P,Q, 87. TORSE DU BELVÉDÈRE
(Vatican.)
d^un buste trouvé à Herculanum et qui paraît être une copie du Doryphore de Polyclète; Cléoménès, fils du Cléoménès de la Vénus de Médicis; C. Avianiiis Evander, sculpteur et ciseleur, amené à Rome comme prisonnier de guerre, vendu comme esclave, affranchi par M. TEmilius Avianianus, et devenu l'ami de Gicéron et son conseiller dans ses achats d'œuvres d^art; Diogénès, qui fit plusieurs statues pour le Panthéon d^ Agrippa; enfin Salpion et Sosibîos dont nous avons deux grands vases en marbre sculpté, d^un style élégant.
Par le choix de ses sujets, Pécole néo-attique se rattache aux meilleures traditions de la sculpture grecque. Mais elle a peu d'invention. Il est vrai que si, faute d'originalité, elle imite des œuvres de Polyclète, de Praxitèle ou de Lysippe, son imitation n'est pas servile. Par des variantes d'attitude et d'expression, elle marque sa personnalité. Il serait injuste de ne la considérer que comme une école de copistes et de praticiens.
S'* Ecole de Pasitélès. — Pasitélès naquit dans la Grande Grèce et reçut le droit de cité romaine en 87 av. J.-C, en même temps que tous les Italiens. Il vécut jusque sous Auguste. Il était renommé pour son égale habileté à travailler le marbre, le bronze et l'ivoire et pour le soin qu'il prenait de ne rien sculpter sans avoir au préalable modelé une maquette d'après nature : c'est ainsi qu'étant un jour dans une ménagerie où il faisait une étude de lion, il faillit être dévoré par une panthère échappée. Il était non seulement un artiste mais encore un critique d'art très apprécié.
Nous n'avons rien de lui, mais nous savons quel était son style par l'œuvre d'un certain Stéphanos qui
se déclare fièrement son élève et dont il reste une statue d'Oreste copiée d'un groupe plus ancien, représentant Oreste avec Pylade ou avec Electre. Or cette statue porte des marques non équivoques d'archaïsme. La structure générale du torse, les larges plans du modelé, la facture de la tête, Faplomb solide du corps, tout nous reporte à la sculpture des contemporains de Phidias. Pasitélès, qui était autant un savant qu'un artiste, avait cherché à renouveler Part alangui de son temps par un retour vers les procédés du passé.
Parmi les contemporains de Pasitélès, il en est un, Arcésilas, qui sans appartenir à son école, peut être rapproché de lui, non qu'il affectât l'archaïsme, mais parce qu'il s'ingéniait à sortir delà banalité et cherchait à renouveler son art par des études faites d'après nature. Gomme Pasitélès, il commençait toujours par modeler des maquettes, et ces maquettes étaient si bien venues qu'on se les disputait à prix d'or. On cite de lui une Vénus Génitrix qui fut placée dans le Forum de Jules Gésar. Mais son talent semble s'être surtout complu à des badinages mythologiques; une de ses statues les plus admirées représentait une lionne lutinée par de petits Amours.
Quelle qu'ait pu être la valeur individuelle de tel ou tel des artistes que je viens de rappeler, il est manifeste que la sculpture grecque, à l'époque où elle se met au service de Rome, est bien déchue de son ancienne gloire. Une chose lui manque, qui jusque-là n'avait jamais manqué à l'esprit grec, c'est l'imagination. Elle n'a point ou presque point de conceptions originales. Les sculpteurs ont la main exercée, ils connaissent à fond les
procédés et les ressources de leur art, ils recherchent volontiers la difficulté, mais ils ne cessent pas d^étre des imitateurs. Tantôt ils copient purement et simplement; tantôt ils interprètent : mais toujours ils s'attachent à un thème connu.
Leur génie était pauvre, cela n'est pas douteux. Mais il faut avouer aussi que les circonstances n'étaient pas favorables à Pinvention. La vanité romaine, qu'ils avaient à satisfaire, s'accommodait moins d'œuvres nouvelles et personnelles que d'œuvres célèbres. Ce qu'on voulait, c'était posséder chez soi un Polyclète, un Myron, un Praxitèle, un Lysippe; et à défaut de statues authentiques, on se contentait d'une copie plus ou moins fidèle.
Cette mode, qui commence à Rome vers la fin de la république , s'exagéra sous l'empire et de la capitale passa dans les provinces. Partout on demanda des faux chefs-d'œuvre pour orner les rues, les places publiques, les basiliques, les théâtres, les thermes, les palais et les villas, n fallut alors multiplier les reproductions. Telles statues, la Vénus et le Faune de Praxitèle, donnèrent naissance à d'innombrables répliques. Si tous les Musées d'Europe étaient réunis, on serait stupéfait de la quantité de copies qu'inspirèrent les œuvres des grands maîtres de la sculpture grecque, et cependant les copies qui nous sont parvenues ne représentent qu'une faible partie de celles qu'on avait faites.