FIG. 10. DUT A II. DES MUTULES
$o MANUEL D'ARCHÉOLOGIE GRECQUE.
nent la saillie du larmier ; elles sont ornées de trois rangées de petits cônes tronqués, au nombre de six pour chaque rang, qu'on appelle des gouttes. Au-dessus du iarmier court la cimaise, moulure ondée, qui sur les deux faces latérales termine Tentablement, et sur les face antérieure et postérieure, borde le fronton, espace triangulaire, encadré entre deux rampants.
Les Grecs appelaient le dorique Tordre masculin; c'est que rien n^ est sacrifié à la grâce ; les proportions sont vigoureuses, Pornementation sobrement distribuée; Tensemble frappe par un aspect de puissance et de simplicité austère, qui a fort bien pu rappeler aux Grecs les formes robustes du corps masculin.
C'est aujourdUiui un lieu commun que les éléments du dorique se retrouvent dans Tarchitecture orientale. On a reconnu à Karnak et dans les colonnes du tombeau égyptien de Béni-Hassan, comme le prototype de la colonne dorique ; le chapiteau composé de Tabaque et de réchine se retrouve en Cypre à Golgos et à Eddé; enfin les monuments de la Ptérie, en Asie Mineure, nous montrent des édicules surmontés d'un fronton curviligne, en forme d'ailes éployées, qui semblerait expliquer le nom d''aetos (aigle) donné par les Grecs à leur fronton. Mais si Ton admet cette transmission des formes, faite surtout par l'intermédiaire de l'Asie Mineure et de la Phénicie, il faut ajouter que l'art grec s'est singulièrement assimilé ces éléments, et les a transformés au point de créer vraiment une œuvre originale. Les monuments conservés nous font assister à ce travail qui guide le génie grec vers la perfection.
On peut suivre les progrès de l'ordre dorique en
étudiant les dimensions des colonnes qui se modifient lentement, jusqu'au moment où elles atteignent les proportions canoniques. D'abord massives et trapues, elles offrent un caractère de pesanteur qui va diminuant à mesure qu'on se rapproche de la perfection; peu à peu elles deviennent plus élancées et le rapport du diamètre à la hauteur s'accroît régulièrement. Le tableau suivant peut donner une idée de ce progrès.
Date incertaine. Corinthe, le plus ancien temple dorique de la Grèce propre. La colonne n'a pas même en hauteur 4 diamètres : la pesanteur est extrême, et le stuc qui la recouvre y ajoute encore.
vii'= siècle. (?) Sélinonte. Le vieux temple : 4 diamètres 2/5.
vi" siècle. Sélinonte. Temple plus récent : 4 dia-
mètres 1/2. Temple de Zeus : 4 diamètres 2/3.
Syracuse. Temple connu sous le nom de temple de Diane, 4diamétres 2/5. Temple d'Athéna (?) à Santa-Maria délie Colonne, dans l'île d'Ortygie : moins de 5 diamètres. Pœstum. Grand temple de Neptune : le renflement des colonnes est considérable : 4 diamètres 1/2. Temple de Déméter :
4 diamètres 4/5.
v« siècle. Égine. Temple d'Athéna : les colonnes ont
5 diamètres i/3 : c'est déjà l'époque voisine de la perfection.
Athènes. Le temple de Thésée : 5 diamètres 1/2. Ce sont les proportions de la bonne époque.
En même temps que la colonne s'élance, l'entablement diminue de hauteur : il devient moins pesant, et se met en harmonie avec la forme moins trapue des colonnes. Le chapiteau témoigne d'un progrès analogue : primitivement aplati, refouillé, et comme comprimé sous le tailloir, il se redresse, et le galbe prend de la fermeté. On peut mesurer le progrès accompli en mettant en parallèle deux chapiteaux, l'un du vieux temple de Sélinonte, l'autre d'Égine; le premier est le point de départ, le second est voisin du point d'arrivée. C'est, en effet, au v« siècle qu'Ictinos, dans la construction du Parihénon, du temple d'Apollon Epicourios à Bassœ, emploie le dorique avec sa majesté la plus sévère ; aux Propylées, Mnésiclès marie l'ionique et le dorique ; avec le temps on cherche à prêter au dorique une grâce qui n'est point de son essence, et qui le conduit à la décadence. Au IV® siècle, on continue à l'employer, mais l'ionique tend à le détrôner; c'est ainsi que dans le temple d'Athéna Aléa, à Tégée, Scopas choisit l'ionique comme l'ordre principal, et relègue le dorique à l'intérieur. Il se forme même en lonie une école d'architectes qui proscrit cet ordre, en attendant que l'époque romaine achève d'altérer les proportions qui en avaient fait la beauté : il n'y a de commun que le nom entre le dorique mou et lourd de Vitruve et celui du Parthénon.
§ III. — l'ordre ionique
Suivant les écrivains anciens, l'ordre ionique est postérieur au dorique, et se montre pour la première fois