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ARCHEOLOGIE ORIENTALE.
seul chapiteau assyrien qu’on connaisse. Il affecte une forme sphéroïdale et sa panse est décorée d’une double
ligne de festons curvilignes en relief; un ornement pareil était sans doute à la base.
A l’imitation de leurs voisins du Sud, les Assyriens se servaient surtout de la colonne dans les ,,, , D, ... . .... . , , édicules de peu d’impor-
(d’apres Place, Ninive etl Assyrie, pi. 3 5). r r
tance architecturale, oü les supports n’avaient pas à soutenir une voûte ou une terrasse. Des bas-reliefs de Khorsabad et de Koyoundjik représentent des sanctuaires dont le toit estsupporté par des colonnettes avec une base et un chapiteau qui participent à la fois de l’ordre ionique et de l’ordre dorique des Grecs (tig. 46).
Ces petites constructions rappellent l’édicule chaldéen du dieu Samas (tig. 29).
Fig. 46. — Edicule à colonnettes.
(Botta, les Monuments de Ninive, pi. 114.)
Fig. 45. — Chapiteau assyrien
L’ARCHITECTURE ASSYRIENNE
Le palais assyrien, comme les maisons arabes, se de'veloppait tout en surface et non en hauteur; il y avait rarement, sur la terrasse, un second étage. Cependant, ce second étage existe parfois; il est alors à claire-voie et ce sont des colonnettes qui supportent le toit. Ces colonnettes, en bois plutôt qu’en pierres ou en briques, forment galerie au-dessus de la façade, et elles sont ornées à leur extrémité supérieure d’une double volute en guise de chapiteau. Des bas-reliefs nous montrent des maisons ainsi surmontées d’une colonnade qui supporte un toit plat et léger en madriers. Aujourd’hui encore, des maisons du Kurdistan sont bâties d’après les mêmes données et présentent une disposition identique en deux étages, celui d’en bas sans fenêtres, celui d’en haut à claire-voie.
En un mot, les Assyriens comme les Chaldéens, n’ayant pas à leur disposition la pierre à bâtir en grande abondance, ont dû construire leurs édifices presque exclusivement avec la brique dont ils ont tiré tout le parti qu’elle comporte. Il en est résulté qu’ils n’ont jamais eu ces salles hypostyles qui sont le triomphe de l’architecture égyptienne. Si épais que l’on suppose des piliers de briques ou des colonnes formées de briques estampées en segments de cercle, ces supports n’offriront jamais les garanties de solidité de la colonne de pierre. Partout oü il fallait supporter un lourd fardeau comme une voûte ou une terrasse, on élevait de gros murs, d’une épaisseur extraordinaire, qu’il eût été imprudent de percer de fenêtres capables d’en diminuer la résistance. L’air et la lumière ne pénétraient dans les appartements que par les portes ; souvent aussi on avait
ménagé au sommet de la voûte ou de la coupole une ouverture formée d’un manchon cylindrique en terre cuite qui traversait de part en part la masse de la construction.
§11. — Les palais.
La ville de Dur-Sargin (forteresse de Sargon) s’élevait à trois lieues au nord de Ninive, sur le Khasouer, un des affluents du Tigre, là oü est bâti le village kurde de Khorsabad. Découverte en i8q3 par E. Botta, consul de France à Mossoul, elle a été à peu près complètement exhumée, tant par cet illustre explorateur que par son successeur Victor Place, et c’est de Khorsabad que vient la plus grande partie
Fig. 47. — Plan de Dur-Sargin (d’après Place, pl. 2).
des monuments assyriens du musée du Louvre. C’était l’usage que chacun des monarques ninivites se fit construire, à quelque distance de la grande capitale assyrienne, un palais spécial qui devenait la résidence royale et autour duquel se groupaient les habitations
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des officiers de la cour, des gardes, des domestiques et de toutes les personnes qui dépendaient du prince ou vivaient de lui. Dur-Sargin fut bâtie par Sargon, vers l’an 710 avant notre ère. Le palais et la ville qui lui
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Fig. 48. — Plan du palais de Sargon (d’après Place, pl. 7).
était annexée formaient un ensemble de constructions renfermées dans une enceinte fortifiée dont le plan (fig. 47) était un carré de 1,800 mètres de côté. Le mur de circonvallation, orienté par les angles comme les édifices chaldéens, était couronné de créneaux et percé de huit portes protégées par des tours.
