FIG. 99, AMOURS DANS LE CIRQ^UE
Toutes les sculptures funéraires du même genre ne sont pas si explicites : il arrive que Ton se contente d'une simple allusion au métier d'ailleurs indiqué dans l'inscription funéraire : c'est ainsi qu'on représente pour un boucher un étal, pour un charpentier les outils de sa profession, pour un géomètre des instruments d'arpentage, pour un affranchi qualifié de jpiillarhis, une cage à poulets.
d. Sujets de la vie ordinaire idéalisés. Un certain nombre de sarcophages, qu'à leurs dimensions il est facile de reconnaître pour des tombeaux d'enfants, sont
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décorés de scènes familières, où les acteurs, au lieu d^être des hommes et des femmes, sont des Amours et des Psychés. On en voit sur des nacelles, occupés à ramer, à pêcher ou à jouer de la musique. D^autres, sur de plus lourds bateaux, sont matelots et font toutes les manœuvres d'un équipage. D'autres courent dans le cirque, montés sur des chevaux ou des chars. La sculpture funéraire applique là un genre de compositions pour lequel Fart gréco-romain a un goût très prononcé et dont les peintures de Pompéi nous offriront beaucoup d'exemples.
e. Jeux de mots figurés. Je range sous ce titre quelques représentations qui ne sont que la traduction plastique d'un nom ou d'un surnom. Sur le tombeau d'une enfant appelée Nabira et par sobriquet Nabe, on a mis un bateau (navis). Le même symbole est appliqué au tombeau d'une certaine famille Naiicellia. A côté des épitaphes faisant connaître iQsnoms à^Daphne, Vitulus, Onager, Porcella, Aper, on trouve un laurier, un veau, un âne, une petite truie, un sanglier. C'est par un procédé analogue que plus tard, au moyen âge, on illustrera les blasons.
y. Symboles, înétaphores et motifs allégoriques. Chaque peuple a quelques symboles traditionnels par lesquels il éveille l'idée de la mort. Les plus usités sur les bas-reliefs funéraires romains sont les masques, les génies endormis ou tenant une torche renversée, les génies des saisons, les monstres marins, les griffons. Ils sont tantôt isolés, tantôt combinés avec d'autres sujets. Il faut y joindre certains motifs que l'on rencontre sur les cippes communs, la corbeille renversée
et les fruits répandus, Poiseau ou le lièvre qui les mange, l'hirondelle qui attrape et dévore un papillon, et autres images analogues qui expriment d'une manière détournée les ravages de la mort.
g-. Sujets mythologiques. C'est surtout par des sujets mythologiques que la sculpture funéraire des Romains traduit l'idée de la mort. En cela elle ne fait que continuer la tradition de l'Étrurie. Nous avons vu quelle place tenaient sur les sarcophages étrusques les scènes empruntées aux légendes helléniques. Les mêmes scènes reviennent sur les sarcophages romains. La mort d'Actéon, Achille et les Amazones, les amours de Vénus et d'Adonis, de Diane et d'Endymion, la mort d'Alceste, le départ de Protésilas pour Troie où il doit mourir le premier, Ariane à Naxos enlevée par Bacchus, les cortèges bachiques, la chasse de Méléagre, Phèdre et Hippolyte, Psyché et l'Amour, le rapt de Proserpine par Pluton, d'Europe par Jupiter, la mort d'Œnomaûs, les Tritons et les Néréides, les Nymphes et les Centaures, tels sont les motifs ordinaires. Tous sont des allusions plus ou moins directes à l'épreuve de la mort. Ce sont des combats sanglants, des massacres, qui nous en montrent la sombre réalité. Ce sont des légendes dont les héros ou les héroïnes sont de beaux jeunes gens, de belles jeunes filles, morts avant l'âge, ou, ce qui revient au même, aimés par quelque divinité et ravis par elle. Ce sont enfin des scènes bachiques, joyeuses en apparence, mais qui touchent au monde infernal , car de vieilles croyances associent Bacchus aux déesses de la terre, à Cérès et à Proserpine, et le confondent presque avec Pluton. Le sens
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funéraire est plus ou moins enveloppé, mais il est partout. Toutes ces images sont là pour faire penser au mystérieux pouvoir par qui tout est brisé, force, vertu, courage, jeunesse, beauté.
A Rome, la sculpture des tombeaux procède de la même façon que les philosophes. Gomme eux, elle aime à familiariser les imaginations populaires avec Pinévitable nécessité de la mort, en leur offrant le spectacle des plus illustres catastrophes et des trépas les plus fameux. Sur les marbres populaires comme dans les traités de morale, le langage est le même; c'est Féternel refrain de la loi commune : nous mourons tous, comme sont morts les héros du temps passé, les Hercule, les Thésée, les Méléagre, les Achille, comme sont morts les rois puissants et les grands capitaines, les Alexandre et les Scipion, comme sont mortes toutes les héroïnes, les Hélène, les Alceste et les Iphigénie.
Ainsi, ce qu'il faut surtout chercher sur les bas-reliefs mythologiques des sarcophages romains , c'est l'énoncé de la grande loi qui pèse sur l'humanité. Il n'y a guère qu'un rapport très général entre la scène figurée et la personne du défunt. En allant acheter un sarcophage chez les marbriers, on se préoccupait peu de la convenance du sujet. Les modèles exposés étaient tous au même titre des symboles funéraires, consacrés par l'usage et devenus banals, dont on ne songeait pas à analyser le sens, pas plus que de nos jours tous ceux qui arborent des immortelles ne songent à l'immortalité. On jetait bien souvent son dévolu au hasard, sans autre considération que celle du prix. Il arrivait cependant que tel sujet fût choisi de préférence, parce qu'il
était plus ou moins approprié à Tâge et au sexe du défunt, à son genre de vie ou à son genre de mort. Sur des tombeaux de femmes on rencontre des scènes comme la mort d'Alceste, le rapt de Proserpine, le sommeil d'Ariane, le cortège des Nymphes, des Muses ou des Néréides, au lieu que les Méléagre, les Adonis, les Achille, les Hippolyte, les Endymion se trouvent sur des tombeaux de jeunes gens. La règle, il est vrai, est loin d'être absolue. Mais le rapprochement est si naturel qu'il a dû se faire souvent. Ce qui sur ce point ne laisse aucun doute, c'est que parfois on donne à l'un des personnages mythologiques du bas-relief les traits de la personne ensevelie. Sur un sarcophage qui représente le combat des Grecs et des Amazones devant Troie et la compassion d'Achille pour la reine Penthésilée qu'il a blessée mortellement, les figures d'Achille et de Penthésilée sont évidemment des portraits; Penthésilée est coiffée comme une Romaine du iii^ siècle. Les marbriers avaient eu soin de réserver les deux têtes jusqu'au jour de l'achat, pour les approprier sur commande à la ressemblance des défunts. Le procédé était assez ordinaire; et de là vient que, sur plus d'un sarcophage, les têtes ne sont qu'ébauchées. La dernière adaptation ayant paru trop coûteuse, on s'en est passé, et le bas-relief est resté inachevé comme il l'était dans la boutique.