L — SCOPAS
Les deux dates extrêmes que l'on connaît pour délimiter la période d'activité de Scopas, né à Paros, sont, d'une part, l'incendie du temple d'Athéna Aléa à Tégée (olympiade xcvi-2), que Scopas rebâtit, et la mort de Mausole (olympiade cvn-2) au tombeau duquel travailla le sculpteur parien. Il avait exécuté pour le temple d'Athéna les deux frontons, dont l'un représentait la chasse du sanglier de Calydon, l'autre, le combat d'Achille et de Télèphe sur les bords du Kaikos*. Comme les sculp-
I. On a retrouvé des fragments de la décoration du temple dans des fouilles récentes, à Piali, l'ancienne Tégée. {Archaeol. Zeitung, 1880.) Ces marbres, encore inédits, proviennent des frontons et sont sans doute de la main de Scopas.
teurs de la génération précédente, Scopas compte dans son œuvre de nombreuses statues de dieux, une Aphrodite Pandémos en Elide, un Asclépios et une Hygie à Gortys, d'autres en Attique, à Mégare, à Thèbes, à Pergame, etc. Mais certaines de ses statues offrent un intérêt particulier, parce qu'elles témoignent des conceptions nouvelles qui se font jour dans l'art grec. Telle est la statue de l'Apollon Musagète, dont le Vatican possède une réplique. Ce n'est plus le dieu robuste dorien , si souvent traité par les maîtres archaïques ; vêtu d'une longue robe, le dieu a des allures presque féminines, et les sculpteurs qui suivront Scopas accentueront encore ce caractère d'élégance et de délicatesse. La Ménade déchirant un chevreau, de Scopas, était vantée pour la fougue du mouvement et la vérité de l'attitude. Son groupe d'Eros, de Pothos et Himéros, dans le temple d'Aphrodite à Mégare, représentant sous une forme plastique les désirs de l'âme, montre bien à quelle source les artistes de la nouvelle école vont puiser leurs inspirations; ces créations gracieuses naissent de l'analyse des passions de l'âme, et la sculpture va chercher de plus en plus à émouvoir et à toucher.
Le goût nouveau se trahit dans toutes les formes de l'art; c'est le moment où, dans l'architecture, l'ionique, plus libre et plus varié, supplante l'ordre dorique et admet les combinaisons les plus diverses. Ainsi, Scopas collabore au temple d'Ephèse, et orne de sculptures le fût d'une des colonnes ioniques; M. Wood a retrouvé à Ephèse des fragments de colonnes décorées suivant ce système.
Peut-on apprécier autrement que par des répliques
lyo MANUEL D'ARCHÉOLOGIE GRECQUE.
le Style de Scopas? Les fouilles de M. Newton, à Boudroun, ont exhumé les précieux marbres du Mausolée d^Halicarnasse, dus au ciseau de Scopas et de ses émules, et qui nous font connaître tout au moins le style de Técole attique contemporaine. On sait que la reine de Carie, Artémise, veuve de Mausole, avait confié à plusieurs artistes Pexécution du tombeau de son mari : c'étaient Scopas, l'Athénien Léokharès, qui se séparait déjàdePécole attique par son goût pour les portraits*, Bryaxis d'Athènes, Timothéos et Pythios ; ce dernier, aidé de Satyros, avait aussi été l'architecte du Mausolée. Demeuré presque intact jusqu'en 1402, le Mausolée avait fourni à plusieurs reprises aux chevaliers de Saint- Jean les matériaux d'une forteresse. En 1846, des basreliefs encastrés dans les murs du château franc de Boudroun furent transportés à Londres, et en i855, M. C.-T. Newton découvrit ce qui restait du monument mutilé; des. fragments de la frise et des statues d' Artémise et de Mausole. quelques parties du quadrige sculpté par Pythios, des lions, des membres d'architecture. Ces débris ont fourni à MM. Pullan et Fergusson les éléments de la restauration du Mausolée, qu'ils ont tentée chacun de leur côté.
Le musée Britannique possède les fragments des lions, qui formaient sans doute entre les colonnes des sujets décoratifs. Ils sont traités avec une grande habileté, mais dans le style un peu convenu qui distingue, dans les monuments grecs, le type de ces animaux. Quant à
1 . Il avait représenté tous les membres d'une famille : Pandaitès, Pasiclès, etc. Inscr. de l'Acropole. Une copie de son Ganymèdc enlevé par l'aigle est au Vatican.
la frise, elle se de'composait en trois parties qui couraient sur les côtés de Tédifice, sur l'entablement du portique et sur les soubassements. De ces trois frises, la plus importante par les fragments qui en restent ^ est celle qui représente le combat des Grecs et des Amazones; les autres, où figure la lutte des Grecs et des
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