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Le palais du roi (fig. 48) se trouvait presque au milieu de la façade nord-est, et une partie de ses constructions faisant saillie sur le rempart présentait l’aspect d’un énorme bastion. Les constructions de ce palais étaient supportées par un terre-plein, qui en faisait une acropole de près de 10 hectares de superficie. On a évalué la masse d’argile qu’il a fallu apporter pour élever cette terrasse et les murs du palais à 1, 3 50,524 mètres cubes. La plate-forme dominait la ville, et l’on y accédait par des rampes d’escalier, détruites aujourd’hui, mais qui devaient être analogues à l’escalier monumental qui montait au palais de Sennachérib et dont M. Layard a reconnu les vestiges. Comme à Tello, on avait ménagé une rampe douce en plan incliné, là ou devaient passer les voitures. Les appartements royaux bâtis au-dessus de la terrasse ne comprenaient pas moins de deux cent neuf chambres plus ou moins spacieuses, dont les murs, déblayés par Botta et Place, ont quelquefois encore 8 mètres de haut, et qui atteignent toujours au moins 3 mètres dans les parties les plus démolies. Ce n’était pas chose facile que de déterminer la destination de ces salles diverses. Cependant, par la comparaison avec les palais turcs et persans actuels, oü se sont perpétués, avec les mêmes usages, un agencement analogue, on a distingué à Dur-Sargin, comme dans le palais de Tello : le sérail , c’est-à-dire les salons de réception et l’habitation du prince et des hommes attachés à sa personne; le harem ou appartements des femmes et de leurs enfants; le khan ou la demeure des esclaves, les cuisines, les écuries et les dépendances de service. Le sérail, la partie la plus
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luxueuse et la mieux ornée, comprenait dix cours et plus de soixante pièces décorées de ces bas-reliefs en pierre qui font aujourd’hui la gloire du musée du Louvre. Elles étaient pavées d’un carrelage en briques établi avec du bitume. Là oit l’aire ne devait pas être recouverte de tapis, comme devant les portes, c’était un dallage en pierre dont les dessins, habilement sculp-
Fig. 49. — - Façade sud-est du palais de Sargon. (Restitution de Place, pi. 20.)
tés en relief, imitaient ceux des tapis eux-mêmes. C’est aux bâtiments du sérail, situés au nord-ouest, que se rattache la tour à étages dont nous parlerons plus loin. La cour principale du sérail avait une superficie de 976 mètres, et huit portes la faisaient communiquer avec les chambres de cette partie du palais; la plupart de ces ouvertures étaient flanquées de lions ou de taureaux colossaux supportant les retombées d’arcades en plein cintre. Le harem } qui occupait, au sud, une superficie de plus de 8,800 mètres carrés, formait un ensemble de constructions qui ne commu-
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niquaient avec le reste du palais que par deux portes. C’était, avec ses murs élevés et aveugles, comme une prison au sein même de la forteresse. A l’intérieur, il y avait plusieurs cours et des corps de logis séparés, où étaient aménagés isolément les appartements des femmes. Les murs de la cour principale devaient être décorés avec un luxe tout asiatique, car le pied de ces murs, quand on les a déblayés, il y a quelque cinquante ans, était encore couvert d’un revêtement en briques émaillées représentant des animaux et des scènes mythologiques. C’est là qu’on a recueilli un fût de colonne en bois recouvert d’une gaine de bronze, de sorte qu’il n’est pas téméraire d’afiirmer que cette cour était munie d’un portique sur tout son pourtour, et peutêtre même d’un étage à claire-voie. Le khan, situé vers l’angle est des constructions, occupait un espace plus grand encore que le harem; on y a reconnu particulièrement la maison du trésor ou bit kutalli, les celliers, les greniers, les dépôts d’ustensiles de l’usage domestique, les magasins d’objets de toute sorte sur lesquels Sargon avait fait main basse dans ses expéditions, les armes qui servaient à la chasse et à la guerre; dans les écuries mêmes, on a constaté encore la présence des anneaux de fer, scellés dans le mur, auxquels on attachait les chevaux et les chameaux; enfin on a déblayé les chambres, petites, mais nombreuses, des serviteurs et des esclaves. Ctésias porte à quinze mille le nombre des personnes attachées au service du palais des rois de Perse ; on peut facilement supposer qu’un nombre pareil de bras était employé à la cour de l’altier roi de Ninive.
Fig. 50. — Vue cavalière du palais de Sargon à Khorsabad. (Restitution de Place, pl. 18 bis.)
