‹ Manuel d'archeologie etrusque et romaineChapitre 63 sur 110 · VI. LES HABITATIONS PRIVEES · texte numérisé non relu

VI. LES HABITATIONS PRIVEES

Pendant plusieurs siècles, jusque vers la fin de la république, la maison romaine ne fut qu'une reproduction de la maison étrusque. Le centre en était Vati^iiim, comme en Etrurie. Le type de cet atrium variait peu. Parfois il était entièrement couvert (testiidinatum); mais le plus souvent il était éclairé par une ouverture carrée que laissaient entre eux les quatre auvents du toit inclinés vers l'intérieur (compluvium) ; au-dessous de cette ouverture, un petit bassin peu profond (impluvium) recueillait les eaux de pluie et les déversait au dehors par une rigole. Suivant que les auvents reposaient sur deux traverses horizontales ou sur quatre supports verticaux, V atrium était dit tuscanicum ou tetrastylum. Tout alentour de cette petite cour à demi couverte se groupaient quelques chambres plus ou moins nombreuses, plus ou moins grandes, selon la condition des habitants. Dans toutes les maisons de quelque importance, on était sûr de rencontrer, entre autres annexes, deux ailes latérales alœ, sortes d^alcôves ouvertes, situées vers le fond de Patrium à droite et à gauche, et entre ces deux enfoncements, un troisième, le tablinum, le tout disposé comme les trois branches supérieures d^une croix. Les alœ servaient à garder, rangés sur des rayons, les portraits des ancêtres et ces masques de cire

I. Walther Lange : Das antike griechisch-rœmische Wohnhaus. Leipzig, 1878.

moulés sur la figure du mort^ qui, portés par des acteurs, représentaient les aïeux aux funérailles de leurs descendants. Le tablinum complétait ce musée héréditaire en conservant tous les écrits et tous les documents qui pouvaient intéresser Phistoire de la famille, les comptes, les tessères d'hospitalité, les extraits d'annales, les éloges funèbres, les copies des décrets honorifiques, en un mot, les archives domestiques.

A répoque où la civilisation romaine est dans son plein épanouissement, c'est-à-dire vers le temps d'Auguste, cette traditionnelle maison ne suffit plus au Romain : il a pris des habitudes nouvelles de bien-être et de confort. Il se sent à l'étroit dans cet atrium encaissé où la lumière pénètre mal et qui ne semble guère propre qu'à recueillir les eaux de pluie. En même temps, la Grèce, qu'il a vue chez elle ou dont les séductions sont venues jusqu'à lui, la Grèce, qui a pour elle l'irrésistible prestige de la nouveauté et de la mode, lui fait connaître une habitation plus spacieuse, plus aérée, plus commode, riche de tous les raffinements du luxe alexandrin. Qu'arrive-t-il ? Il ne délaisse pas l'antique maison, car le Romain est, de sa nature, fidèle au passé ; mais il ajoute à cette vieille demeure, faite pour un autre temps et d'autres mœurs, les aises, les agréments, les élégances plus modernes de la maison grecque.

Le croquis ci-joint donnera l'idée de ce qu'est la maison d'un Romain aisé au i^*" siècle de notre ère. Les éléments en sont empruntés aux ruines de Pompéi. Il ne représente pas telle ou telle maison en particulier, mais une maison en général. Dans la réalité, la régularité du plan n'était pas aussi grande, parce qu'il fallait

se conformer à l'étendue et à la disposition du terrain, et que d'ailleurs les convenances domestiques n'étaient pas toujours les mêmes. De la rue, un vestibule (v), fermé par une porte en retrait, donnait accès dans

^atrium (a), ou l'on remarque au centre Vimpluvium (î), et vers le fond les alœ (ce) et le tablinum (t). C'était la partie étrusco - romaine de la maison. Mais ce n'était plus là que se tenait, comme autrefois, la famille. Les pièces qui s'ouvraient à droite et à gauche n'étaient plus des chambres d'habitation , mais des chambres de service ou des magasins.

Quelquefois elles communiquaient avec des boutiques, où le propriétaire faisait vendre par ses esclaves les produits de leurindustrie ou les fruits de ses terres. Là se trouvait le quartier des serviteurs. C'est là que le maître recevait ses clients et réglait ses affaires. C'était ce qu'on pourrait appeler son bureau. Vatrium n'était plus que comme le prolongement du vestibule.

