‹ Manuel d'archeologie etrusque et romaineChapitre 41 sur 110 · FIG. S 8. ARC EN PLEIN CINTRE · texte numérisé non relu

FIG. S 8. ARC EN PLEIN CINTRE

contrarient dans leur chute faute d'espace. Mais ce poids énorme suspendu en Pair cherche une issue. Il tend à élargir l'ouverture béante au-dessous de lui et, par conséquent, à écarter les murs ou piliers qui limitent cette ouverture et contre lesquels il se bute. Pour que ces murs ou ces piliers ne soient pas jetés par terre, il faut que l'architecte en assure la stabilité par un sur-

croît de résistance convenablement calculé. La masse des piliers doit toujours être plus forte que la poussée de la voûte. De là des murs comme ceux du Panthéon à Rome, qui ont plus de cinq mètres d^épaisseur et ressemblent à des enceintes de forteresse; de là des culées comme celles qui se dressent encore au milieu des ruines des Thermes de Caracalla ou de la basilique de Constantin.

Ces entassements de pierres donnent Pidée de la puissance. Mais Faspect en est lourd et déplaisant. C^est là un défaut inévitable. Mais il faut avouer qu^à ce prix les Romains ont réussi à faire des constructions extraordinaires et que personne n'avait faites avant eux. Ils ont lancé d'énormes voûtes au-dessus de vastes espaces ; ils ont couvert d'immenses salles sans le secours, toujours un peu encombrant, des colonnades intérieures.

Un pareil système d'architecture a le grand avantage de n'imposer aucun plan- et de laisser à l'architecte la plus entière liberté de composition. Le système de la plate-bande ne se prête qu'à un nombre restreint de combinaisons. Le plan est forcément rectangulaire. Un temple égyptien est toujours une série de carrés et de rectangles mis bout à bout. Tous les temples grecs sont des rectangles, depuis les modestes chapelles, qui ne se composent que d'un mur d'enceinte, jusqu'aux sanctuaires les plus célèbres, entourés de portiques à simple ou double colonnade. Comme il faut compter avec la portée des poutres horizontales, la distance entre les supports est toujours limitée, ainsi que l'espace qui peut rester vide ; et pour peu que l'édifice ait quelque

étendue, il est nécessaire de multiplier les murs et les piliers et parfois d^en venir, comme dans les temples immenses de Karnak, à dresser une véritable forêt de colonnes. L'architecte romain dispose de plus de ressources. Il a d'abord toutes celles des architectes égyptiens ou grecs, c'est-à-dire la ligne et Pangle droits. Il a de plus la ligne courbe, dont il lui est facile de varier à son gré Pamplitude. Il n'est donc pas condamné aux plans rectangulaires et peut subordonner la forme des bâtiments aux convenances diverses, imprévues, bizarres, aux fantaisies mobiles d'une civilisation puissante et sans cesse renouvelée. S'il a de vastes emplacements à couvrir, il ne va pas y planter des rangées de colonnes où viendront se heurter les flots d'une foule affairée, mais il établira sur certains points choisis, de distance en distance, de solides piliers d'où s'élanceront d'un vol hardi les courbes des arcades; et les nefs s'ouvriront larges et libres. C'est à leur système de construction que les architectes romains doivent l'aisance admirable avec laquelle ils répondent aux programmes les plus compliqués. Suivant les exigences des services à pourvoir, ils savent enchevêtrer une multitude de salles, de superficie, de hauteur et de niveau différents. « Théâtres, amphithéâtres, thermes, camps, prétoires, hippodromes, basiliques, ils savent disposer tous les bâtiments d'utilité publique avec une habileté rare. S'agit-il, par exemple, de construire des bains pour une population nombreuse : tous les besoins sont prévus, étudiés, satisfaits : larges abords, facilités de la circulation, transitions hygiéniques ménagées entre l'air intérieur et la température du dehors, gymnases, jardins, promenoirs, salles de

conversation, rien n'est oublié de ce que demandent le corps et Fesprit d'un homme civilisé. Et l'architecte ne perd pas un pouce de son terrain ; il utilise tous les vides : pour la convenance, en y distribuant les petits services ; pour la solidité, en les couvrant par de petits

arcs, qui, adossés aux grandes voûtes, leur servent de contreforts 1. »

Parmi toutes les formes qui pouvaient ainsi s'offrir, suivant les circonstances^ à l'imagination des architectes romains, il en est une qui paraît avoir eu leur préfé-

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