CHAPITRE III
§ 1. — Les statues , les stèles , les obélisques.
La statuaire, que nous avons vu briller d’un si vif éclat dans la Chaldée primitive et atteindre à l’apogée de son développement avec les monuments de Tello, n’a pas survécu à la chute des petites principautés qui florissaient dans la basse Mésopotamie avant la domination ninivite. La statuaire chaldéenne n’émigra pas en Assyrie avec les autres arts, ou plutôt les Assyriens la dédaignèrent. La cause principale qui empêcha cet art de se développer chez les Ninivites fut la proximité des carrières d’albâtre et l’absence du marbre, du diorite, du porphyre et des autres pierres susceptibles d’ètre taillées en ronde bosse. L’albâtre ne se débite que par feuilles minces et plates qui se prêtent aussi admirablement au bas-relief qu’elles sont impropres à la statuaire. Une statue en albâtre, de proportions seulement humaines, serait d’une extrême fragilité, risquant de s’effriter, au moins dans ses parties les plus ténues, comme les mains et les pieds. D’autre part, l’abondance de l’albâtre dans le voisinage de
Ninive fît que les Assyriens se dispensèrent de faire venir à grands frais et de pays lointains des blocs de diorite et de porphyre pareils à ceux que les Chaldéens, privés d’albâtre et de toute autre pierre, avaient dû se procurer à tout prix. Du moins, devons-nous constater que, jusqu’ici, les fouilles de l’Assyrie n’ont livré à notre curiosité à peu près rien qui permette d’affirmer que la statuaire fut florissante dans la Mésopotamie du Nord. Au contraire, les quelques statues assyriennes parvenues jusqu’à nous sont la preuve de la pauvreté et du délaissement de cette branche de la sculpture. On cite particulièrement une statue du dieu Nébo au Musée britannique, une statue du roi Assurnazir-pal (882 à 857 av. J.-C.) et deux autres figures de prêtres faisant, à Khorsabad, Fig. 58.— Statue d’Assur-ilazir-pal. 1 , rn 1 . ., (Musée britannique.)
l office de cariatides. v
La statue d’Assur-nazir-pal représente ce roi vêtu d’une robe talaire, sans plis et sans ornements, qui lui donne presque l’aspect d’un terme cylindrique. Sa barbe et ses cheveux sont collés à la tête et au col, et dans toutes les parties l’on sent que l’artiste, inhabile ou gêné par la nature du bloc qu’il avait à façonner, n’a pas osé attri -
ARCHEOLOGIE ORIENTALE.
buer aux membres une souplesse et un dégagement qui eussent nui à la solidité, ni donner à la barbe et aux parties délicates de son œuvre un fini qui eût risqué de faire éclater et déliter la pierre. Les franges de la robe
ne sont indiquées que par de légers coups de burin ; les bras ne font qu’un avec le buste, ainsi que le sceptre et la faulx quetientle monarque.
Les Atlantes trouvés en avant des murs émaillés du harem de Khorsabad paraissent avoir été employés dans la construction comme de véritables colonnes; au-dessus de leur coiffure, ils supportent un socle carré qui témoigne de leur fonction architecturale; leur taille est
Fig. 59. — Statue du harem du Khorsabad (d’après Place).
au-dessous de la stature humaine. Du vase sacré qu’ils serrent précieusement sur leur poitrine, et que nous avons déjà vu en Chaldée (voy. fig. 3q), s’échappent quatre courants qui rappellent les quatre fleuves du paradis génésiaque; deux de ces gerbes liquides descen-
dent directement sur les pieds, tandis que les deux autres, s’élevant sur les épaules, retombent tout le long du dos en bandes légèrement ondulées1.
Les scènes des bas-reliefs, dans l’intérieur des salles des palais, représentent parfois des processions ou les statues des divinités, debout ou assises, sont portées sur des brancards par des prêtres ou des esclaves (fig. 109): il y avait donc des statues à Ninive. Il est douteux, toutefois, que les découvertes nouvelles donnent de la statuaire assyrienne une autre impression que celle que nous avons formulée.
A la place de statues, les Assyriens dressaient souvent des stèles et des obélisques, genre de monuments qui tient, pour ainsi dire, le milieu entre la statue et le bas-relief.
Pour les stèles, le type le plus achevé est celle du roi Samsi-Raman III (822-809). C’est un monolithe de forme légèrement trapézoïdale et cintré à la partie supérieure. Les côtés sont couverts d’une inscription 1. Heuzey, Un palais chaldéeit, p. 81.
Fig. 60. — Stèle de Samsi-Raman.
(Musée britannique.)
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ARCHEOLOGIE ORIENTALE.
cunéiforme qui raconte, année par année, les exploits militaires du prince. Sur la face antérieure, entouré d’une bordure qui fait cadre, le roi en pied, en très haut relief, vu de profil, est en adoration devant des symboles planétaires. Au premier coup d’œil, il est manifeste que l’artiste a été plus hardi que s’il se fût agi d’une statue en ronde bosse. Les pieds et les bras sont plus libres et plus dégagés ; loin de traiter sommairement les détails du costume, il se complaît au contraire à les accentuer avec exagération.