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Le palais de Sargon, le mieux conservé des édifices assyriens, et celui dont le déblayement a été dirigé avec le plus de suite et de méthode, méritait d’être pris pour le type le plus complet des palais ninivites. Les fouilles des explorateurs anglais, H. Layard, H. Rawlinson, G. Smith, H. Rassam, ont, il est vrai, procuré au Musée britannique les incomparables galeries de monuments assyriens, dites de Nimroud et de Koyoundjik , du nom des principaux tells explorés ; elles ont fait connaître l’emplacement des demeures royales d’Assur-nazir-pal, de Salmanasar, de Sennachérib, d’Assarhaddon, d’Assurbanipal, et exhumé les belles sculptures qui en décoraient les salles ; mais au point de vue architectural, ces fouilles ne nous apprennent rien de saillant et d’original , ou plutôt elles ne font que confirmer ce que nous connaissons de l’art de bâtir chez les Assyriens, par l’étude de Khorsabad : les éléments et les principes de la construction se montrent partout identiques, et sauf des modifications secondaires et des proportions variables, on peut dire que la disposition et l’ornementation des palais assyriens étaient partout les mêmes et qu’elles procédaient d’un type uniforme, créé en Ghaldée, et qui n’a jamais été sensiblement modifié.
§ III. — Temples et tours à étages.
C’est aussi en Chaldée, nous l’avons vu, que furent inventées ces tours à étages (figurât), aux couleurs variées et éclatantes, qui constituent l’une des originalités de l’architecture mésopotamienne. Si les tours à étages
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de Mughéir, de Tello et d’Abu-Sharcin sont trop détruites pour que nous puissions en restituer les différents degrés autrement que par la pensée, nous sommes sûrs, néanmoins, que ces vieux édifices chalde'ens étaient pareils aux tours dont les étages inférieurs ont été déblayés à Koyoundjik, à Nimroud, à Khorsabad, à Babylone enfin, où s’élevaient, dès la plus lointaine antiquité, les deux temples fameux appelés E-Sagil et E-Zida, et oü Nabuchodonosor fit construire, au témoignage de ses inscriptions, la fameuse tour des sept Lumières. Qui peut dire si cette forme architecturale n’a pas été inspirée par la vue des pyramides à degrés de la vallée du Nil? Dans tous les cas, les historiens grecs s’accordent à affirmer que les tours à étages étaient d’une élévation comparable à celle des plus hautes pyramides égyptiennes, et la masse des tertres d’éboulis qui représentent les ruines de ces tours est un sûr garant de cette assertion. Le Birs-Nimroud, à Babylone, a encore, à présent, 70 mètres d’élévation, et il a bien perdu la moitié au moins de sa hauteur primitive. La ruine de Babil est encore haute de 40 mètres. Quel est le monument européen, même construit en pierres de taille, qui, écroulé sur lui-même, atteindrait 70 mètres après trente siècles d’affaissement et de consomption? On ne saurait donc taxer Strabon d’exagération lorsqu’il donne au temple de Bel, à Babylone, un stade ou 1 8 5 mètres d’élévation. C’est ce même édifice qu’Hérodote décrit de la manière suivante : « Ce temple est carré et a deux stades de côté (370 mètres). Au centre, s’élève une tour massive longue et large d’un stade ( 1 S 5 mètres); elle en supporte une autre, et celle-ci une
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autre encore, ainsi de suite jusqu’à huit. Un escalier en spirale conduit extérieurement de tour en tour. Vers le milieu de la montée, il y a une chambre et des sièges où se reposent les visiteurs; la dernière tour est surmontée d’un édicule spacieux, renfermant un grand lit richement couvert, et auprès une table d’or. » Les fouilles modernes permettent d’affirmer que cette description est exacte de tous points, et que toutes les tours à étages de l’Assyrie et de la Chaldée étaient construites d’après le même principe.
