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III. INFLUENCES ASSYRIENNES

La part qui revient à TAssyrie dans l'histoire des origines orientales de l'art grec est la plus considérable. Son action s'exerce surtout dans la Grèce asiatique, dans cette lonie où l'art prend son premier développement, et dans quelques parties de la Grèce propre, à Corinthe par exemple, ville commerçante, que ses relations mettent en rapport direct avec l'Asie Mineure. Les découvertes faites à Ninive par M. Botta, les fouilles de M. Layard à Kouyoundjik et à Nimroud ont eu une importance capitale pour éclairer l'histoire de l'art grec: la comparaison des monuments assyriens avec les plus

anciennes œuvres helléniques a montré clairement que, dans les pays ioniens, Part s'est formé à Técole de TAssyrie. Cette filiation des formes est démontrée par un grand nombre de faits, qui peuvent se grouper sous les titres suivants : i° motifs d'ornementation; 2° types figurés; 3° technique ornementale et plastique.

I" Certains motifs de décoration ont passé directement des stèles et des briques émaillées de PAssyrie sur les vases peints et les marbres de la Grèce. Tels sont la palmette, la rosace, qui apparaissent sur les vases grecs du plus ancien style. La fleur de lotus, épanouie entre deux boutons, est assyrienne : on la retrouve fréquemment dans les peintures céramiques de la Grèce dites de style corinthien.

2° Les emprunts ne sont pas moins sensibles dans les sujets qui comportent des types d'animaux ou la figure humaine. C'est l'Orient qui a créé tout ce monde fantastique de sphinx, de personnages ailés, d'animaux chimériques à tête humaine, ces zones de tigres, de boucs, de mouflons, qui se déroulent en longues files sur les coupes de métal de Ninive ou sur les basreliefs, et qui viennent prendre place sur les vases grecs archaïques. Entre les griffons assyriens retrouvés à Nimroud et ceux qui décorent les vases de Rhodes, l'analogie est saisissante. Les figures monstrueuses et fantastiques, chères à l'Assyrie, ne le sont pas moins à l'art grec naissant, tandis qu'on ne les voit plus sur les monuments d'un style plus avancé. Les premiers artistes grecs ne bornent pas leurs emprunts à l'imitation des motifs assyriens ; ils' copient aussi le système

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de décoration. Leurs vases sont ornés, comme les coupes de métal de Cypre et de Ninive, de zones successives, qui semblent autant de frises superposées. On ne se représente pas autrement le cratère d'airain que les Doriens de Sparte avaient fait exécuter pour Crœsos; il était, dit Hérodote, « décoré jusqu'au bord de figures de plantes et d'animaux. ^ » Outre les vases et les objets de métal, les riches étoffes et les tapis d'Assyrie fournissaient aux Grecs ces types d'ornementation. C'est ainsi que le peplos d'Alcisthènes de Sybaris était, au dire d'Aristote, décoré de bordures à sujets orientaux : « Le haut représentait les animaux sacrés des Susiens, et le bas ceux des Perses. »

3° L'influence assyrienne se trahit également dans les œuvres de la plastique grecque. Bien que, dès le début, le génie grec se montre plus original dans la plastique que dans les arts industriels, comme la céramique, il faut encore ici faire la part de l'Orient. Le souci du détail, le soin avec lequel sont traités les accessoires, barbe, chevelure, costume; une certaine préoccupation d'accuser l'anatomie dans le nu , et de faire saillir les muscles ; des formes lourdes et trapues, voilà autant de caractères communs à la sculpture assyrienne et à la plastique primitive des Hellènes. Toutefois on admettra que, dans cet ordre, l'imitation est plus difficile, et que, d'autre part, l'étude directe du nu, dans les statues d'athlètes, permettra plus vite aux Grecs de développer leurs qualités personnelles.

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