‹ Manuel d'archéologie grecqueChapitre 81 sur 157 · FIG. 57. — VIEILLARD ASSIS · texte numérisé non relu

FIG. 57. — VIEILLARD ASSIS

(Figure du fronton oriental d'Olympie.)

les exégètes, attribuait formellement à Alcaménes. Le sujet représentait la lutte des Centaures et des Lapithes aux noces de Pirithoos, motif souvent traité; mais on sait à quel point les artistes de la grande époque se souciaient peu d'innover en fait de sujets. Pau-

sanias décrit ce fronton moins complètement que le premier. Au centre est Pirithoos, à gauche est Eurytion qui vient d'enlever Déidamie, « et Kenœos portant secours à Pirithoos; d'un autre côté, Thésée tue les Centaures à coups de hache; parmi ceux-ci, l'un a enlevé une jeune fille, l'autre im jeune enfant florissant de beauté.» La scène comportait vingt et une figures; les fouilles ont mis au jour les fragments de tous ces personnages, habilement restitués par M. T.reu. Le groupe central de la composition est formé de sept personnages; au milieu du fronton, et debout, Apollon, le bras étendu, dominel'ensemble ; le torse est d'une rare élégance et la tête, aux cheveux bouclés à la mode archaïque, est charmante de jeunesse. A gauche, prend place le Centaure Eurytion, saisissant Déïdamie, qui se défend contre son ravisseur. Pirithoos, qui vient ensuite , défend sa fiancée. Adroite d'Apollon, par rapport aux spectateurs, un Centaure a saisi une jeune fille avec un mouvement brutal, tandis que celle-ci, dont le visage charmant a conservé dans le danger une expression fort calme, se débat entre les bras du Centaure. Thésée, dont il ne reste que des fragments, brandit sa hache pour sauver la jeune Grecque. De chaque côté du groupe central, des groupes secondaires se répondent suivant les lois de la symétrie. C'est, à la gauche du spectateur, un jeune Lapithe (fig. 58) luttant contre un Centaure; une femme agenouillée, qu'un Centaure a saisie par la chevelure; un Grec, qui semble se relever pour courir au combat; une vieille femme terrifiée, qui regarde la scène avec effroi; enfin une figure de nymphe étendue à l'angle du fronton. Dans la partie droite, prennent

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place le groupe d'un Centaure enlevant un jeune garçon, une femme saisie par un Centaure, un Grec armé d'une épée, et enfin, sous les parties les plus basses du rampant, une suivante et une nymphe, qui répondent aux figures de l'autre aile.

Rien de plus savant que la composition du fronton; tout l'espace est rempli avec un art achevé, et les personnages ont une vie et un mouvement qui donnent à la scène un aspect dramatique. Quant au style des figures, il n'est pas moins étrange que celui du fronton oriental, avec lequel il présente de grandes analogies : même travail rapide et négligé, mêmes incorrections, qui sont inexplicables, si c'est la main d'Alcamènes qui a sculpté ces figures. Comment admettre que l'émule de Phidias ait pu modeler ces draperies si maigres, sous lesquelles on ne devine pas de corps, ou ces Centaures dont l'anatomie ne se comprend pas? Il semble qu'au contraire, le maître se soit borné à dessiner la scène, et en ait laissé l'exécution à ces mêmes artistes éléens qui ont sculpté le fronton oriental. Cette hypothèse explique tout au moins deux faits incontestables: la ressemblance de style entre les deux frontons, et l'inégalité du travail qui contraste avec l'art savant de la composition.

Les marbres de Phigalie. — C'est encore l'influence attique que trahissent les marbres trouvés près de Phigalie; ils formaient la frise du temple d'Apollon Epicourios , construit en /\3o (olympiade Lxxxvn-3)par l'architecte du Parthénon, Ictinos. Signalé en 1765 par le Français Bocher, le temple fut fouillé en 1812 par les savants qui avaient découvert les marbres d'Egine,

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et les sculptures, achetées par le prince régent d'Angle-

^tew«N,

Fie. 58. LAPITHE.