La figurât du palais de Khorsabad, placée à l’ouest des bâtiments du sérail, a encore actuellement trois degrés complets et le commencement d’un quatrième; le premier dessine sur le sol un carré de43n',io de côté; chaque étage a 6"', ro de hauteur, ce qui permet de croire que la construction était aussi haute que large à la base, particularité déjà signalée par Hérodote et Strabon pour le temple de Bel. Les étages déblayés par les fouilles françaises étaient encore en partie coloriés de stuc émaillé, l’étage inférieur en blanc, le second en noir, le troisième en rouge pourpre, le quatrième en bleu. Parmi les décombres de la tour, on a retrouvé de nombreux fragments de briques émaillées en rouge vermillon, en gris d’argent et en or, ce qui prouve que la tour avait sept étages de couleurs différentes. On a remarqué qu’Hérodote (I, 98) donne à la forteresse d’Ecbatane en Médie la disposition d’une gigantesque tour à étages dont les couleurs sont en rapport avec celles de la figurât de Khorsabad. Il y avait, selon lui, sept enceintes concentriques, la plus vaste, aussi grande qu’Athènes, et ne se dépassant chacune que de la hauteur des
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créneaux. « Les créneaux de la première muraille sont de pierres blanches; ceux de la seconde, de pierres noires ; ceux de la suivante sont de couleur pourpre ; ceux de la quatrième, bleus ; ceux de la cinquième, rouge vermillon...
Les deux derniers murs sont plaqués, l’un d’argent, l’autre d’or. »
Les explorateurs de Mughéir ont cru reconnaître, malgré le mauvais état des ruines, que la figurât d’Ur était construite de telle sorte que les degrés ne s’élevaient pas directement au milieu de la plate-forme carrée de l’étage inférieur qui leur servait de base; ils étaient plus rapprochés de l’un des côtés, de façon à présenter sur une face des gradins beaucoup plus étroits que sur les trois autres côtés. Cette observation se trouve confirmée par un bas-relief du Musée britannique, fort grossier, malheureusement, mais où l’on distingue cependant assez clairement des gradins d’autant plus larges sur un côté qu’ils sont plus étroits sur l’autre. D’autre part, l’inclinaison de la rampe de chaque étage prouve que cette rampe montait comme une vis, et que ce n’était point un escalier taillé dans chacun des étages qui les mettait en communication l’un avec l’autre. C’est, du reste, ce qu’on observe à Khorsabad : on accède au sommet des ruines du quatrième étage
Fig. 51. — La tour à étages de Khorsabad. (Restitution de V. Place.)
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par une rampe quadrangulaire qui monte lentement en tournant en spirale.
Diodore de Sicile nous apprend que le sommet des tours à étages était occupé par des statues dont la figurât n’aurait été, en quelque sorte, que le piédestal : «Au sommet de la montée, dit-il, Sémiramis plaça trois statues d'or travaillées au marteau. » Ces statues étaient peut-être dans l’intérieur du sanctuaire qui, la plupart du temps, couronnait l’édifice; tout porte à croire aussi que de petites chapelles étaient ménagées, à chaque étage, dans l’épaisseur de la masse, et que chacune d’elles était consacrée à la divinité stellaire dont l’emblème était la couleur de l’étage. La chapelle du sommet était recouverte d’une coupole dorée dont les feux étincelaient à perte de vue sous le ciel pur et le beau soleil d’Orient. Nabuchodonosor raconte dans ses inscriptions qu’il « fit revêtir de lames d’or ciselé, de sorte qu’elle resplendissait comme le jour », la coupole du sanctuaire de Bel-Marduk. Hérodote ne nous dit-il pas que le dernier étage delà citadelle d’Ecbatane était doré? Enfin, au sommet des ruines de la figurât d’Abu- Sharein, Taylor a ramassé parmi les décombres une grande quantité de minces plaques en or, encore munies des clous dorés qui avaient servi à les fixer à la paroi des murs.
Outre ces sanctuaires installés au sommet des tours à étages, et ou les prêtres passaient la nuit à observer le cours des astres, il y avait d’autres temples non munis de pareils soubassements. Ainsi, sur un bas-relief du palais de Sargon, on voit représenté le pillage du temple du dieu Haldia, de Musasir en Arménie (fig. 52).
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Ce sanctuaire, bâti sur une terrasse analogue à celle d’un palais, a une façade munie d’un fronton triangulaire, comme le temple grec. Au lieu d’un portique avec des colonnes pour supporter le fronton, ce sont d’épais pilastres, au nombre de six, ornés, de distance en distance, de saillies en lignes horizontales et de disques
Fig. 52. — Le temple du dieu Haldia (d’après un bas-relief de Khorsabad. Botta, pl. 141).
ronds qu’on voit aussi sur la façade et qu’on peut prendre pour des boucliers votifs. Entre les deux pilastres du milieu se trouve la porte du temple, dont la baie est fermée par une architrave en pierre; de chaque côté de la porte et aussi hauts qu’elle-mème, deux génies colossaux à forme humaine, sculptés dans la pierre et tenant des lances dont la pointe dépasse même la hauteur des piliers; derrière eux, des lions; enfin, à quelque distance en avant de la porte, deux vasques gigantesques, probablement en bronze, posées sur des trépieds, rappellent la grande cuve trouvée devant la façade du palais de Tello, la mer d’airain du temple
de Salomon, le vase du temple d’Amathonte : c’étaient des bassins pour l’eau lustrale.