Les obélisques assyriens, qui n’ont rien de commun avec les gigantesques monolithes égyptiens auxquels on donne ce nom, sont, comme les stèles, de grandes bornes dressées en l’honneur des exploits d’un prince, quelquefois sur le champ de bataille même ou sur les ruines d’une ville conquise. Le plus complet et le mieux conservé de ces monuments est l’obélisque de Salmanasar III (857-822 av. J. -G.) trouvé à Nimroud. C’est un monolithe qui n’a guère plus de 2 mètres de haut ; il a la forme d’un fût carré sensiblement pyramidal. La partie supérieure de Saimanasar. est disposée en gradins, en retrait les (Musée britannique.) uns sur les autres; le sommet formant plate-forme manque de couronnement:
il y avait là peut-être une statuette représentant le roi ou sa divinité favorite. Les quatre faces sont couvertes d’inscriptions et de bas-reliefs disposés par registres
LA SCULPTURE ET LA PEINTURE ASSYRIENNES, ioi
superposés. La partie inférieure, complètement nue, devait être légèrement enfoncée dans le sol.
Comme on le voit, les stèles et les obélisques qui remplacent les statues procèdent du bas-relief au point de vue technique. Si des découvertes ultérieures nous apportent des statues assyriennes, elles seront toujours en petit nombre, et d’un art étriqué et timide : rien de comparable aux statues chaldéennes, et surtout rien à mettre en parallèle avec ces innombrables statues égyptiennes dont l’art atteint parfois presque à la perfection hellénique : cet idéal, l’Assyrie devait en approcher aussi, mais seulement par le bas-relief.
Telle fut la conséquence logique des milieux naturellement différents dans lesquels s’épanouirent les empires de l’Egypte et de l’Assyrie, ces deux pôles autour desquels gravite tout l’antique Orient. Sur les bords du Nil, la pierre sculpturale abonde, et la matière première étant à profusion sous la main de l’artiste, celui-ci a pu se livrer à d’incessants tâtonnements, à des essais, à des expériences qui, répétés progressivement de génération en génération, ne se sont arrêtés qu’au seuil de l’art hellénique. En Mésopotamie, peu ou point de pierres à sculpter; ce n’est qu’à grands frais qu’exceptionnellement on amène de bien loin et péniblement de précieux blocs, trop chers et trop rares pour permettre de nombreuses expériences.
§ II. — Les bas-reliefs.
Pour dissimuler la pauvreté des matériaux de leurs constructions en briques ou en pisé, les Assyriens,
102 ARCHEOLOGIE ORIENTALE.
avons-nous dit, eurent l’idée de plaquer contre les murs de minces dalles de calcaire ou d’albâtre gypseux, de nuance jaunâtre, qu’ils extrayaient, à peu de frais, des montagnes voisines de Ninive. Ces dalles se prêtaient merveilleusement à la sculpture et au polissage.
Les plus anciens bas-reliefs que les fouilles de l’Assyrie aient mis au jour proviennent du palais d’Assur-nazir-pal (882 à 857 av. J.-C.) à Kalah (Nim-
Fig. Ci. — Assur-nazir-pal sacrifiant un taureau. (Bas-relief du Musée britannique.)
roud). Qu’il y a loin de cette antiquité à celle des ruines de Tello! Mais à partir du règne de ce prince jusqu’à la chute de Ninive, vers la fin du vne siècle, c’est-à-dire durant près de trois siècles, les documents de l’histoire de la sculpture abondent; ils ont été exhumés principalement des palais d’Assur-nazirpal, de Salmanasar, de Samsi-Raman, de Raman-Nirar, de Teglath-pal-asar, de Sargon, de Sennachérib, d’Assarhaddon et d’Assurbanipal : palais que ces princes ont fait édifier pour éterniser leur gloire et dont ils ont couvert les murailles des scènes de leur vaillance et du récit de leurs exploits.
L^ SCULPTURE ET LA PEINTURE ASSYRIENNES, ioj
En outre des murs intérieurs des salles, on ne trouvait de bas-reliefs dans les palais que sur la façade principale. Ces sculptures de la façade ont des caractères particuliers sur lesquels nous devons insister. D’abord, ce sont exclusivement des sujets religieux et mythologiques; on n’y trouve pas la moindre allusion aux exploits du prince. Ce sont particulièrement des
Fig. 6}. — Génie à bec d'aigle.
(Bas-relief du Musée du Louvre.)
Fig. — Génie à deux ailes.
