‹ Manuel d'archeologie etrusque et romaineChapitre 60 sur 110 · I. Saglio : Dictionn. des <3n^/^., Amphitheatrum, Gircus · texte numérisé non relu

I. Saglio : Dictionn. des <3n^/^., Amphitheatrum, Gircus

pour augmenter le nombre des places réservées. Sous l'empire, Rome compta une douzaine de cirques et dans les provinces la plupart des grandes villes eurent le leur, qu^elle construisirent sur le modèle désormais consacré. Aucun n'a laissé de ruines importantes.

Le plan d'un cirque avait la forme d'un parallélogramme très allongé et arrondi en hémicycle à l'une de ses extrémités. L'autre extrémité était fermée par ce qu'on appelait les barrières (carceres) : c'étaient les stalles où les chars attendaient le signal du départ ; le

bâtiment où elles étaient ménagées et au-dessus duquel on disposait le plus souvent les tribunes d'honneur ainsi que les balcons des musiciens, était construit sur un plan légèrement concave et orienté de biais de telle sorte que tous les concurrents eussent la même distance à parcourir depuis leur stalle jusqu'au point où la course commençait. Le sol de l'arène était divisé en deux pistes parallèles par une barrière en charpente ou en maçonnerie (spina)^ élevée à hauteur d'appui suivant l'axe longitudinal du cirque et limitée à chacun de ses bouts par trois bornes, metœ. Les chars devaient en faire le tour plusieurs fois. La spina était décorée d'un obélisque, qui en marquait le milieu, et d'une foule

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de Statues et de colonnes. Elle recevait en outre certains échafaudages sur lesquels des signaux en forme d^œufs (ova curriculorum), alternativement élevés ou abaissés, indiquaient aux spectateurs le nombre des tours courus. La spina, avec tous ces accessoires, est souvent figurée sur les ba^-reliefs et les mosaïques (fig. 76).

'L'amphithéâtre différait du cirque par la nature des spectacles qu'on y donnait. Il était primitivement destiné à des combats de gladiateurs. Plus tard, sous Pempire, on y représenta des chasses d'animaux féroces et même des combats navals ou naiimachies. La coutume de mettre des captifs aux prises dans un duel désespéré , avait été apportée d'Etrurie à Rome vers le iii'' siècle avant notre ère et restreinte d'abord à certaines cérémonies funéraires. Mais le peuple n'avait pas tardé à se prendre d'un goût très vif pour ces luttes meurtrières. A la fin de la république, il était tellement avide de ces dramatiques émotions que lui en offrir le plaisir était, pour les ambitieux, un excellent moyen de popularité. Longtemps ces jeux n'eurent pas d'emplacement déterminé et se firent partout où le terrain s'y prétait, sur le marché aux bœufs, sur le Forum, au Champ de Mars : on se contentait d'une enceinte improvisée avec quelques rangs de gradins en bois. Trente ans avant J.-C, un premier amphithéâtre de pierre fut construit par Statilius Taurus. Sous l'empire, quand toutes ces sanglantes fantaisies, de plus en plus populaires, furent devenues une véritable institution d'Etat, de nombreux amphithéâtres s'élevèrent, tant dans les provinces qu'à Rome. Il en subsiste encore une centaine environ. Les moins ruinés sont ceux de Pompéi, de Pouzzoles, de

Capoue, de Vérone, d^Arles , de Nîmes, enfin le plus grand de tous, le Colisée de Rome. C^est ce dernier que nous choisirons comme type de cette classe de monuments.

