Pausanias : Ait., XXIV
2. Voir Benndorf : La Nascita di Minerva ; Annali deW Inst., i865; et R. Schneider : Die Gebiiri der Athena, 1880.
LA S CULPTURE. 159
Le fronton occidental est le plus mutilé. Dans les principaux fragments on reconnaît la figure d'un fleuve couché, sans doute le Céphise ; un groupe d'Aglaure
Fie. 50. DEMETER ET CORÉ.
(Groupe du fronton oriental du Parthénon. )
et de Cécrops, une partie du corps d'Athéna, et un torse puissant, qui ne saurait être que celui de Poséidon « à la large poitrine». Le dessin de Carrey montre que Tartiste avait choisi le moment oii Athéna dompte les
LA SCULPTURE. itîi
chevaux de Poséidon vaincu, et M, de Witte a pu retrouver la même scène sur un vase provenant de Kertsch*. Les deux divinités occupent le milieu du fronton, et derrière elles se groupent les dieux ou les héros qui leur sont chers; près d'Athéna, les divinités de PAttique, Pandrose, Hersé, Aglaure et son père Cécrops, Niké conduisant les chevaux; près de Poséidon, les divinités de la mer, Thétis, Amphitrite, Aphrodite, et plus loin Pllissus qui occupe, comme le Géphise, un angle du fronton. A la peinture était laisse le soin de donner aux figures toute leur saillie; elles ressortaient sur le tympan peint en bleu, bordé d'une cimaise rouge, et les accessoires étaient en bronze doré.
Les métopes n'ont pas été plus épargnées que les statues des frontons. Des 92 métopes en haut-relief qui ornaient le pourtour du temple, il n'en restait, après l'explosion de 1687, que i3 au nord et 17 au sud *; Oyelles qui décoraient les deux façades est et ouest sont encore en place, mais elles ont été martelées par les Turcs. Si l'on tente de restituer l'ensemble des sujets traités^ on est réduit sur plusieurs points à des hypothèses. Du côté est, les scènes reproduites sur chacune des métopes sont empruntées à la lutte des grands dieux contre les Géants, où Athéna avait figuré à côté de Zeus; on sait d'autre part que les
1. De Witte : Mon. grecs de l'Association des Etudes grecques, 1875. — Cf. Stephani : Compte rendu de la Commission arch. de Saint-Pétersbourg pour i8y2 (1875).
2. Une seule est restée en place : quinze sont au musée Britannique, une au Louvre, et une au musée de l'Acropole à Athènes.
i6a MANUEL D'ARCHÉOLOGIE GRECQUE
jeunes filles d'Athènes, consacrées au culte de la déesse, brodaient sur son péplos les exploits qu'elle avait accomplis pendant ce combat; et un tel sujet se rattachait étroitement à la légende religieuse de la déesse. A l'ouest, les métopes présentent alternativement un engagement entre un piéton et un cavalier, et une lutte entre deux personnages à pied; M. Michaëlis y reconnaît le combat des Athéniens et des Amazones^, figuré aussi sur le bouclier de la déesse. Au nord, l'état de mutilation des métopes commande de grandes réserves dans l'interprétation ; mais une opinion fort plausible y place des sujets tirés de la guerre de Troie, Celles du 'Sud sont les mieux conservés, et on y reconnaît sans peine le combat des Lapithes et des Centaures encadrant des scènes empruntées aux mythes de l'Attique, tels que ceux de Déméter et de Triptolème, de Pandore et d'Epiméthée, d'Aglaure et Hersé, les filles de Cécrops, se jetant du haut de l'Acropole pour se punir d'avoir violé le secret d'Athéna. Quant à la lutte des Centaures et des Lapithes, on peut heureusement apprécier avec quel bonheur l'artiste avait vaincu la difficulté de varier un sujet un peu monotone. Dans chacune des métopes, qui offrent invariablement un Centaure combattant contre un Grec, la lutte est rendue avec un sentiment différent : ici un Centaure bondit sur le corps de son ennemi, avec l'orgueil de la victoire; ailleurs un autre s'arrête, comme ému de pitié, devant un jeune Grec à demi terrassé ; l'artiste n'a pas reculé devant des détails très réalistes, qui sentent
I, Der Parthenon, p. 248.
«<ÎJ
rimitation directe de la nature. La facture des métopes est inégale : aussi peut-on admettre qu'elles ont été exécutées par les artistes que Phidias avait groupés autour de lui. Les marbres étaient peints en partie : le
FIG. 52. COMBAT d'un GREC ET d'UN CENTAURE.
