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LES FIGURINES DE TERRE CUITE

3° Style du iv' siècle. — C'est une nouvelle pe'riode de rindustrie tiguline, que caractérisent surtout les

Fie. 78. COR É.

(Terre cuite J'Atbcncs.)

fabriques béotiennes de Tanagra% de Thisbé et d'Aulis, celles d'Athènes et de Corinthe. Le procédé de

I. Les musées les plus riches en figurines tanagréennes sont le Louvre et les musées de Berlin et d'Athènes.

fabrication est celui que les coroplastes employaient pour toutes les figurines faites au moule. Bien qu'on trouve des statuettes venues d'une seule pièce, généralement, pour les plus soignées, la face antérieure est obtenue d'abord dans un moule, au repoussé; la tête et les extrémités sont exécutées à part. On ajuste la face antérieure à un revers, qui offre le plus souvent une surface lisse, et l'ouvrier ajoute après coup la tête, les pieds et les mains. Au milieu du dos est pratiqué un trou d'évent, destiné à faire évaporer l'air, et la statuette est posée sur un socle. Les détails de la tête, du costume, refouillés à la pointe, donnent à chaque figurine son air individuel et sa physionomie propre ; c'est ainsi qu'on peut voir, dans les vitrines d'un musée, deux statuettes sorties d'un même moule, qui diffèrent cependant par des détails particuliers. Après une première cuisson, la statuette passe aux mains de l'ouvrier chargé de la peindre de la tête aux pieds, et quelquefois de dorer les ornements, comme les boucles d'oreilles, les colliers et les diadèmes; les couleurs employées le plus fréquemment sont le bleu, le rose avec toutes ses nuances, le rouge, le rouge brun et le noir.

L'interprétation des sujets, qui n'offre pas de grandes difficultés pour les figurines de style archaïque, où l'on reconnaît sans peine des divinités, est ici beaucoup plus délicate. On n'entrera pas dans le détail des discussions qui ont été soulevées, et qui ont surtout porté sur ce point : faut-il attribuer un sens mythologique aux terres cuites du iv^ siècle, ou n'y voir, en général, que des représentations de la vie familière? Les deux thèses ont été soutenues avec une grande richesse d'ar-

LES FIGURINES DE TERRE CUITE. s+s

guments; toutefois, il semble que la dernière opinion s'accorde mieux avec le caractère des types figurés où le sens mythologique est loin d'apparaître avec une évidente certitude. A voir ces figurines d'une allure si vive, d'une exécution si spirituelle, on se sent transporté plutôt dans le monde des vivants que parmi les divinités de l'Olympe hellénique, et l'on est conduit à leur demander le secret de la vie quotidienne des Grecs dans ses détails les plus piquants.

En raison de leur infinie variété, il est impossible de classer les sujets en séries, et l'on ne peut que donner un rapide aperçu des représentations les plus fréquentes. Les sujets empruntés à la vie masculine sont les moins nombreux. Dans les statuettes de Tanagra , ils montrent tantôt un enfant tenant une bourse qui paraît renfermer une balle, la tête parée d'une couronne de fleurs, et assis sur une sorte de cippe (fig. 79) ; tantôt l'éphèbe, vêtu de la chlamyde, portant à la main les instruments de la palestre, emblèmes des exercices physiques qui tenaient une grande place dans la vie des Grecs.

Beaucoup plus nombreuses sont les scènes de la vie féminine ; ici l'imagination des coroplastes est inépuisable, et leur génie inventif est servi par une étonnante habileté de main. C'est avec un art parfait qu'ils savent varier, par des différences d'attitude et d'ajustement, le motif très-simple qu'ils traitent avec prédilection : une femme grecque en costume d'intérieur ou de sortie. Les pièces de ce costume sont peu nombreuses : une tunique talaire, tombant jusqu'aux pieds, serrée à la taille par une ceinture, et un manteau

(himation ou calyptra), d'une étoffe plus fine, qui comporte, suivant le goût et le caprice individuels, une

yla. 7Ç. TERRE CUITE DE TANAGRA.

infinie variété de plis. Les figurines béotiennes montrent quel parti les modeleurs peuvent tirer de ces élé-

LES FIGURINES DE T E R R C CUITE

ments. Tantôt les femmes sont drape'es dans Thimation, et ne laissent voir qu'une partie du visage; d'autres fois, elles portent en outre un petit chapeau , et à la main un éventail en forme de feuille de lotus. Ailleurs c'est une jeune fille assise, qui a laissé retomber de ses épaules la calyptra, ou qui s'en enveloppe complètement, de façon à recouvrir les mains.

Quelques-unes de ces figurines ont une physionomie toute moderne : il n'est pas jusqu'aux détails de la coiffure qui ne leur donne un air vivant, et presque contemporain. Les tigurines sont par-

FEMME GRECQUE COIFFEE DU PÉTAS0 5.

(Terre cuite de Tansgra.)

fois groupées deux à deux; ainsi dans un beau groupe trouvé à Corinthe, et dont les différentes fabriques de la Grèce propre fournissent des répliques, une jeune fille en porte une auîre sur ses épaules ; c'est le Jeu de rèçEôpifftxo; ou de Vinnàç, encore en usage dans la Grèce moderne.

