CHAPITRE XVI
LES CÉRAMIQUES
D'Agincourt : Recueil de fragments de sculpture antique en terre cuite. Paris, 1814. — Campana : Antiche Opère in plastica. Rome, 1842. — Brongniart : Traité des arts céramiques. Paris, 1854. — Semper : Der Stil in den technischen und tektonischen Kunsten. Munich, ï863. — Birch : History of ancient pottery. Londres, 1873. — Von Rohden: Die Terracotten von Pompeii. Stuttgart, 1880. — Blumner: Technologie und Terminologie. LQÏpzi§, 1879.
Nous avons vu quel usage les Etrusques faisaient de Targile et combien chez eux la céramique était florissante. Elle ne fut pas moins en faveur chez les Romains, disciples des Etrusques, et dont Tesprit pratique s^accommodait d'une industrie aussi simple, aussi rapide, aussi économique.
Parmi les céramiques romaines, il y a lieu de distinguer les produits communs et les céramiques fines. Sur les premiers j'insisterai peu. Ce sont les briques employées dans la construction des édifices privés et publics, les tuiles ordinaires pour couvrir les toits, les tuiles à rebords, plus ou moins ornementées ou antéfixes, les conduites destinées soit au drainage des terrains marécageux, soit à la distribution des eaux dans
les chambres des thermes, les urnes funéraires, les pots de ménage, les amphores et ces énormes dplia qui servaient à enfermer les provisions et dans lesquels un homme se blottirait facilement. Ces objets sont pour la plupart insignifiants et n'auraient aucun intérêt s'ils n'étaient marqués d'estampilles. Celles-ci contiennent plusieurs indications curieuses, celle de Tatelierd'oU la brique ou la poterie provient, le nom du propriétaire de la fabrique et parfois une date consulaire ou le nom de l'empereur régnant. L'étude de ces estampilles a montré que la fabrication des briques et des poteries était devenue sous l'empire une source très abondante de revenus. Les plus grandes familles avaient des briqueteries dans leurs domaines. Les empereurs euxmêmes et les impératrices en possédaient qu'ils faisaient exploiter directement par des agents du fisc ou bien qu'ils affermaient.
Le terme de céramiques fines désigne non des oeuvres d'art, mais seulement des céramiques d'une facture un peu plus soignée que les précédentes et qui exigent du potier un travail de modelé. A cette catégorie appartiennent les ornements architectoniques , les figurines, les lampes et enfin les poteries dites d'Arezzo.
Ornements architectoniqiies. — On a vu que la plupart des constructions romaines, étant faites d'une sorte de blocage, comportaient un revêtement de marbre, de stuc ou d'argile. Le revêtement d'argile était le moins cher et partant le plus en usage dans les maisons privées. On voit dans les ruines de Pompéi des colonnes qui ne sont pas autre chose qu'un pilier de briques entouré d'un manchon d'argile modelée, manchon qui
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simule les moulures de la base, les cannelures du fût et les détails du chapiteau. La plupart des corniches saillantes sont enterre cuite. Il en est de même des gueules de lion, des masques comiques ou tragiques et de toutes les têtes à bouche béante [conchœ] qui garnissent le bord des gouttières et servent à Técoulement des eaux du toit. Souvent les murs sont décorés à leur partie supérieure d'une frise formée tout entière d'une rangée de petits bas-reliefs en argile coloriée, qui sont appliqués et fixés contre la paroi au moyen de cious. Des basreliefs analogues ont été trouvés à Rome, notamment dans plusieurs tombeaux de la voie Latine et de la voie Appienne. Les sujets qu'ils représentent sont presque toujours mythologiques : ce sont des groupes de Nymphes, des Tritons et des Néréides, des combats de dieux et de géants, de Grecs et d'Amazones, de Centaures et de Lapithes, et surtout des processions bachiques enchevêtrées d'animaux sauvages, de guirlandes et d'arabesques.
Figurines et statues [sigilla). — Les figurines romaines, comme les figurines grecques, sont moulées dans une forme et souvent peintes. Mais elles sont loin de présenter le même intérêt. Les sujets sont beaucoup moins variés et le style est lourd. Il n'y en a guère qui vaillent la peine d'être signalées. Presque toutes d'ailleurs sont des produits populaires, des ex-voto à bon marché, ou des images de dieux Lares, destinées aux chapelles domestiques.