Pour pénétrer dans les vrais appartements du Romain

d'une maison

LES MONUMENTS DE L'ARCHITECTURE ROMAINE. i8i

de l'empire, il fallait franchir un étroit couloir (fauces, /), qui longeait le tablinum et conduisait dans le peristylium (p). C'était une cour assez étendue, bien éclairée, égayée par une piscine où jaillissaient des eaux vives et qu^ornaient des rocailles et des plantes aquatiques. Tout alentour régnait un portique soutenu par des colonnes. A l'extrémité était Vœcus (olxo?, g)^ où la famille se réunissait. Uœcus donnait sur un jardin (h)^ c'est-à-dire sur un petit fond d'arbres, dont quelquesuns étaient, il est vrai, des arbres peints en trompe-l'œil sur le mur de clôture, mais dont la verdure reposait les regards. Parmi les nombreuses pièces plus ou moins régulières qui entouraient le péristyle, les unes étaient des chambres à coucher (cubicula) et les autres des salles à manger (triclinia). Elles n'étaient pas grandes, mais une expérience journalière les avait bien appropriées à leurs destinations diverses. Une petite allée (m) aboutissant à une porte dérobée permettait au maître de s'échapper sans avoir à traverser son atrium, et par conséquent sans risquer d'être appréhendé au passage par un client importun.

La maison romaine n'avait que fort peu de fenêtres sur l'extérieur. Elle était entourée d'une enceinte presque continue de boutiques. Sur le péristyle s'ouvraient les fenêtres des chambres ou plutôt les portes, car les portes étaient souvent les seules ouvertures. Aussi quelles attentions pour faire de ce péristyle un gentil cloître ! Il faut avoir vu de près ce qui reste encore de toutes ces colonnades garnies de stuc et peintes, de ces petites grottes en rocaille, de ces fontaines en coquillage ou en mosaïque, de ces pavements multicolores, de

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ces Statuettes en marbre, en bronze ou en terre cuite, enfin de ces mille riens indescriptibles et charmants qui décoraient les péristyles pompéiens, pour se figurer la coquetterie du bourgeois romain amoureux de sa maison et naïvement ingénieux à Pembellir. Dans cette jolie cour intérieure, si fraîche, si parée, impénétrable aux indiscrétions ou aux importunités, il se sentait bien chez lui. Lorsqu'à l'heure de midi, suivant un usage qui dure encore et que le climat commande, il se reposait étendu sous les auvents de son péristyle et s'abandonnait à une douce somnolence, aucun bruit fâcheux ne troublait la paix de sa sieste. De larges stores tendus, analogues à ceux qu'on peut voir dans mainte ville italienne, tamisaient la lumière trop vive et se balançaient au moindre souffle, entretenant comme une brise autour de lui, tandis que le jet d'eau de son bassin le berçait de son murmure.

Il est trop évident que l'aspect des maisons romaines n'était pas uniforme, qu'une maison de campagne différait d'une maison de ville et qu'un grand seigneur n'était pas logé comme un bourgeois. Certaines habitations étaient toutes en rez-de-chaussée, comme à Pompéi. D'autres, surtout à Rome et da4is les grandes villes, avaient plusieurs étages et devaient ressembler à ces vieilles maisons qu'on voit à Sienne, à Pérouse, à Bologne, dans les villes italiennes qui ont conservé leur caractère : maisons sans façade du côté de la rue, ou avec une façade insignifiante, et qui sont bâties à peu près sur le même plan que la maison antique, c'està-dire qui ont un vestibule, une première cour comme un atrium, puis un couloir conduisant à une seconde

cour plus grande, puis enfin, tout au bout, un jardinet avec deux ou trois touffes d^arbres véritables ou des perspectives de verdure peintes sur la muraille.

A rintérieur, les chambres étaient plus ou moins décorées, suivant la fortune des propriétaires. Les plus riches étaient brillantes de marbres multicolores. Les plus modestes n'avaient que des peintures à fresque, comme à Pompéi. Ici les pavements étaient en simples briques ou en carreaux; là c'étaient des mosaïques. Nous ne pouvons entrer dans le détail de toutes ces différences, pas plus que nous ne pouvons décrire toutes les magnificences des villas opulentes et des palais. S'il faut en croire les anciens, il y avait de ces habitations dont le luxe raffiné avait quelque chose d'oriental et qui étaient comme des demeures enchantées.

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