Bien que les représentations mythologiques comme celles des divinités, des Eros, ne soient pas négligées complètement par les coroplastes du iv« siècle, les sujets de la vie familière sont de beaucoup les plus fréquents. Comment expliquer ce changement dans les traditions de l'industrie figuline à deux siècles de distance? Il semble que les modifications survenues dans l'esprit hellénique et dans les croyances religieuses, après la guerre du Péloponèse, n'y sont pas étrangères. Trouvées dans les tombeaux, ces figurines, qui ont un caractère votif, sont évidemment en relation avec les croyances funéraires. Que dans les siècles de foi, comme au temps des guerres médiques, on enterre avec le mort des images du culte représentant des divinités, rien n'est plus naturel ; on l'entourait de ses dieux, on y joignait ses armes, ses bijoux, tout ce qui lui avait été familier pendant sa vie. Plus tard, quand le sentiment religieux se relâche, on continue à respecter la tradition, dont le sens s'est obscurci; on persiste à placer dans le tombeau du mort des figurines qui lui rappelleront dans l'autre vie les compagnons de son existence mortelle; ces personnages charmeront la vie à demi réelle qui l'anime encore dans le tombeau; ils remplacent les êtres vivants, esclaves, chevaux, qu'aux temps héroïques on immolait sur la tombe du guerrier

LES FIGURINES DE TERRE CUITE

mort, pour qu^il arrivât dans THadès escorté de ses compagnons habituels.

Nous avons insisté sur les figurines de Tanagra en raison de leur importance et de leur valeur artistique. Elles n'ont pas seulement Pintérêt de nous offrir de curieux renseignements sur la vie grecque au iv"= siècle ; elles correspondent en outre à l'une des périodes d'évolution du génie hellénique, où prédomine un art plus raffiné, plus recherché, et moins religieux.

4° Style du m* siècle. — Cette période est surtout caractérisée par les fabriques de P e r g a m e , de Smyrne , d'Ephcse, de Myrina, de Milct et de Tarse. Les dif-

r-, 81. 11 A ce H A N T i:.

( Terre cuile de Tanagra.)

férences techniques sont sensibles; la terre est plus fine et plus serrée, et, par suite, Pexécution a une rigueur que n''offrent pas les figurines de Tanagra, librement retouchées suivant la fantaisie de l'artiste. En outre, les sujets paraissent souvent inspirés par les œuvres de la statuaire contemporaine, quand les terres cuites ne sont pas des surmoulages directs de petits bronzes, et dans les types d'Héraklès, d'Eros, d'Aphrodite, on retrouve les proportions chères à l'école de Lysippe, la tête petite et les corps allongés, pour obtenir un effet d'élégance et de sveltesse.

Les types que traitent le plus fréquemment les coroplastcs ?siastiques sont ceux que l'art du iv siècle a mis en faveur : les divinités gracieuses du cycle d'Aphrodite, des Eros aux ailes déployées, imités sans doute de la célèbre^ statue de Praxitèle ; l'Aphrodite Anadyomène, Eros et Psyché se tenant embrassés, tels que les montre un beau groupe doré trouvé à Smyrne. Ces monuments donnent lieu à d'intéressantes comparaisons avec les œuvres de la sculpture, dont ils se rapprochent par une exécution très soignée. La fantaisie et l'imitation libre de la nature y trouvent cependant leur place. C'est d'Asie Mineure que proviennent de curieuses statuettes représentant des grotesques, bateleurs, marchands forains, etc., traitées d'une main rapide et sûre, et qui nous montrent comment l'esprit grec comprenait la caricature (fig. 82).

La plus récente en date des fabriques asiatiques paraît être celle de Tarse, dont les produits ne sont pas antérieurs au temps des Séleucides. Elle est surtout connue par des fragments conservés en partie au

LES FIGURINES DE TERRE CUITE

Louvre, en partie au musée Britannique, et qui proviennent d'un monticule appelé le Gueuslu-Kalah [Fort du Belvédère]^ près des murs de Tancienne Tarse; les fouilles avaient été faites par les soins de M. W, Barker, en 1845 , et de M. Langlois, en i852i.

Il résulte de^ observations de M. Heuzey que ces fragments étaient des pièces de rebut, mal venues à la cuisson ; rejetés en un même lieu par les modeleurs, ils avaient fini par former des amas considérables.

En dépit de leur humble provenance, ces terres cuites ont une réelle valeur; elles offrent tous les caractères du style grec , tel qu'il prévaut après Alexandre, et tel que la diffusion de Phellénisme Ta répandu dans toutes les régions du monde grec. Les modeleurs de Tarse se rattachent à cette école

1. Voir L. Heuzey : les Fragments de Tarse au musée du Louvre, Gai^ette des Beaux-Arts, 1876.

Fie. 82. MARCHAND FORAIN.

(Figurine grotesque d'Asie Mineure.)

de sculpture, qui avait son centre à Rhodes, à Tralles, à Pergame; ils en copient les œuvres, et c'est ainsi que parmi les fragments du Louvre, on en trouve qui reproduisent le groupe fameux du Laocoon. En même temps, le style participe du goût un peu théâtral et maniéré qui se fait jour sous les successeurs d'Alexandre.

Les sujets figurés ne sont pas moins dignes d'atten-

FIG. 8j. FRAGMENT DE TERRE CUITE DE TAR3B.

tion. Ils offrent un singulier mélange de types empruntés à la mythologie hellénique, et d'attributs orientaux. Les caractères distinctifs des divinités sont souvent mêlés et confondus, en même temps que les dieux indigènes, comme Mên et Atys sont fréquemment figurés. Ce sont là des documents précieux pour l'étude de ce travail d'assimilation qui se fait en Asie Mineure, après la conquête grecque, et qui confond les cultes indigènes avec les croyances mythologiques venues de la Grèce.

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