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III. MARBRES RELATIFS A LA VIE POLITIQUE

Les actes politiques des Grecs étaient gravés sur des stèles, et souvent, au-dessus de Pinscription, un basrelief représentait sous une forme allégorique l'acte mentionné dans le décret. Ces monuments méritent d'être étudiés avec soin, car ils montrent comment les Grecs personnifiaient des êtres abstraits, tels que la République d'Athènes, le Sénat, le Peuple et jusqu'à des qualités politiques ou administratives. Suivant la nature des décrets qu'ils accompagnent, les en-têtes de stèles peuvent se classer dans l'ordre suivant :

I" Tj'ûités d'alliance. — Les cités qui prennent part au traité sont souvent représentées sous les traits de leur divinité tutélaire. Sur un décret relatif à une alliance entre Athènes et Néapolis, la République athénienne est personnifiée par Athéna, et Néapolis par Artémis Parthénos, qui y était adorée; les deux déesses se don-

I. Schoene : Griechische Reliefs. A. Dumont : Bulletin de Corresf. liellénique, II, 1878, p. ôSg-bGcj.

nent la main. D'autres fois, c'est le peuple d'Athènes lui-même, ce Démos traduit sur la scène par Aristophane, qui est figuré sous les traits d'un homme vêtu

d'un manteau ; ainsi au-dessus d'un traité d'alliance avec Corcyre, on voit le Démos tendre la main à la ville amie, personnifiée par une jeune femme, tandis qu'Athcna préside à cette scène (fig. 71).

2° Eloges et récompenses à des Etats ou à des particuliers. — Quand la République voulait récompenser un citoyen d^une ville étrangère, elle lui conférait, avec les honneurs du couronnement, le titre de proxène. C'est le

BêP

FIG. 72. EN-TETE d'un DECRET DE PROXENIE.

sujet d'un certain nombre de bas-reliefs où Athéna, coiffée du casque et armée de l'égide, couronne le personnage honoré. Ces motifs allégoriques étaient aussi 'traités par la grande sculpture; les textes citent un groupe monumental, représentant le Démos d'Athènes couronné par Byzance et i"*érinthe.

3° Comptes desfiîiances . — Ces marbres montrent surtout Athéna et les corps de TEtat personnifiés. Il n'est pas rare d'y trouver le Sénat (BouXti) représenté sous les traits d'une femme, à qui la déesse donne la main, en signe de satisfaction.

4° Comptes des liturgies^ magistratures, etc. — Un des bas-reliefs les plus curieux offre la représentation non plus delà République ou d'un corps politique, mais de qualités morales. C'est la déesse de la bonne administration, Eutaxia, qui couronne un personnage, pour le féliciter de s'être bien acquitté d'une liturgie.

Nous ne citons que les exemples les plus importants. Etudiés dans le détail, ces marbres révèlent avec quel art simple, à la belle époque, sont conçues ces personnifications d'êtres abstraits : point de recherche allégorique ni d'accessoires multipliés ; l'artiste se borne à revêtir d'une forme plastique de pures abstractions, et il vise moins à expliquer l'allégorie qu'à produire une oeuvre d'art.

Les musées d'Athènes possèdent encore bien des monuments figurés qui étaient en rapport étroit avec la vie politique des Athéniens. De ce nombre sont les marbres éphébiques, dont les bas-reliefs montrent les jeux et les exercices des jeunes Athéniens élevés par les soins de la République ; sur d'autres encore, les éphèbes couronnent les magistrats et les fonctionnaires de l'éphébie, tels que le cosmète. Une série particulière de ces marbres est formée par les bustes des magistrats éphébiques, qui surmontent les stèles tétragonales, à la façon des Hermès, où sont gravés les décrets. Ce sont de véritables portraits, et ils nous font connaître avec

Fie. 7J. — nUSTE DE COSMÈTE DE 1,'ÉPHÉBIE ATTICJHE.

(Extrait du Bulletin de Correspondance hellénique.)

2ÎO MANUEL D'ARCHEOLOGIE GRECQUE.

une parfaite exactitude ce qu'était devenu le type grec à l'époque déjà fort avancée où ils ont été exécutés ^.

On voit, par la brève indication de ces séries de monuments figurés, quelle place tenait la plastique dans la vie intime, religieuse et publique des Grecs. Les croyances, les idées, les actes politiques, se traduisaient pour eux sous une forme sensible; aussi Pétude des marbres peut-elle révéler bien des faits qui nous échapperaient absolument, si nous étions réduits aux témoignages de textes écrits.

I. A. Dumont : Bulletin de Correspondance hellénique, I, p. 229a35, et II, pi. VI, VII.

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