III. LES MARBRES DU PARTHÉNON
Si l'on est réduit aux conjectures sur les chefs-d'œuvre de Phidias, les marbres du Parthénon nous fournissent des documents inestimables pour apprécier une partie de l'œuvre conçue par lui, sinon exécutée de sa main. Ces marbres sont parvenus jusqu'à nous après des
péripéties très diverses * . D'abord converti en église byzantine par deux obscurs architectes, sous le vocable de la mère de Dieu (ôeoro^oc), le Parthénon devient une mosquée après la prise d'Athènes par.Mahomet II (1456); et son histoire est oubliée à ce point que le Grec Zygomala en attribue les sculptures à Praxitèle. Ces marbres étaient néanmoins presque intacts, si Ton en juge d'après les croquis de San Gallo (1465). En 1674, lors de Tambassade de M. de Nointel à Constantinople, le dessinateur Garrey, amené par lui, dessina les statues des frontons, les métopes et les frises, et ses dessins offrent les plus précieux secours pour restituer la décoration sculpturale du temple. Le Parthénon était donc à peu près respecté dans son ensemble, quand l'armée vénitienne de Morosini et de Koenigsmarck vint mettre le siège devant l'Acropole ( 1 687) ; une bombe lancée par un lieutenant lunebourgeois fit sauter la toiture, et ouvrit une large brèche au milieu du temple. Entrés dans l'Acropole, les Vénitiens brisèrent encore une partie des statues. Enfin, dans les premières années de ce siècle, lord Elgin acheva de mutiler le Parthénon en enlevant plus de deux cents pieds delà frise, et presque tout ce qui restait des frontons ; ces dépouilles vinrent enrichir le musée Britannique.
Le seul renseignement laissé par l'antiquité sur les deux frontons nous est fourni par une phrase de Pausanias : « Le sujet du fronton antérieur du Parthénon est la naissance d'Athéna ; celui du fronton opposé, c'est
I. Voir l'ouvrage de M. Michaëlis : Der Parthénon. Cf. de Laborde : le Parthénon ; et Beulé : r Acropole d'Athènes.
la querelle de Poséidon et d'Athéna se disputant TAttique ^ ». Aussi ne peut-on grouper les fragments conservés qu'en s'aidant des dessins de Carrey. Du fronton oriental, représentant la naissance d'Athéna, il reste neuf fragments au musée Britannique, et un autre encore en place au Parthénon ; disposés dans Tordre suivant, de gauche à droite, ils permettent de recomposer la scène, telle que Pavait conçue le maître athénien. D'abord vient Hélios-Hypérion guidant ses chevaux sortant des eaux; puis une figure assise, connue sous le nom de Thésée (ou Héraklès), d'un style admirable pour l'énergie du dessin et le fini de l'exécution ; plus loin, Déméter et Coré groupées ensemble, et derrière elles Iris courant annoncer au monde la naissance de la déesse. La scène centrale manque, et on ne saurait la restituer que par conjecture^. A droite, un torse d'homme, un fragment de Victoire aux ailes épandues, et le merveilleux groupe dit des Parques, où il faut sans doute reconnaître Pandrose, et deux des saisons (npat), Thallo et Carpo. Enfin le char de Séléné, s'enfonçant dans les eaux, clôt la composition, dont les parties sont agencées suivant les lois de la plus savante symétrie. Les statues à demi couchées, les groupes se répondent avec une harmonie parfaite, comme dans le chœur antique l'antistrophe répond à la strophe; et les figures du Jour et de la Nuit, encadrant la scène, semblent montrer qu'elle a pour théâtre le ciel éclatant de lumière.