(Métope du Parthénon.)
fond d'une des métopes retrouvée au Parthénon était rouge et les draperies vertes. Paccard a également observé des traces de rouge ; mais ces indices sont insuffisants pour permettre une restauration peinte de l'ensemble.
i6^ MANUEL D'ARCHÉOLOGIE GRECQUE.
La plus grande partie des morceaux de la frise se trouve au musée Britannique; lemuse'e de l'Acropole en possède quelques-uns, et la frise occidentale est restée en place. On sait déjà que Tensemble de la frise représentait, dans une série ininterrompue de sujets, les cérémonies de la fête des Panathénées ; la frise orientale, au-dessus de rentrée du temple, montre les rites sacrés accomplis en Phonneur d'Athéna Polias par les vierges Errhéphoresetla grande prétresse : ce sujet central est encadré par les groupes des dieux qui avaient leur sanctuaire près de TAcropole : Asclépios et Hygie, Poséidon, Aglaure et Pandrose, et d'autre part, Zeus, Héra, Ares, etc., qui dans une attitude majestueuse semblent regarder le cortège se déroulant au loin. Le plan de la composition est d'une simplicité grandiose : il semble que le cortège s'avance sur deux rangs qui se dédoublent pour venir s'appliquer sur chacun des longs côtés du temple et se réunir à la façade postérieure. C'est d'après cette ordonnance à la fois symétrique et harmonieuse que s'avancent les vieillards des tribus attiques, appuyés sur de longs bâtons, les jeunes filles vêtues de robes aux plis droits, portant des patères et des vases, et les filles des métèques, tenant les sièges et les ombrelles destinés aux jeunes Athéniennes de naissance libre. Viennent ensuite les victimes, bœufs et moutons, envoyés par les colonies athéniennes, et conduites par des jeunes gens; puis les fils des métèques, portant des bassins et des amphores; les joueurs de flûte et de cithare, et les thallophores, vieillards tenant à la main des branches d'olivier ; ehfin les chars de guerre montés par les apobates et leurs cochers en longue tunique, et la troupe des cavaliers
i66 MANUEL D'ARCHEOLOGIE GRECQUE.
lancés à des allures différentes. La frise de Touest montre les apprêts des jeunes Athéniens qui vont rejoindre le cortège, les uns déjà montés, les autres debout près de leurs chevaux.
On est en droit de penser que la main de Phidias est restée étrangère à l'exécution de la frise, car certaines parties accusent encore le style un peu sec de Tancienne école attique : les maîtres qui travaillaient sous Phidias n'avaient pu tous s'en affranchir complètement. Mais la composition est d'un dessin si large et si libre, elle est si bien en harmonie avec les autres sculptures d.écoratives du temple, que si Phidias n'a pas sculpté la frise, on doit croire qu'il en atout au moins dessiné les cartons. Dans son ensemble, la frise caractérise à merveille le style de l'école de Phidias, tel qu'il a régné longtemps après lui. Ce style noble et aisé, cette fleur d'élégance, sont l'expression parfaite du génie grec, à une époque privilégiée entre toutes. Après un long travail, l'art grec a dégagé ses qualités les plus précieuses : la simplicité, le goût exquis et sobre qui recherche avant tout l'harmonie de l'ensemble. On a souvent parlé de l'idéal dans l'art grec; mais, même au temps de la perfection, l'art grec ne cesse jamais de s'inspirer de la nature. Qu'on examine les différentes parties delà frise: la part faite à la convention y est très faible : attitudes, costumes, rien n'y est factice; l'artiste a rendu avec une vérité saisissante des détails pris sur le vif, et l'idéal n'est autre chose que la beauté réelle; mais la réalité est ennoblie par un charme particulier qu'on n'analyse pas, et qu'un long commerce avec les marbres antiques peut seul faire sentir dans toutes ses délicatesses.
En dépit des différences d'exécution, les marbres du Parthénon ont un caractère commun, dû à Tinfluence de Phidias; mais quelle est au juste la partie de l'ouvrage où Ton peut reconnaître la main du maître? La question est fort douteuse ; on s'accorde pourtant à lui attribuer les figures du fronton oriental, tandis que le fronton occidental serait l'œuvre d'un de ses élèves. Nous pourrions dès lors avoir une idée exacte du style de Phidias, qui résume les progrès de toutes les écoles grecques au v« siècle. Phidias n'est pas seulement un attique; élève des Doriens, il représente le génie grec dans ce qu'il a de plus général. Si les Saisons, le groupe de Déméter et de Coré témoignent des plus pures qualités del'atticisme, l'Héraklès et l'Ilissus montrent à quel point Phidias s'est assimilé l'énergie et la vigueur du style dorien. C'est un moment unique dans l'histoire de l'art grec, celui où une école athénienne personnifie, grâce à l'un de ses maîtres, le génie grec dans ses qualités les plus variées.