Si les céramistes romains étaient moins artistes que ceux de la Grèce, ils paraissent avoir été plus hardis. Les figurines grecques sont presque toujours de petites
dimensions. Au contraire, les Romains imitant les Etrusques se servent de Targile pour faire de véritables statues. On a recueilli à Pompéi un Esculape et une Hygie en terre cuite, tous deux plus grands que nature. Certain texte ancien cite la statue colossale, en terre cuite dorée, d^une impératrice du iii^ siècle.
Lampes^. : — La lampe romaine est d^un type très élémentaire et n^est à proprement parler qu\me sorte de veilleuse. Elle se compose d^un récipient en forme de cuvette pour Phuile et d'un bec pour la mèche. Le tout est fermé, sauf deux petits trous percés à la partie supérieure, Tun au centre pour l'entrée de Tair, l'autre à l'extrémité du bec pour le passage de la mèche. La lampe est habituellement ronde, haute d'environ trois ou quatre centimètres et d'un diamètre moyen de huit centimètres. Elle est destinée à être posée à plat sur une tablette; elle est presque toujours munie d'une anse qui est soit un appendice en saillie, soit une petite queue en forme de croissant, soit un anneau à mettre le doigt, comme pour nos bougeoirs. Le type est quelquefois un peu plus compliqué. Il arrive qu'au lieu d'un bec, il y en ait deux, trois, six et même dix, disposés en étoile autour du récipient. Le récipient lui-même prend diverses formes et au lieu d'une cuvette circulaire devient une boîte carrée, ou un vase d'un galbe élégant, ou un animal, ou une tête ou une figurine quelconque.
I. Bartoli e Bellori : Le antiche lucerne sepolcrali figurate, Rome, 1691. — Passeri : Liicernœ fictiles, lySg-iySi. — Kenner : Die ant. Thonlampen des k. k. Mun:(-ii-Antiken-Cabinets.YiennQ. i858. — Wieseler : Ùber die Kestnersche Samlung von antiken Lampen. Gottingue, 1870.
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Mais le principe de Tappareil ne change pas. Depuis Auguste jusqu'à Constantin, pendant les trois siècles où la fabrication des lampes céramiques a été le plus florissante, aucun procédé mécanique n'est venu modifier la veilleuse traditionnelle.
Les lampes étaient fabriquées en deux morceaux : d'une part la cuvette du récipient, d'autre part le couvercle avec Panse. Les deux morceaux, moulés chacun séparément, étaient rapprochés, soudés et soumis au feu après avoir été enduits d'un vernis rougeâtre qui devait empêcher l'huile de suinter à travers les pores de l'argile.
Ces petits ustensiles étaient d'un usage si commun qu'on les recueille par milliers dans les ruines romaines. La plupart, en argile grossière et sans ornements, n'ont aucune valeur. Les lampes à reliefs sont les seules qui méritent quelque attention. Les motifs de ces reliefs offrent une grande variété. Tantôt ils se bornent à des filets concentriques ou à une couronne de feuillage qui tourne en bordure autour du couvercle. Tantôt cette bordure n'est qu'un cadre et le vrai champ de la décoration est le médaillon central. Le sujet est souvent peu de chose, une fleur, une torche, une corne d'abondance, un caducée, une palme, une grappe de raisin, un scorpion, un poisson, un âne, un coq, un singe, un crocodile. Des dessins plus développés présentent des combats de gladiateurs ou des jeux de cirque. Les figures mythologiques sont assez multipliées. On retrouve la plupart des types connus des grandes divinités. Bacchus avec son cortège grotesque de Satyres, de Silènes,de Nymphes et de panthères fournit une foule de petits
tableaux. Les images des divinités orientales, Isis, Harpocrate, Attys, Mithra, ne sont pas rares. Quelques sujets sont empruntés à l'épopée grecque, quelques autres aux fabulistes, comme par exemple la fable du corbeau et du renard. Quant aux caricatures, on ne les compte