopal (5).
D'autres souvenirs de prédication apostolique dans des maisons particulières nous furent transmis par les actes de S. Thècle et par d’autres documents des trois premiers siècles. Tout en faisant sur ces documents les réserves imposées par une saine critique historique, il reste avéré qu’au 11° siècle, on changeait en basiliques des maisons
(1) TérTULL., Apol., VII. — Presque les mêmes idées sont exprimées par S. Hippolyte, qui fut contemporain de Tertullien: « Aujourd'hui, — dit-il — deux partis se sont mis d'accord pour perdre les fidèles. [ls épient le jour favorable, envahissent la maison de Dieu pendant que tous sont en prière, et chantent les louanges divines; ils arrêtent des chrétiens au hasard, et les traînent avec eux ». (Fragmenta in Danielem ; in Susannam, 22, P. G. XLI, 425 et suiv.; XLII, 204 et suiv.).
(2) Act. Apost., II, 41, 46.
D 10240026, LX, 21; "XIII, 14; 19, 45, 50: XIV, I, 2; XVII, I, 2,,4, 10, 17; XIX, 8.
(4) Act. Apost., XX, 6-9; Coloss., IV, 15; Rom., XVI, 5.
(5) Recognitionum, bib. X, n. 71, PG, I, 1453.
particulières, croyant que cette coutume remontait à l’âge apostolique.
De plus, la vie intense des communautés chrétiennes, telle que nous la révèle la Didachè, la part tout-à-fait active qu'y prenaient les prophètes et les apôtres voyageurs qui, suivant l’exemple de $. Paul, visitaient continuellement les églises établies déjà et en fondaient d’autres partout, supposent nécessairement des lieux d’assemblée. Aïnsi nous savons qu'au début du 11° siècle les fidèles de Smyrne se réunissaient chez tel ou tel frère; on faisait de même à Antioche, en Syrie, et ailleurs.
Les monuments correspondent à ces indications. À Rome, non seulement l’église de $. Pudentienne, mais aussi celles de S. Prisque sur l’Aventin, de St Cécile au Transtévère, de S. Clément au Célius et d’autres sont bâties sur d'anciennes maisons (1).
Il en va de même hors de Rome, dans les plus grands centres de la chrétienté, à Alexandrie, à Carthage, à Antioche. Par malheur, il ne reste plus que les fondements de ces anciens édifices, et tous les palais qui ont servi aux réunions des premiers chrétiens n’ont point eu l'honneur de voir des basiliques surgir sur les ruines. Dioclétien fit raser le plus grand nombre possible de constructions de ce genre. Celles qu'on épargna furent ensuite rendues aux chrétiens, ainsi que le prouve l’édit de Milan; mais, en général, les chrétiens leur préférèrent les grandes et somptueuses basiliques élevées par Constantin et ses successeurs.
Mais il ne faut pas croire que toutes les églises existant avant la paix de Constantin fussent à l’origine des maisons particulières: quelques documents nous prouvent qu'il y eut en Orient des édifices élevés exprès pour le culte, où, outre toutes les parties nécessaires pour contenir la masse des fidèles, divisée en différentes catégories selon la discipline de ce temps-là, il y avait aussi la bibliothèque et la demeure épiscopale. Telle était l’église dont fut chassé par ordre d’Aurélien (2) l’évêque hérétique Paul de Samosate. Et l'inventaire qui fut fait par le fisc, au temps de Dioclétien, de l’église de Cyrte (Constantine) nous donne une idée de tout le mobilier dont était fournie la maison du Seigneur. Outre la maison de l’évêque: le réfectoire, la dépense et l’hospice y étaient aussi annexés. Mais peu à peu, surtout aux temps de la paix, la partie
(1) Ce que Lampride raconte de l’empereur Alexandre Sévère, qu'il rendit au culte des chrétiens un local que d’autres voulaient changer en cabaret est également remarquable: « Cum Christiani quendam locum qui pubblicus fuerat occupassent, contra popinari dicerent, sibi eum deberi, rescripsit melius esse, ut quomodocumque ïllie Deus colatur, quam popinarüs dedatur » (LAMPR., Severus, 43).
(2) Euses., Hist. eccles., VII, 30.