‹ Manuel d'archeologie etrusque et romaineChapitre 40 sur 110 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

l'architecture romaine, ses principes, ses formes, sa technique.

HiRT : Geschichte der Baukunst bei den Alten. Berlin, 1821-27, 3 vol. — Canina : Gli edifi:{ii di Roma antica, 6 vol. in-f", 1848.

— KuGLER : Geschichte der Baukunst. Stuttgart, i856. — Rondelet : Traité théorique et pratique de Vart de bâtir, 5 vol., 186 1.

— Batissier : Histoire de Vart monumental dans Vantiquité et au moyen âge, 1860. — Donaldson : Architectura numismatica. Londres, 1859. — Lubke : Geschichte der Architektur, i865. — Choisy : l'Art de bâtir che:( les Romains, i8j3. — Nissen : Pompeianische Studien :{ur Stàdtekunde des Alterthums, 1877. — Ch. Blanc: Grammaire des arts du dessin. — Viollet-le-Duc : Entretiens sur l'architecture.

Nous avons vu que les monuments de la Rome primitive, les murs de Romulus, la Cloaque Maxime, le

temple de Jupiter au Capitole étaient Pœuvre d^architectes étrusques qui les avaient construits diaprés le style de leur pays. Dans les premiers siècles de son existence, Rome n^a pas connu d'autre architecture que celle de ses voisins. Mais cette architecture, importée sur les bords du Tibre, dut à la longue s'y modifier. Les Romains n'étaient pas un de ces peuples copistes incapables de rien trouver par eux-mêmes, qui ne savent qu'imiter avec une exactitude servile ce qu'ils voient autour d'eux et vivent ainsi d'emprunts toujours renouvelés et toujours stériles. S'ils empruntaient, c'était moins par indigence d'imagination que par bon sens pratique, pour s'épargner la peine inutile d'une invention déjà faite. Avec une clairvoyance merveilleuse de leurs intérêts, ils s'emparaient, sans réserve et sans faux amour-propre, de tout ce que les autres peuples avaient de bon ; mais comme ils avaient des desseins qui n'étaient qu'à eux et qu'ils ne manquaient pas d'y tout accommoder, les idées d'autrui, qu'ils y pliaient, se transformaient entre leurs mains et devenaient romaines. Quand, pour avoir une flotte de guerre, ils copièrent un vaisseau carthaginois échoué sur leurs côtes, la copie, appropriée aux vues d'une tactique qui leur était particulière, eut des qualités de combat que le modèle n'avait pas. Industries, mœurs, arts, philosophies, religions, tout ce que Rome s'annexa reçut à jamais la marque de son génie original. Si donc Rome commença par avoir recours aux architectes de l'Étrurie, elle créa, tout en se servant d'eux, une architecture nouvelle. Capitale du Latium, centre commercial et politique, elle avait d'autres instincts que toutes ces cités toscanes, qui s'endormaient dans le luxe et l'oisi-

veté. Il fallait répondre aux besoins d^une civilisation naissante encore , mais qui semblait avoir déjà le sentiment de sa grandeur future et de sa durée.

Il serait intéressant de voir comment s^est développée cette architecture nouvelle et par quelle série d'essais et de perfectionnements le système étrusque s^est transformé pour donner naissance au système romain. Malheureusement le sol de Rome a été tellement bouleversé qu^il ne reste presque plus rien des constructions de Pépoque républicaine. Le plus ancien monument de Parchitecture romaine qui nous ait été conservé, le Panthéon d'Agrippa, construit en 24 avant J.-C, nous montre cette architecture déjà toute constituée et en pleine possession de ses principes, de ses formes, de sa technique.

Deux choses distinguent entre eux les divers systèmes d'architecture : c'est d'abord la construction des supports verticaux, murs, piliers ou colonnes; c'est ensuite la méthode employée pour couvrir et couronner l'édifice. De ces deux choses, la seconde est celle qu'il faut surtout considérer, parce que c'est la matière, la forme, le poids de la couverture qui déterminent la matière, l'épaisseur, la force du support.

La plupart des architectures antiques ont fait usage du même mode de couverture. Sur des points d'appui verticaux, elles ont posé de grandes pièces horizontales.

Les matériaux variaient : en Egypte, c^était du granit ; en Grèce, du marbre; en Etrurie, du bois; de là des inégalités de résistance et, par suite, des supports plus ou moins gros ou rapprochés, des poutres plus ou moins épaisses, plus ou moins longues. Les proportions aussi étaient différentes : en Egypte, les dimensions étaient arbitraires; en Grèce, elles étaient réglées par certains rapports constants que Von appelait des ordres. Mais quelles que fussent ces diversités, le principe ne changeait pas, et les éléments de la construction étaient toujours la plate-bande et Pangle droit.

L^architecture romaine résolut le problème d^une autre manière, en substituant aux poutres horizontales de pierre ou de bois une couverture curviligne, une voûte. Elle n'inventa pas Part de tailler et d'agencer les pierres de telle sorte qu'elles pussent rester suspendues au-dessus du vide en se servant mutuellement de point d'appui. Le procédé, nous l'avons vu, remontait à une très haute antiquité, et l' Etrurie lui en avait appris la théorie et l'application. Mais chez les Étrusques, il n'était guère affecté qu'à certaines constructions, telles que des portes de ville, des couloirs de tombeaux, des arches de pont, des citernes, des égouts, le plus souvent des galeries souterraines qu'il fallait protéger contre les éboulements. De là à faire entrer la voûte dans la composition ordinaire des édifices publics et privés, religieux et civils, il y avait encore loin. Un grand pas restait à franchir : il le fut par les Romains. Comprenant tout le parti qu'on pouvait tirer de la voûte, ils n'en restreignirent pas l'emploi aux travaux de voirie. Ils lui donnèrent dans leurs constructions le rôle principal. Ils

surent en multiplier les combinaisons, en amplifier les courbes, en varier les effets. Ils tournèrent, et pour jamais, au profit de Fart ce qui n^avait été jusque-là qu'un procédé commode et un heureux expédient dMngénieur.

Les types de voûte qui s'offrent aujourd'hui au choix d'un architecte sont nombreux. Les Romains n'ont connu et pratiqué que les types suivants : la voûte en berceau (fig. 56), pour les allées en couloir; la voûte d'arête (fig. 57), qui n'est pas autre chose que deux voûtes en berceau se coupant à angles droits, pour les salles carrées; Isl voûte hémisphérique , le dôme, pour les salles rondes. Ces diverses voûtes ne sont que les combinaisons d'un seul et même arc, l'arc en plein cintre, dont la courbe dessine un demi-cercle parfait.

L'emploi de la voûte dans

VOUTE d'arête. l'architecture monumentale eut pour conséquence nécessaire la transformation et le renforcement des supports verticaux. Quand la couverture est en plate-bande comme chez les Égyptiens ou chez les Grecs, l'action de la pesanteur s'exerce de haut en bas, et loin de compromettre l'équilibre du pilier ou de la colonne, elle

a pour effet de Pimmobiliser, de le clouer sur place. Il n'en est pas de même quand la couverture est cintrée. Une voûte ne subsiste que parce que les pierres qui la composent sont resserrées dans un cercle trop étroit pour pouvoir céder toutes en même temps à Faction de la pesanteur qui s^exerce sur toutes à la fois. Elles se

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