I. — TRANSFORMATION DES ORDRES
Si les Romains, dans leurs constructions, ont appliqué certains principes qui leur étaient propres, s'ils ont préféré certaines formes et certains procédés, ils ont aussi beaucoup emprunté aux Grecs. Ils ont eu, comme en Grèce, des plans rectangulaires, des frontons, des colonnades et des ordres.
Ils furent amenés à cette imitation tout naturellement par les progrès de leurs conquêtes. Déjà familiarisés avec les temples toscans qu'ils voyaient à Rome et qui étaient des altérations du style grec, ils rencontrèrent, en parcourant l'Italie méridionale et la Sicile, les nombreux temples que les colonies helléniques y avaient élevés. Plus tard la Grèce et l'Asie Mineure offrirent à leurs yeux les plus magnifiques exemplaires de Tarchitecture grecque. Enfin le jour vint où la Grèce conquise leur envoya des architectes dont le talent,
LES ÉLÉMENTS GRECS DANS L'ARCHITECTURE ROMAINE. m9
désormais sans emploi au milieu de tant de cités ou ruinées ou appauvries, vint chercher fortune dans la nouvelle capitale de la civilisation. Dès ce moment, l'architecture grecque prit pied à Rome et pendant le dernier siècle de la république s^ imposa.
Est-il besoin de dire que cette architecture n'était pas celle des beaux temps? Les écoles asiatiques de Pépoque macédonienne en avaient déjà modifié les proportions, abâtardi les ordres, corrompu le style. La décadence était commencée : les Romains la continuèrent. L'architecture grecque se transforma de plus en plus entre leurs mains.
Qu'on voie en effet ce que deviennent les ordres M Le dorique n'a plus rien de commun que le nom avec celui de Paestum ou du Parthénon. Ce n'est plus qu'un dorique oblitéré, semblable à celui dont les architectes toscans ont conçu le modèle. La colonne, au lieu de porter directement sur le sol, s'élève sur une base circulaire qui repose elle-même sur une plinthe carrée ou sur un piédestal. Le fût est un cylindre droit et raide, sans aucun renflement, et qui s'allonge comme un tuyau de cheminée. Point de cannelures, ou, si par hasard il y en a, elles ne commencent qu'au tiers de la hauteur. Sous le chapiteau, le fût est comme cerclé par un anneau en relief, et le chapiteau, au lieu de s'infléchir doucement comme s'il cédait sous le poids qu'il supporte, dessine une courbe d'un profil dur et sec. Ajoutez que les proportions n'existent plus. Au Parthénon et dans les beaux
I. Pour la description détaillée des ordres grecs, voir Collignon, Arch. grecque, p. 43.
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temples doriques la hauteur de la colonne est égale à un peu plus de cinq fois son diamètre. A Rome, elle va jusqu'à sept diamètres. Le couronnement qui repose sur la colonne est de beaucoup réduit. Le caractère de Tordre est tout à fait défiguré.
L'ordre ionique est loin de l'élégance qu'il a dans les
Grec. FI G. (5a. Romain,