CHAPITRE: VI. - LES ÉDIFICES SACRÉS
de la croix; les quatre berceaux qui contrebutent la coupole sont souvent interrompus eux-mêmes chacun par une coupole plus petite. On croit avoir reconnu les premiers exemples de cette construction dans les ruines de Philippi (Macédoine) et dans les églises rupestres d’Asie Mineure, mais elle atteignit tout son développement dans la grande église des Saints Apôtres à Constantinople qui remplaça sous Justinien là première église construite par Constantin pour servir de mausolée aux empereurs; elle fut inaugurée en 546. Elle avait la forme d’une croix grecque dont les quatre bras étaient surmontés d’une calotte aveugle, tandis qu’une coupole percée de fenêtres à la base se dressait à la croisée. Cette église démolie en 1469 devait être imitée souvent dans là suite, maïs elle aurait elle-même pour prototype une église d'Ephèse (1). On avait donc résolu au vi siècle le problème qui consiste à couvrir d’une coupole un espace carré, mais ce plan devait être porté à sa perfection à Sainte-Sophie » (2).
Nous nous accordons ‘parfaitement avec l’illustre auteur sur ce point: le problème de la coupole couvrant un espace carré n’a été résolu à son point de vue architectural et technique qu’au vI* siècle et en Orient ; mails quant à l’idée primitive et inspiratrice, nous ne pouvons pas dire qu'elle soit entièrement et exclusivement orientale.
ARricLe III. — Architecture religieuse du moyen-âge.
Le titre de cet article semblera étrange à quelques personnes et, vraiment, C’est une addition à la seconde édition de cet ouvrage; addition nécessaire pour prouver les transformations des styles primitifs, et la combinaison des éléments anciens dans les nouvelles créations de l’architecture religieuse. L’art est, par rapport à l’histoire, une forme matérialisée de la pensée, et même dans ses lignes les plus simples, même là où l’on pourrait croire que règne seulement le calcul le plus pur, l’économie et l'opportunité d’un problème d'architecture, il se révèle toujours un sentiment qui inspira l’artiste. Ce sentiment est en partie personnel, en partie, et quelquefois, entièrement il est commun à toute une école, et, lorsqu'il s’agit d'architecture, à tout le peuple auquel l'artiste appartient. La société chrétienne encore jeune et con- ‘fondue presque avec la société païenne pendant les siècles de perséeution, constamment gênée dans les manifestations extérieures des à
(1) Mizer, Histoire de l'art byzantin, 1, p. 146. (2) Le BrÉHIER, Les Eglises Byzantines, Paris, 1912, pagg. 7-11.
foi, eut et dut avoir un sentiment artistique classique, ainsi que le prouvent les peintures des catacombes. On remarque, c’est vrai, dans ces peintures, dès la fin du rr° siècle, le manque presque complet de perspective et d'ombre mais la main qui les a tracées se montre partout élevée à l’école de son temps. Quant à l'architecture religieuse en occident, on ne peut rien affirmer, car les premières basiliques appelées
Figure 87. - Intérieur de l’église de Sainte Sophie à Constantinople.
domestiques furent, ainsi que nous l'avons déjà vu, les maisons mêmes des patriciens chrétiens; d’ailleurs l’architecture sépulcrale ne présente aucun élément nouveau. En Orient, au contraire, où, dans les siècles de persécution, des basiliques indépendantes des demeures particulières avaient déjà été élevées, l’architecture put s'éloigner sur quelques points des formes classiques et offrir au regard des fidèles un ensemble organisé de lignes, et un milieu différent et plus grandiose dans son genre que tout autre édifice profane: le temple, ou la Domus ÆEcclesiae, avait commencé à devenir digne de ce nom tout en gardant les formes classiques romaines, l’idée du triomphe du Christ: eut une manifestation puissante dans l’art constantinien; et elle devint encore plus fastueuse, sinon plus imposante, dans le nouveau style byzantin, sous le règne de souverains qui se flattaient de vaincre en