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LIVRE IV

LES FIGURINES DE TERRE CUITE

L'étude méthodique de ces petits monuments, qui forme un des chapitres les plus importants de Phistoire de la céramique grecque, n^a commencé que fort tard. C'est seulement depuis quelques années qu'elle a pris dans l'archéologie générale une place distincte, et que les collections de terres cuites des musées d'Europe sont décrites et classées. L'art des Coroplastes, ou modeleurs de figurines, est cependant loin d'être à dédaigner, car il nous révèle, sous un aspect souvent imprévu, le côté familier et populaire de la vie antique, dont on ne saurait demander le secret au grand art. L'étude des terres cuites forme la transition naturelle entre l'histoire de la sculpture et celle des vases peints, qui constituent une autre branche de l'industrie céramique.

Il est à peine besoin d'indiquer que l'art du modeleur en terre cuite trouvait son emploi sous les formes les plus variées. C'est de son atelier que sortaient tant d'objets destinés à la décoration des monuments : ché-

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neaux en terre peinte, gargouilles ornées de masques et de têtes, comme ces « maîtresses tuiles à têtes de lion « désignées dans les inventaires des arsenaux du Pirée, et dont on a retrouvé des exemplaires. Nous n^envisagerons ici que Fart des coroplastes * proprement dits, de ces « modeleurs de poupées », ainsi qu'on les appelait vulgairement, et dont les oeuvres nous offrent comme un commentaire indispensable des monuments de la grande sculpture.

Les terres cuites forment deux catégories bien distinctes : les plaques estampées et les figurines.

§ I. — LES PLAQUES ESTAMPEES *

On connaît aujourdUiui environ cinquante de ces monuments dans les diverses collections d'Europe. Le procédé de fabrication est uniforme; on les exécutait au moyen d'un moule, directement travaillé en creux, qu'on appliquait sur une galette de terre humide. L'empreinte ainsi obtenue, l'ouvrier découpait la plaque en suivant les contours des personnages et en ajourant les fonds, pour donner à l'œuvre plus de légèreté; après la cuisson, la plaque était peinte, et toute prête à être appliquée à une paroi de mur ou de tombeau.

1. Kopo7t>âcrTat. « Coroplaste : celui qui modèle des figures d'êtres vivants, car il ne fait pas seulement des images de petits garçons ou de petites filles, mais toute espèce de figure. » Etym. Magnum, p. 53o.

2. Schoene : Griechische Reliefs, pi. XXX-XXXV. O. Rayet : Monuments de l'art antique, i" livraison : pi. X.

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La provenance de ces produits n'est pas certaine. De ce que plusieurs d'entre eux ont e'té trouvés à Egine, au Pirée, à Milo, il ne s'ensuit pas nécessairement que les ateliers aient été établis dans ces villes. Il y a lieu de croire que la fabrication en a été fort restreinte, et le style des plaques, qui accuse tous les caractères de Part du y siècle, fait supposer qu'elle a été de courte durée.

Les sujets figurés sur ces plaques sont tantôt mythologiques, tantôt relatifs à la vie ordinaire. Deux des plus beaux spécimens du premier ordre de sujets sont des plaques estampées de Milo, représentant Bellérophon combattant la Chimère, et Persée tuant la Gorgone: Chrysaor s'échappe du corps décapité, sous la forme d'une petite figure. Le combat de Thélis et de Pelée, sur une plaque trouvée à Egine, offre un singulier intérêt au point de vue de la facture; on y retrouve les proportions grêles et élancées de l'archaïsme finissant. Le musée du Louvre en possède une fort belle, montrant Oreste et Electre près du tombeau d'Agamemnon, motif plusieurs fois reproduit sur les monuments de cette nature.

Les sujets empruntés à la vie ordinaire sont les moins nombreux; mais il en est d'infiniment précieux pour l'histoire de la vie antique. Telle est la plaque estampée représentant un convoi funèbre, dont le dessin est ci-joint; elle montre le cortège qui accompagne la sortie du corps (rèxcpcpâ) placé sur une charrette attelée de deux chevaux. Les personnes qui le composent sont celles dont la présence est autorisée par la loi; Yenkhytristria, portant sur la tête le vase destiné aux libations ; le joueur de flûte, et les membres de la famille, femmes

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aux cheveux dénoués, jeunes gens en costume de guerre mais sans armes, qui semblent reprocher au mort de les avoir quittés. G^est comme le commentaire figuré des passages des auteurs et des textes de lois relatifs à ce sujet, qui nous sont parvenus *.

Intéressantes parles motifs qu'elles reproduisent, les plaques estampées ne le sont pas moins par les caractères de l'exécution. En général, le style offre une certaine uniformité: une grande simplicité dans le modelé, un relief de peu de saillie, quelque raideur dans les attitudes; c'est bien le style encore jeune et naïf des premières années du v« siècle, dont la tradition a peutêtre duré plus longtemps chez les modeleurs d'argile que dans les écoles de sculpture.

