I. C'est sans doute un fragment de stèle funéraire
lorsque Part est déjà épuisé, on revient par mode à un faux archaïsme, sorte de contrefaçon archéologique du style ancien ^ Ainsi l'autel des douze dieux (musée du Louvre) paraît être une copie de Tautel élevé par Pisistrate, et n'est pas antérieur au temps d'Hadrien. De même l'Athéna archaïque de Dresde, l'Artémis de Naples, la base ornée de reliefs représentant la dispute du Trépied qu'on voit au musée de Naples, sont des œuvres d'un archaïsme voulu, auquel il nemanqiie que la naïveté. Ces sortes d'imitations ont pourtant un vif intérêt : elles soulignent, en les accusant, les caractères essentiels du style qu'elles cherchent à reproduire.
On voit, par les monuments de cette période, que les maîtres archaïques savent déjà beaucoup; les Doriens surtout ont une rigueur de dessin, une science du corps humain qui ne seront pas dépassées. Il leur manque seulement d'être supérieurs à leur science, de ne pas rester asservis à l'étude du modèle humain ; ils n'ont pas encore la souplesse, la liberté qui font le génie. Aussi, en dépit de leurs qualités, leurs œuvres sont raides et dures; l'énergie, la précision sont poussées à l'excès ; mais vienne un artiste de génie, il mettra en œuvre cette science acquise, il l'animera de sa personnalité, il la mettra au service de conceptions plus larges.^ et l'art atteindra sa perfection. C'est en effet une loi générale de l'art, que les grandes époques soient préparées par le travail patient des maîtres qui la précèdent; il n'y a pas d'éclosion subite du génie.
I. Voir Le Bas et Foucart : Inscr. du Péloponèse, p. 53. Statue archaïque faite l'an ii3 avant notre ère.
Tels qu'ils nous apparaissent, les sculpteurs archaïques sont des re'alistes; c'est faute de les connaître que Winckelmann disait d'eux : « Donnant sans ménagement dans l'idéal, ils travaillent d'après un système généralement adopté plutôt que d'après la nature », Rien au contraire n'est plus voisin de la nature que les marbres de cette période; les maîtres archaïques copiaient sur le vif, et s'il fallait chercher quelque part le véritable type grec, on le trouverait sans doute dans les marbres d'ancien style, dont les exagérations mêmes sont un gage de vérité. C'est pour cette raison que l'archaïsme mérite une étude approfondie; il n'y a pas de plaisir plus vif que d'analyser les caractères d'un génie qui se cherche, et de les deviner sous l'effort encore sensible qui prête à ses œuvres un si grand charme de sincérité.