(Figure du fronton occidental d'Olympia.)

terre, ont enrichi le musée Britannique. La frise repré-

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sentait un double sujet : le combat des Lapithes et des Centaures, et la lutte des Athéniens contre les Amazones. Est-elle l'œuvre d\m artiste d'Athènes, amené par Ictinos, ou a-t-elle été exécutée sur place par un sculpteur du pays? Si l'on admet, ce qui est vraisemblable, que la composition seule est due à un Athénien, l'exécution , souvent médiocre , justifie cette hypotlièse. Quant au style de la composition, il vise à renouveler par une certaine recherche un sujet déjà épuisé. Quelque habile que soit la disposition des personnages, il y a des traces de faux goût dans certains détails : les poses violentes et contournées des Amazones, l'attitude singulière des Centaures, qui ruent et mordent à la fois, sont plus prétentieuses que dramatiques. 11 semble qu'on ait sous les yeux l'œuvre d'un artiste provincial, qui veut faire mieux et autrement que les maîtres athéniens.

§ VI. — ÉCOLE d'aRGOS. — POLYCLÈTE

Sur un autre point du Péloponèse, l'Argien Polyclète continue les traditions de l'école d'Argos, dont celle de Sicyone ne se sépare pas; les sculpteurs sicyoniens, en effets étudient à Argos et retournent dans leur patrie. Polyclète, né vers l'olympiade lxxiv (483-478), est de quelques années à peine plus jeune que Phidias, et, comme lui, élève de l'Argien Agéladas. La liste de ses œuvres, qu'on peut reconstituer d'après les textes, montre que le sculpteur d'Argos empruntait ses sujets aux cycles religieux et héroïques; il continuait aussi la

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tradition des écoles péloponésiennes en exécutant pour Olympie des portraits d'athlètes. L'Héraion d'Argos possédait une de ses œuvres capitales, la célèbre statue d'Héra, où il avait comme fixé le type classique de la déesse. La statue, faite d'or et d'ivoire, était assise sur un trône, et couronnée d'une Stéphane où figuraient les Kharites et les Saisons; d'une main elle tenait une grenade, de l'autre, un sceptre surmonté d'un coucou. p,g^ ,„ héra Les principaux éléments du type créé (Sur une monnaie par Polyclète se retrouvent sur la belle "^""^

monnaie d'Argos, où l'on voit la tête d'Héra diadémée, et surtout dans le magnifique buste colossal de la villa Ludovisi.

On voyait à Éphèse une statue d'Amazone, œuvre de Polyclète. Les Éphésiens, la comparant à des statues analogues faites par d'autres maîtres, lui avaient décerné la première place ; l'Amazone de Phidias venait ensuite, puis celles de Crésilas* le Kydoniate et de Phradmon. Nous ne savons rien des Canéphores de Polyclète ni des Enfants jouant aux osselets, qui furent transportés à Rome; mais la belle statue trouvée à Vaison, qui représente un jeune homme se ceignant la tête d'une bandelette, est à coup sûr la copie du Diadumenos de Polyclète, que reproduit également le bronze ci-joint (fig. 60) *, Le type est d'une rare finesse, et la chevelure est traitée

1. L'Amazone de la collection Lansdowne, a Berkeley-Square, est peut-être une copie de l'œuvre de Crésilas.

2. Outre la statue de Vaison, au musée Britannique, on possède de nombreuses répliques de cette statue.

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par boucles irrégulières. On sait, en effet, que le maître d^Argos rompit sur ce point avec les traditions qui se ressentaient de l'archaïsme, et que les maîtres contemporains appliquaient encore.

La critique ancienne déclarait que « personne n'égale Polyclète pour la finesse des détails^ ». La perfection de l'exécution : tel est, en effet, le grand souci de l'école argivo-sicyonienne, et Polyclète l'atteint dans un ordre de sujets assez restreints; pour lui, en effet, la jeunesse est une condition inséparable de la beauté, et il semble qu'il se soit toujours attaqué à des motifs où il pouvait la réaliser. « Polyclète, dit Quintilien, recula devant la représentation de l'âge mûr et n'osa pas aller plus loin que la jeunesse imberbe^». La science parfaite du corps humain, avec une parfaite exactitude de détail, paraît avoir été le trait marquant du génie de Polyclète; aussi écrit-il un traité sur les proportions des parties du corps, et il donne à la fois la théorie Et l'exemple dans sa célèbre statue du Doryphoros. Il est assez difficile de déterminer exactement les proportions de ce canon^ qui servit de règle jusqu'à Lysippe et qu'on ne connaît que par des répliques de Naples, de Florence et du Vatican. La description de Lucien est assez vague : « Pour le corps, il faut nous conformer à la règle de Polyclète; il ne sera ni trop haut et long au delà de toute proportion, ni d'une taille trop basse et semblable à un nain, mais d'une mesure moyenne et convenable'. » C'était un intermédiaire entre les formes tra-

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