CHAPITRE VI. - LES ÉDIFICES SACRÉS
l’espace du temple. De sorte que le plan carré de l'édifice prit la forme de croix; on l’obtint aussi dans le plan octagonal, en donnant un large développement aux voûtes des quatre côtés diamétralement opposés, et en ouvrant dans les quatre autres des absides en forme de demicercle. Les basiliques ainsi construites ont à l’extérieur un aspect peu élégant, et leur ensemble apparaît lourd et presque écrasé; ce défaut est Sensible même dans la basilique de S® Sophie à Constantinople (fig. 88). Pour remédier à cet inconvénient, on songea à poser la coupole non pas immédiatement sur les ares de l’édifice polygonal, mais sur un tambour cylindrique en forme de large bande insérée entre les arcs et la coupole: on y ouvrit les fenêtres qui étaient d’abord pratiquées dans la coupole même, et, parfois, on y appliqua aussi de petits contreforts. Par cet expédient, la coupole centrale peut s'élever majestueuse entre les autres parties de la basilique, et donne à tout son ensemble un aspect élancé et proportionné aux différentes parties de l'édifice. On en à un exemple dans l’église de S'° Irène à Constantinople.
La coupole garda parfois sa forme carrée ou octagonale: c’est-à-dire que l’on ne fit aucun raccord avec des pendentifs et l’on eut ainsi des triangles sphériques réunis par leurs faîtes au sommet de la coupole; parfois aussi, en gardant sa forme polygonale au point où elle se détache des ares, elle émoussa toujours plus ses angles à mesure qu'elle s'élevait, jusqu'à ce qu’elle eut atteint la rondeur absolue. Cette œuvre fut rendue fort facile par l'usage de ce qu’on appelle la trompe d'angle, sorte de niche sphérique ouverte à chaque coin de la coupole: en redoublant les points d'appui, elle transformait le plan carré de la base en un plan octagonal. Ce procédé est originaire de la Perse, et l’art byzantin l’a beaucoup perfectionné en se l’appropriant. Les colonnes sont généralement plus petites que dans le style roman, et leurs chapiteaux sont recouverts de feuilles d’acanthe, travaillées parfois au trépan, et très souvent épineuses comme un chardon. Ce ne sont pas seulement des feuilles, mais parfois aussi un mélange de branches et de feuilles entrelacées, qui ont perdu tout naturel, et ont l’apparence d’un corps spongieux, d’une broderie ou d’une ciselure. Les arcs reposent immédiatement sur les chapiteaux; mais un abaque y était fréquemment ajouté: on peut dire que c’est un autre chapiteau superposé, dont la décoration, parfois nulle, est souvent moins riche, et toujours plus variée. Elle n’est pas seulement végétale, mais on y voit aussi des fleurs, des fruits, des animaux, des croix, des monoerammes, et autres. Les arcs, enfin, qui reposent sur ces piédestaux ressortent davantage que le haut des colonnes.
Voici une liste d’églises byzantines que l’on peut visiter avec utilité pour les études:
Constantinople: S'® Sophie, Théotokos, S'° Irène, Mefa-Djami; — Salonique: S*® Sophie, S. Démétrius; — Lycie: église de Cassabas, S. Nicolas de Myre; — Ancyre: S. Clément; — Æiselchmiadzin (Arménie): S. Ripsimé; — Phocide: S. Luc; — Daphni (Attique): Sainte Sophie; — Venise: S. Marc. On pourra en outre admirer à Ravenne dans les basiliques de S. Apollinaire-le-Neuf,de $. Apollinaire-in-Classe, et de S. Vital, ainsi que dans le baptistère des orthodoxes, et le mausolée de Galla Placidia, une architecture romaine avec une décoration en partie byzantine.
Le style byzantin dura fort longtemps, et s’étendit surtout en Orient et en Italie: il concourut à la formation de l’art roman, mais eut surtout une très grande application dans l’art russe, mélange étrange d’influences byzantines, persanes et même indiennes, qui dure encore, fixées dans ses éléments et dans ses formes. La coupole $’y est constamment conservée, mais elle à pris la forme d’un bulbe.
ARTICLE V. — Architecture romane.
L'art roman nacquit au x° siècle; c’est l2 conséquence nécessaire de tous les efforts de l’époque carolingienne, et on peut le comparer à la langue romane, en tant qu'il est le résultat de l’union de la tradition romaine avec des éléments barbares et orientaux, sous l'influence du nouvel esprit des peuples. Dans la construction, c’est presque toujours l’élément romain qui domine, mais le byzantin y apparaît de temps à autre comme inspiration. La cherté de la main d’œuvre ainsi que les instruments et les moyens de transport moins parfaits avaient rendu toujours plus difficile l'exécution de l’édifice artistique, en imposant des changements profonds aux traditions romaines. Qu'on ajoute à cela la rareté des écoles classiques, réduites presque toutes aux abbayes, où fleurissaient de préférence les menus objets et les miniatures des Codex liturgiques et scripturäires. Cela explique les abondantes collections de souvenirs anciens et la pauvreté des édifices pendant les trois siècles qui précédèrent l’époque carolingienne. Nous pouvons dire que le plus important édifice qui nous soit resté de cette période, que l’on peut appeler l’âge de transition ou préroman, est le tombeau de Théodorie à Ravenne. Maïs les artistes de ce nouvel art, affranchis maintenant de l’imitation servile des traditions classiques vont concevoir du nouveau et le créer avec leur bon sens. C’est l’abo-