I. — L^INFLUENCE ORIENTALE EN ETRURIE
W. Helbig : Cenni sopra Parte fenicia, dans les Annali delV Istituto di corr. archeologica, 1876, p. 197 et suiv. — Clermont- Ganneau : la Coupe phénicienne de Palestrina. Paris,, 1880.
Qu'il y ait eu à une époque très ancienne une action puissante de TOrient sur les habitants de la Toscane, c'est là un fait depuis longtemps reconnu et que personne ne songe plus à contester. Mais cette action, comment s'est-elle exercée ? Qui a servi d'intermédiaire entre l'Italie centrale et l'Orient?
S'il faut en croire les témoignages de l'antiquité qui tous, sauf un, sont d'accord, l'intermédiaire aurait été une peuplade d'émigrants partis d'Asie Mineure et débarqués à l'embouchure du Tibre. C'est la tradition qu'a reprise Virgile en l'embellissant de fictions poétiques. Hérodote raconte que sous le règne d'Atys, c'est-à-dire vers le xv° siècle avant notre ère, la Lydie, qui comprenait alors la plus grande partie de l'Asie Mineure, fut en proie à une épouvantable disette. Il fallut rationner la population. On n'eut plus à manger que de deux jours l'un, et pour tromper la faim dans les intervalles de jeûne on se livra à toutes sortes de divertissements et de jeux. Dix-huit ans se passèrent ainsi jusqu'à ce que le roi, jugeant le mal sans remède, se résignât à faire émigrer la moitié de ses sujets sous la conduite de son fils Tyrrhénos. Ils s'embarquèrent et, après de longues pérégrinations, abordèrent en Italie.
Ce récit est plein de détails légendaires, mais tout n^y est pas conte. Si nous le dépouillons de ce qu'a pu y ajouter la tradition populaire des Lydiens recueillie et amplifiée par Fimagination complaisante d'Hérodote, il reste le fait d'une émigration qui pendant de longues années aurait emporté loin de TAsie Mineure l'excès de la population lydienne. Il est d'ailleurs certain que vers le xiv^ siècle il y eut au sud-est de l'Europe et au sud-ouest de l'Asie un mouvement de peuples extraordinaire. De nombreuses tribus, chassées de leur pays sans doute par la même poussée humaine qui jeta les Doriens sur la Grèce, errèrent à travers le monde méditerranéen à la recherche d'une patrie nouvelle. Les hiéroglyphes égyptiens parlent d'envahisseurs débarqués aux bouches du Nil avec femmes et enfants, qui occupèrent tout le Delta, s'y installèrent et dont on ne put débarrasser l'Egypte qu'au prix des plus grands efforts et après de terribles batailles. Il est possible que les débris d'une de ces migrations, après s'être ainsi heurtés à divers rivages, aient fini par échouer sur les côtes de l'Italie.
Jusqu'à ce que la science dispose de preuves nouvelles et décisives, le passage d'une peuplade orientale en Toscane restera une hypothèse. Mais il faut reconnaître que cette hypothèse explique bien des choses. Elle nous aide à comprendre, par exemple, pourquoi nous trouvons en Etrurie le même genre de sépultures qu'en Asie Mineure, des tumuli reposant sur d'énormes substructions en forme de tours, et des façades de tombes taillées aux flancs des montagnes dans le roc vif; pourquoi le système de la voûte, qui est
oriental, ne se rencontre dans tout le bassin de la Méditerranée que chez les Etrusques et les Romains qui Pont reçu des Etrusques; pourquoi les Etrusques, seuls de tous les peuples méditerranéens, cultivaient Fart oriental de la divination; pourquoi ils portaient un costume oriental, de longues robes à fleurs avec des bordures éclatantes, des sandales lydiennes et des capuchons qui rappellent le bonnet phrygien; pourquoi les insignes royaux que la famille étrusque des Tarquins emprunta à PEtrurie étaient les insignes des rois de Lydie ; pourquoi enfin les jeux et les spectacles de PEtrurie étaient de provenance lydienne. Il y a là un ensemble de coutumes asiatiques qui paraissent se rattacher aux traditions les plus intimes , aux traditions originelles de la nation étrusque.
Si le fait d'une migration d'Asie en Etrurie n'est pas démontré, en revanche il est hors de doute que PItalie centrale a reçu par le commerce méditerranéen des importations orientales. Une tombe de Vulci, connue sous le nom de grotte d'Isis, contenait des objets évidemment apportés d'Egypte, tels que des coquilles d^œufs d'autruche ornés de dessins, et des fioles en terre cuite émaillée de bleu, en tout semblables à celles qu'on recueille par milliers sur les bords du Nil. Ailleurs on a trouvé, à côté de ces petites fioles, quelques-unes des figurines que les Egyptiens mettaient dans les tombeaux, suivant les prescriptions du rituel funéraire : les hiéroglyphes qu'elles portent attestent leur origine. Ce ne sont là que de menus objets. Mais voici un exemple d'importation bien autrement remarquable. Il s'agit d'un trésor d'objets phéniciens découvert en 1876 à
Palestrina (Préneste). Dans le nombre des vases précieux, dont il est en grande partie composé, on voit des coupes en argent doré et ciselé, semblables aux coupes historiées qu^on a recueillies dans Fîle