La description donnée par Hérodote et Daniel du fameux temple de Bel-Marduk, à Babylone, nous fait à peu près connaître l’aménagement intérieur de la chapelle qui formait le couronnement de la figurât. Il n’y avait, raconte Hérodote, autre chose, en fait de meubles, qu’un lit et une table d’or; les murs étaient lambrissés de plaques d’or, d’argent et d’ivoire. Le témoignage de l’historien grec est confirmé par le texte des inscriptions cunéiformes: «Je pris à cœur, dit Nabuchodonosor, de restaurer le E-Sagil, temple de Marduk. Je fis amener les plus grands des cèdres du Liban; le sanctuaire E-Kua, oü demeure le dieu, fut couvert de poutres de cèdre et eut un revêtement d’or et d’argent. » Racontant ailleurs la construction de la tour de Borsippa, oü s’élevait le temple E-Zida, consacré au dieu Nébo, le même prince s’exprime comme il suit : « Au milieu de Borsippa, j’ai fait construire le E-Zida, la maison éternelle. J’en ai porté au comble la magnificence avec de l’or, de l'argent, d’autres métaux, des pierres, des briques vernissées, des charpentes de pin et de cèdre. J’ai recouvert d’or la charpente du lieu de repos de Nébo. Les traverses de la porte des oracles ont été plaquées d’argent. J’ai incrusté d’ivoire les montants, le seuil et le linteau de la porte du lieu de repos. J’ai recouvert d’argent les montants en cèdre de la porte de la chambre des femmes. » Sur la table d’or du temple de Marduk, Nabuchodonosor dépose, nous raconte-t-il lui-même, des offrandes de toute nature : du miel, de la crème, du lait, de l’huile épurée; pour
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attirer sur lui les bénédictions célestes, il verse à grands flots du vin de différents pays dans la coupe de Marduk et de Zarpanit, l’Astarté babylonienne L
§ IV. — Les villes et leurs fortifications.
Décrivant Babylone, telle que l’avaient faite Nabuchodonosor et les rois de sa dynastie, Hérodote s’exprime comme il suit : « Cette ville, située dans une grande plaine, forme un carré parfait dont chaque côté a 120 stades de long, ce qui fait pour l’enceinte de la place 480 stades. » Pausanias dit que Babylone était la ville la plus grande que le soleil eût jamais vue dans sa course; Aristote lui donne les proportions géographiques du Péloponnèse tout entier. Les auteurs classiques attribuent, en outre, aux murs de la capitale de la Chaldée, une hauteur de 100 coudées royales (95 mètres), avec une épaisseur de 25 mètres. On raconte qu’ils étaient percés de cent portes, flanqués de deux cent cinquante tours et protégés par un large fossé oü l’on détournait les eaux de l’Euphrate. L’exactitude de ces descriptions, qui, de prime abord, pourraient paraître hyperboliques, a été confirmée, en ce qui concerne l’épaisseur des murs, par les fouilles de Khorsabad, dont les remparts ont 24 mètres et même 28 mètres d’épaisseur là oü ils sont munis de contreforts. Quant à l’étendue de la ville même, elle a été vérifiée sur place, de i852 à 1854, par l’expédition française de
1. Lenormant et Babelon, Hist. anc ■ de l'Orient, t. IV, p. 412.
Mésopotamie. La grande enceinte de Babylone, d’après M. Oppert, a 5 r 3 kilomètres carrés, c’est-à-dire sept fois l’étendue de l’enceinte fortifiée de Paris. Un boulevard, large de 6o mètres, longeait intérieurement ce rempart et le séparait de l’enceinte intérieure, quatre fois plus grande elle-même que notre Paris ; les deux murailles concentriques portent dans les textes cunéiformes les noms d’Imgur-Bel et Nivitti-Bel. Cinquante rues principales, dont vingt-cinq parallèles à l’Euphrate et vingt-cinq perpendiculaires, aboutissant aux cent portes, divisaient la ville en carrés réguliers; un seul pont, formé d’un tablier en bois posé sur des piles de pierre, était jeté sur l’Euphrate, qui coupait la ville en diagonale. Les limites de l’enceinte de Ninive ne sont pas encore connues bien exactement; mais le témoignage de la Bible nous permet de croire que cette ville ne le cédait guère en étendue à Babylone.