L'amphithéâtre flavien ou Colisée, commencé par Vespasien et terminé par son fils Titus en Pan 80 de notre ère, est le chef-d'œuvre de l'architecture romaine. C'est une immense construction de forme elliptique qui mesure 546 mètres de circonférence. Sa hauteur est de 49 mètres, sa plus grande longueur de 188 et sa plus petite de i56. Tout autour de l'arène, qui est longue de 76 mètres et large de 46, s'élève un mur de 6 mètres, le podium, à partir duquel s'échelonnent, sur une profondeur moyenne de 5o mètres, plusieurs lignes de gradins, environ 87,000 places, sans compter les vingt mille personnes qui debout pouvaient encore assister au spectacle. Cet espace destiné au public se divise, suivant des courbes parallèles à l'ellipse de l'arène, en plusieurs étages (mœniana ou caveœ), séparés les uns des autres par un couloir et un petit mur (prœcinctiones) et contenant chacun plusieurs rangs de sièges (gj^adationes). L'étage inférieur, le plus proche du podium, s'appelait infima cavea et était réservé à la maison impériale ainsi qu'aux personnages de distinction; sur les autres se groupaient, selon leur rang, les diverses classes de la société romaine. Le dernier étage (suprema cavea), adossé au mur d'enceinte et décoré d'un portique corinthien, n'avait que des bancs de bois.

Les diverses zones concentriques, qui forment les étages, sont coupées de distance en distance par un

passage de dégagement, où venaient déboucher les spectateurs lorsqu'ils avaient passé les portes appelées vomitoria et se dirigeaient vers leurs places. Ces passages convergent tous vqvsIq podium : aussi la masse des gradins, vue de Farène, présente-t-elle une série de tranches qui vont en s'élargissant et ressemblent à des coins ; de là le mot de cunei pour désigner les degrés d'un amphithéâtre.

Sous les gradins courent, parallèlement à l'arène, plusieurs galeries voûtées, qui, au moyen d'un grand nombre d'escaliers aboutissant à des vomitoires, établissent une communication facile entre les caveœ et l'extérieur et sous lesquels le public peut trouver un abri.

L'enceinte extérieure se compose de quatre étages en façade; les trois étages inférieurs sont percés chacun de 80 arcades en plein cintre, entre lesquelles sont engagées des colonnes, doriques au rez-de-chaussée, ioniques au premier et corinthiennes au second; toutes ces baies sont ouvertes; au premier et au second elles semblent avoir été garnies de statues. Le dernier étage est formé de pilastres corinthiens entre lesquels sont pratiquées quarante fenêtres carrées. Entre ces fenêtres et la corniche règne un rang serré de consoles destinées à soutenir les mâts auxquels s'attachaient les câbles du velarium, immense tente, faite avec 240 voiles, qui protégeait la foule contre, le soleil.

Une aussi prodigieuse construction n'était possible qu'avec un système architectural comme celui des Romains. Le monument à demi ruiné découvre par endroits les massifs de maçonnerie qui en forment

comme l'ossature, et Ton voit ainsi avec quelle habileté et quel sens pratique Tensemble est composé. De solides murs de refend se dressent tout autour de Parène comme autant de rayons qui convergent vers les centres de Tellipse. Leurs crêtes s'élevant en pente depuis le poi/wm jusqu'à l'enceinte extérieure, il suffit de les relier par des voûtes pour avoir une rampe continue sur laquelle s'établiront les gradins. Grâce à l'emploi constant des voûtes et des arcades, la solidité est assurée sans que la circulation soit le moins du monde entravée : les galeries sont largement ouvertes et de tous les côtés. Tout est si bien combiné qu'aucune place n'est perdue. Il n'y a pas jusqu'aux parties souterraines qui ne soient utilisées : des fouilles y ont fait reconnaître des fosses pour les bêtes, des aqueducs pour amener sans doute l'eau des naumachies, enfin une multitude de couloirs plus ou moins réguliers, dont la destination reste encore incertaine.

On conçoit malaisément quelle masse de pierres il fallut mettre en œuvre pour achever ce colossal édifice. Que l'on songe que pendant tout le moyen âge le Colisée a été exploité comme une carrière; qu'au plus fort des guerres civiles les factions ennemies s'entendaient par un accord exprès pour s'assurer à toutes le droit d'y puiser des matériaux; que les plus grands palais de Rome, ceux des Farnèse, des Barberini et bien d'autres furent élevés avec les blocs de travertin arrachés à ses ruines et qu'en dépit de tant de dévastations il subsiste toujours, mutilé sans doute, mais encore imposant.

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