‹ Manuel d'archeologie etrusque et romaineChapitre 30 sur 110 · CANOPES · texte numérisé non relu

CANOPES

Le mot canope appartient au vocabulaire de Parchéologie égyptienne, où il désigne certains vases funéraires, coiffés d\uie tête. On Ta transporté dans Tarchéologie étrusque, parce que les Etrusques mettaient souvent dans leurs sépultures des vases de ce modèle. La canope est une jarre destinée à contenir les cendres d'un mort. Tantôt

CANOPE ÉtRUSQ^UE.

(Musée de Florence.)

— c^est le cas le plus ordinaire — les anses sont sans appendice, et alors les bras, indiqués par un contour sommaire et un léger relief, pendent sur les côtés ou se croisent sur la panse arrondie; tantôt elles portent, deux bras emboîtés dans l'ouverture et fixés par un crochet. Les doigts sont disposés de telle sorte qu'ils devaient tenir un objet, une arme par exemple. La tête est curieuse par le soin avec lequel sont marqués les menus détails du visage, tels que les cils, les sourcils et les prunelles et aussi par la régularité tout orientale de la coiffure. Nous avons là sous les yeux la conception primitive du buste, et Ton est tenté de se demander si le mot bustum (ce qui a été brûlé) ne désignait pas à l'origine quelque chose qui conservait à la fois l'image du défunt et les cendres recueillies sur le bûcher.

VASES DE BUCCHERO.

Les canopes appartiennent à la première période de l'art étrusque (vnr-vir siècle). C'est à peu près à la même époque que commence à se constituer l'industrie des vases de bucchero nero , ainsi appelés parce qu'ils sont faits d'une certaine argile noire propre à la Toscane.

Les vases de bucchero se répartissent en deux classes, caractérisées chacune par leur mode d'ornementation.

i"^ Bucchero avec dessins imprimés au rouleau. — Les vases de cette classe sont peu nombreux et déformes en général très simples. La panse en est complètement lisse ou striée de petites raies. Toute l'ornementation est près du col et se borne à une bande étroite, large

LES ARTS EN ÉTRURIE

tout au plus de trois centimètres, où un même motif se trouve indéfiniment répété. Le procédé était le suivant : Touvrier avait un petit cylindre enterre cuite, analogue à ceux qu'on recueille en Assyrie, c'est-à-dire mobile sur un axe comme un rouleau et illustré de figures en creux; ce cylindre, il le promenait tout autour du vase, en appuyant comme avec un cachet sur la pâte encore molle , et ainsi les figures étaient autant de fois reproduites sur la circonférence que le rouleau faisait de tours. Les sujets sont peu variés. Ce sont le plus souvent des animaux féroces marchant à la file, ou des processions de suppliants marchant vers les trônes de deux divinités. Les détails sont si petits qu'on les distingue à peine. En imprimant ces bandes, le potier paraît n'avoir pas eu d'autre but que celui de rompre la monotonie d'une surface trop unie. Les vases de ce type sont antérieurs à la première moitié du vi« siècle.

2° Bucchero avec reliefs estampés à main libre et avec appliques. — Les vases de cette classe sont très nombreux dans les tombes du vi" et du v« siècle et se rencontrent surtout dans la haute Etrurie , dans la région de Ghiusi, où se trouvaient les fabriques principales. Ils présentent une grande variété de formes, plus bizarres qu'élégantes, et une ornementation riche, d'autant plus riche que la date est plus récente. Le dernier terme de la fabrication du bucchero est marqué par les grandes amphores de Ghiusi, tellement surchargées de reliefs qu'elles en sont presque déformées.

Ces reliefs sont obtenus de deux façons. Les uns sont moulés à part et appliqués après coup sur la surface du vase; tels sont, par exemple, les masques de femmes

voilées qui se dressent près des anses ou à Torifice du vase. Les autres sont estampés directement sur le vase même et voici comment : Touvrier a un certain nombre de moules en terre cuite, représentant divers motifs, un sphinx, un lion, un canard, un cavalier. Ces moules, il les applique surTargile du vase encore molle ou préalablement ramollie, ^empreinte obtenue, il la retouche à Tendroit des contours et achève son travail en marquant avec une pointe sèche ces mêmes contours ainsi que les détails du visage et de la coiffure , si c^est une figure d'homme; les muscles, la gueule, la crinière, les griffes, si c^est une figure de lion. Il répète ainsi plusieurs fois la même épreuve, de manière à former autour du vase une zone horizontale à peu près continue, ou bien il intercale entre deux épreuves un ou plusieurs sujets différents. Quelquefois il superpose deux et même trois zones de figures , les séparant par des filets en relief ; et près du col, au sommet de la panse , il estampe une série de côtes ovoïdes et d^un relief arrondi. Le vase est terminé lorsquUl y a ajouté les anses, quelques têtes de femmes en applique et un couvercle surmonté d'un oiseau. Les sujets sont disposés par bandes horizontales suivant l'usage de Pornementation orientale. Les figures elles-mêmes, sauf quelques exceptions, sont celles de l'art oriental, le sphinx, le lion, la panthère, le griffon, la palmette, etc.

Les reliefs sont tantôt très plats , ce qui convient mal à des ouvrages en terre cuite, et tantôt très arrondis, comme boursouflés , ce qui paraît bien sommaire lorsqu'on songe à la facilité avec laquelle l'argile se laisse modeler. Gela vient de ce que les potiers étrusques

ARCHÉOl. ÉTRUSQUE.

empruntaient les modèles de leurs reliefs à des objets qui n'étaient pas en argile. Parmi les marchandises apportées par le commerce phénicien, ils trouvaient des coffrets doublés de tablettes d'ivoire sculpté et par conséquent ornées de reliefs plats, et des vases de métal repoussé, où les -reliefs fabriqués au marteau étaient au contraire arrondis. C'est là qu'ils allaient prendre les empreintes de leurs moules.

Ces empreintes, ils les transportaient sur Pargile de leurs vases de bucchero. Les objets de métal étant plus nombreux que les ivoires , les reproductions de reliefs repoussés étaient naturellement les plus nombreuses. Il arrive que l'on voit sur des vases de bucchero les têtes des clous qui rivaient les diverses parties des vases métalliques. Le potier du bucchero prenait à ces mêmes vases la forme et le mode d'attache des anses,

VASES GRECS d'iMITATION ÉTRUSQUE.

Tandis que les potiers de la Toscane modelaient ainsi tant bien que mal leur argile noire , la Grèce importait ses vases peints. L'attrait de ces poteries nouvelles, légères, élégantes, multicolores et d'un aspect si varié, fut fatal au bucchero. Dans l'Etrurie méridionale, de bonne heure hellénisée, il n'eut qu'une courte durée. Dans l'Etrurie septentrionale, où les vases grecs, n'arrivant qu'après un coûteux voyage , restèrent longtemps des objets de luxe, il persista davantage; mais lorsqu'au iv« siècle les provinces les plus reculées de l'Étrurie eurent été inondées de vases grecs et purent les avoir à bon marché, la concurrence

LES ARTS EN ÉTRURIE

devint impossible et le bucchero cessa d'être fabriqué.

Les vases grecs étant à la mode en Toscane, il arriva ce qui arrive toujours en pareil cas : on essaya de les contrefaire. Les potiers étrusques se mirent à fabriquer de faux vases grecs pour profiter de la vogue dont jouissaient les vrais. Ils en firent d'archaïques, de rouges avec figures noires, de noires avec figures rouges, suivant que tel ou tel genre était plus ou moins recherché. Ces

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