I. Décret de Iulis à Céos : Mittheil, des deutsches arch. Institutes in Athcn, I, p. 239.

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Heuzey : Nouvelles recherches sur les terres cuites grecques, et Les Figurines antiques de terre cuite du musée du Louvre. — KÉKULÉ : Griechische Thonfiguren aus Tanagra. — O. Rayet : Les Figurines de Tanagra au musée du Louvre (extrait de la Galette des Beaux-Arts, 1875). — J. Martha : Catalogue des figurines en terre cuite du musée de la Société archéologique d'Athènes. — Heuzey : Catalogue des terres cuites du Louvre.

Un des points les plus importants de Pétude des figurines est la question de provenance; c'est Vé\ément le plus sûr pour le classement. A ce point de vue, les parties du monde grec qui ont fourni le plus de monuments sont les suivantes: pour la Grèce propre, TAttique, la Béotie, et surtout la ville de Tanagra, la Locride, le Péloponèse, les Cyclades; en Afrique, la Cyre'naïque; dans la Qrèce asiatique, Rhodes, Ephèse, Pergame et Tarse. De tous ces points de provenance, les mieux connus sont ceux où Ton a pu faire des fouilles régulières, comme à Rhodes, dans la nécropole de Camiros, ou dont on a pu étudier les produits méthodiquement, comme pour les terres cuites

- MASQ UE TRAGIQ.UE.

(Terre cuite.)

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de Tanagra. La partie essentielle de l'étude des terres cuites restera longtemps encore la question de provenance; c'est par l'examen de la terre, des procédés de fabrication, qu'on peut arriver à les grouper par régions, et à leur appliquer la méthode employée pour l'étude des céramiques modernes.

Au point de vue chronologique, le classement présente certaines difficultés. Parmi les figurines du style le plus ancien, il en est certainement qui sont contemporaines des débuts de l'art grec; mais on n'a jamais cessé de reproduire ces types avec une fidélité scrupuleuse, pour satisfaire aux exigences de la dévotion populaire; et le style archaïque n'est pas nécessairement un signe infaillible d'ancienneté. Tout au plus, pour les figurines de Tanagra, peut-on déterminer une date encore fort peu précise; elles appartiennent en général, par l'esprit et par la facture, au iv* siècle, ou aux premières années du m*. Enfin les figurines de Tarse ne sont pas antérieures aux Séleutides, et marquent la dernière époque de l'industrie des terres cuites. En faisant ces réserves, et en admettant tout d'abord que les terres cuites n'appartiennent pas strictement à la période que leur style semble dénoncer, on peut y suivre les variations de style que nous avons observées dans les marbres : style primitif et archaïque, art sévère du v« siècle, art du iv et du III'' siècle, et enfin style de la dernière période, qui répond à la diffusion de l'hellénisme après Alexandre.

1° Style primitif et archaïque. — Ces figurines sont le plus souvent des idoles communes, et ont été trouvées en très grand nombre dans les nécropoles de Tanagra et à Tégée. Elles rappellent les vieilles images du

culte taillées dans une planche (oavî?) comme la Héra de Samos, ou les statues de bois (^o'ava) telles que l'Athéna Polias de TAcropole d'Athènes; grossiers simulacres, taillés à la hache, et que les plus belles œuvres de la plastique ne firent jamais oublier. La technique de ces petites idoles est des plus simples. Elles sont rapidement modelées à la main dans des galettes d'argile découpées en plaques rectangulaires; deux appendices en forme de moignons figurent les bras; l'ouvrier obtient une apparence de visage humain en pinçant la terre entre ses doigts. Quelquefois la tête est modelée avec plus de soin et porte la haute coiffure cylindrique appelée polos; les accessoires, tels que les rubans, diadèmes, pendeloques et colliers, dont on chargeait les images du culte, sont imités à l'aide de boulettes en pastillage, appliquées sur la terre humide, et un bariolage au rouge ou au bistre complète la toilette de la figurine. Il serait fort hasardeux d'attribuer des noms mythologiques à ces grossières statuettes; on ne saurait le faire que dans des cas très rares ; c'est ainsi que Gerhard a cru reconnaître dans une terre cuite de l'Attique l'imitation du ^iavo» d'Athéna Polias, grâce à une sorte d'égide qui couvre la poitrine de la figurine^

On croira sans peine que ces terres cuites n'ont qu'une valeur archéologique. L'art est déjà beaucoup plus sensible dans les figurines de l'époque archaïque, qui reflètent le style de la plastique au vi« siècle. Dans le nombre, on rencontre fréquemment des figures de déesses assises, avec l'attitude calme et

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