A défaut du témoignage des textes, les sculptures mêmes des Assyriens placent sous nos yeux de nombreuses forteresses en plan ou à vol d’oiseau.
Une des statues de Tello représente lepatési Gudéa en architecte, tenant sur ses genoux une tablette sur laquelle est gravé au Fig. 5J. — Plan chaldéen d’une trait le plan d’une place forteresse. forte (fig. 53). Il y a six
portes flanquées de tours, et les murs sont surmontés de créneaux. Partout, sur les bas-reliefs où sont figurés des sièges, on voit la forteresse composée de plusieurs
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enceintes concentriques appuyées à des tours plus élevées que le rempart sur lequel elles font saillie, et surmontées de créneaux denticulés placés en encorbellement sur l’aplomb du mur (fig. 55 et 70).
Ne se croirait-on pas en présence d’une naïve miniature du moyen-âge représentant le siège d’un château-fort féodal, lorsqu’on observe, dans les salles de nos musées, ces basreliefs assyriens où sont sculptés les sièges de forteresses qui, pour se défendre contre les béliers, les flèches et les projectiles de toute sorte, sont munies de redans, de tours rondes, crénelées, percées de meurtrières et d’un système de défense qui rappelle les hourdages et les mâchicoulis ? Jamais, comme au moyen âge, une porte n’est percée dans le mur d’une enceinte fortifiée sans être munie d’un pont-levis, abritée par deux grosses tours et protégée par un avant-corps composé d’un autre rempart et de deux nouveaux bastions. La porte est le point faible; c’est le défaut de la cuirasse, la brèche naturelle par où l’ennemi pourrait entrer : on y accumule ingénieusement tous les systèmes de défense et les murs y sont plus épais. Ces grandes tours, ces grosses murailles étaient gardées par des postes de soldats toujours aux aguets et qui trouvaient là, pour les proté-
Fig. 54. — Plan assyrien d’une forteresse (d’après un bas relief du Musée britannique).
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gcr contre un soleil de plomb, une ombre bienfaisante, recherchée même par les habitants de la ville venant discuter leurs affaires, s’entretenir des nouvelles du
jour. De chaque côté de ces longs couloirs, on a pratiqué des renfoncements, voire même de véritables salles pour les gardes. C’est là, sous ces voûtes, que se déroulent plusieurs des drames relatés dans les livres bibliques.
L’état actuel de l’une des entrées de Khorsabad permetde constater que l’usage de se réunir aux portes des villes remonte aux Chaldéo- Assyriens. Cette porte était encore surmontée de son arcade en plein cintre décorée d’une archivolte en briques émaillées. L’a vant-corps formait une saillie de 25 mètres sur le mur d’enceinte ; bâti sur plan rectangulaire, il était lui-même percé d’une ouverture défendue par deux bastions en saillie. Après avoirfranchi cettepremière construction, on se trouvait dans une cour donnant accès à la baie du rempart proprement dite,
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flanquée de deux tours carrées. Par cette pénétrait dans une seconde cour, séparée, elleaussi, d’une troisième cour par une nouvelle ouverture; enfin, le mur du fond de cette troisième cour avait encore une baie qui donnait accès dans la ville. Ainsi donc, il fallait successivement franchir quatre portes pour pénétrer dans
Dur-Sargin, et un avant-corps, symétriquement pareil à celui du dehors, faisait saillieà l’intérieur de la forteresse. Ces constructions massives formaient à elles seules un véritable château-fort de 7,000 mètres carrés avec des couloirs
Fig. 57. — Porle de Khorsabad.
(Restitution de Place, pl. 8.)
Fig. 56. — plan d’une porte de Khorsabad (d’après Place, pl. 18).
et des galeries voûtées dont la principale n’a pas moins de 85 mètres de long. On comprend que de pareilles bâtisses, refuges inviolables de la fraîcheuret du serein, aient servi de lieux de réunion dans des pays ou la chaleur est telle qu’il n’était pas possible de se rassembler sur le forum ou sur l’agora comme à Rome ou à Athènes.