CHAPITRE VI. - LES ÉDIFICES SACRÉS
magnificence le roi Salomon lui-même! (1). A cette explosion de ferveur pour bâtir et décorer majesteusement la maison de Dieu succède la période appelée barbare: l’architecture aux coupoles élancées et resplendissante par sa décoration semble se rapetisser et s’appauvrir. Les artistes repoussent un style trop artificieux et fastueux, pour lequel les moyens ne suffisent plus, et, tout en gardant ces traits qui signalent un réel progrès, tels que les immenses plafonds voûtés, reproduisent encore les formes classiques, bien que sans élégance et dans leurs lignes les plus simples. C’est un âge de transition, pendant lequel un nouveau style, le roman, se concrétise peu à peu: il s’affermira toujours plus sous la généreuse dynastie des Carlovingiens, et enfin, au xI° siècle, il se caractérise d’une manière définitive: aussi rationnel dans ses lignes qu’une thèse de philosophie scholastique, il présente un aspect tout à fait nouveau, dans lequel la proportion des masses et la sobriété de la décoration donnent à l’œil cet agréable repos qui est le propre des choses esthétiquement équilibrées.
Mais, à côté de ce style, un autre se forme petit à petit, et, par ses statues et ses pointes droites, minces et élancées vers le ciel, semble réfléchir le puissant effort des croisades et le profond esprit de prière qui suscita les fils de S. Bernard, de $. Dominique, de $S. Bruno et de S. François: le style gothique. Nous allons parler ici brièvement de ces deux styles, mais d’abord, nous compléterons les notions dont nous avons déjà dit un mot sur le style byzantin dans les édifices religieux.
ARTICLE IV. — Architecture byzantine:
Une construction à plan central surmontée d’une ou de plusieurs coupoles, dont la charpente à écailles ou en briques est cachée sous des blocs de marbre multicolores ou des mosaïques à fond doré, telle est dans ses grandes lignes une église byzantine (2).
A part la décoration, les principaux éléments de ce style sont le plan en forme de croix, la coupole soutenue par des pendentifs, les
(1) L'on sait pue l’empereur Justinien, étant rentré dans la basilique de S.te Sophie, qu'il avait fait reconstruire avec une somptuosité imposante, S'écria: Je l'ai vaincu Salomon !
(2) On a voulu faire de ce système de contrepoussées une note caractéristique du style byzantin; mais, vraiment, si grâce à lui, on peut reconnaître immédiatement la basilique byzantine et la distinguer de la gothique ou de la romane, ou il fait presque absolument défaut, il est également certain que ce
même système avait prévalu à Rome dans plusieurs monuments.
chapiteaux en forme de cône ou de pyramide tronquée, et les abaques assez hauts et comme sortant des consoles. La croix grecque est parfois altérée par le prolongement d’un des quatre bras égaux, c’est-à-dire quand on y ouvre une coupole ou une abside avec une coupole adossée, pour disposer plus commodément l’autel et le chœur. La coupole posée
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Figure 88. - Exterieur de l’église de Sainte Sophie à Constantinople.
sur pendentifs suppose la plupart du temps une base carrée, ou encore polygonale avec un nombre pair de côtés. Elle repose seulement sur le faîte des ares correspondants aux parois du plan, et l’espace entre un arc et l’autre est rempli par un soutien à la surface nécessairement concave, une espèce de triangle sphérique qu’on appelle pendentif, très employé dans l’architecture moderne. Il concourt avec les ares à soutenir la coupole, et sert à harmoniser le plan polygonal de la base avec le plan circulaire de la coupole (fig. 87). Pour amortir la forte poussée exercée sur les ares on adossa aux parois des édifices de la base tantôt des voûtes cylindriques tantôt des absides, de manière à repousser et assurer de toute part la coupole centrale, tout en élargissant beaucoup