(Bas-relief du Musée britannique.)
héros divins, des génies ailés à corps d’homme, à griffes et à bec d’aigle, des lions et des taureaux ailés qui gardent la demeure royale et en protègent l’accès, soit contre les mauvais génies, soit contre une invasion étrangère. Aussi, les personnages de ces sculptures extérieures sont-ils de proportions colossales, comme il convient à des dieux ou à des héros. Il y avait aussi à ce grandissement des figures une raison de perspective, la façade du palais étant destinée à être vue de plus loin. Les taureaux ailés du musée du Louvre qui proviennent de Khorsabad ont de 4 à 5 mètres de hau-
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teur. Les groupes qui représentent Isdubar, l’Hercule assyrien, étouffant un lion sous son bras, ont jusqu’à 6 mètres. Les Assyriens ont multiplié les taureaux ailés à l’entrée des portes. On en a trouvé vingt-six paires dans le palais de Sargon et jusqu’à dix sur une seule façade du palais de Sennachérib. Les textes assyriens
les appellentÀ'zVozzbi (chérubins) ou schedi, génies. La puissante saillie donnée àleurcorps fait qu’ils participent à la fois du bas-relief et de la ronde bosse. Il est de ces taureaux qui ont un relief de plus de om,20 ; placés à l’angle des portes pour en supporter l’archivolte, ils paraissaient, comme Atlas portant le monde , soutenir sur leurs têtes toute la masse de l’édifice. Sculptés sur deux faces, ils ressemblent à des statues à demi engagées dans l’épaisseur de la muraille. Généralement, ils étaient disposés quatre par quatre, les uns dans le plan de la muraille, tête à tête de chaque côté de la porte, les autres de manière à regarder en face, en avant de
la façade, l’arrière-train de leur corps se prolongeant dans le corridor. Le visiteur qui arrivaitdu dehors avait en même temps devant soi le corps de profil des premiers et la tête de face des deux autres. Devant l’édifice aussi bien que dans l’embrasure de la porte, il voyait toujours, à la fois, des têtes de face et des corps de profil. Il avait l’illusion de contempler, sans cesser un instant, et dans toutes les positions, un monstre barbu tout entier, avec l’abondante crinière de son poitrail, son cou garni de touffes de poils, ses jambes, où sont puissamment marquésles muscles, emblèmes parlants de la force matérielle, ses ailes dont les rangées de pennes se développent en éventails gigantesques jusque sous l’archivolte.
Sauf dans le palais de Sennachérib, ces taureaux ailés, pour que l’illusion soit plus complète, sont représentés avec cinq pattes : deux postérieures et trois sur le devant, dont deux droites et une repliée. Cet artifice avait pour but de montrer toujours quatre pattes, quelle que pût être la position du spectateur. En effet, placé devant l’animal, on voit ses deux pattes de devant ; sur le côté, l’une de ces deux pattes n’étant plus visible, l’artiste l’a remplacée par une troisième qui
Fig. 66. — Taureau ailé à tête humaine. (Musée britannique.)
«ort ARCHÉOLOGIE ORIENTALE.
se profile au second plan. Ce bizarre artifice du sculpteur assyrien ne se rencontre pas en Égypte.
L’idée philosophique exprimée par ces taureaux et ces lions, impassibles et majestueuses sentinelles, est celle de la force physique calme et sûre d’elle-même : c’est la conception des sphinx égyptiens et celle de l’Hercule gréco-romain au repos, le visage à demi souriant. Seulement, tandis que dans l’Hercule grec il n’entre que l’élément humain, et que dans le sphinx égyptien il n’y a que deux éléments, l’homme etle lion, onen trouve quatre et même davantage dans les Kéroubs assyriens : l’homme, le taureau, le lion et l’aigle. Le mérite de l’artiste est surtout d’avoir su donner à cet animal fantastique de justes proportions, d’avoir combiné ces éléments divers, empruntés à la nature, de manière à créer un animal harmonieux dans ses formes, oü rien ne choque le goût, dont l’expression reau ailé de Khor- est noble, imposante, naturelle : à sabad (Louvre). nous, les fils d’une autre civilisation, rien ne paraît grotesque et difforme dans ces belles et vigoureuses créations du génie assyrien qui a su, aussi habilement que le génie égyptien, associer la forme humaine à la forme animale dans la représentation symbolique de la divinité et des êtres supra-sensibles.
térieure d’un tau-
C’est sur les bords du Tigre que l’on trouve les prototypes des amours, des centaures, des chimères, des sphinx, des griffons, des pégases, des hippocampes de l’art hellénique.
On a calculé que la série des bas-reliefs des salles du palais de Sargon, à Khorsabad, mis bout à bout, se déroulerait sur une longueur de 2 kilomètres. Ceux qui ont visité le musée de Londres se rappellent les
deux galeries dites de Nimroud et de Koyoundjik, plus considérables chacune que la galerie assyrienne du Louvre. Qu’on se rende compte ainsi de la quantité de matériaux qui sont entre nos mains pour écrire l’histoire de la sculpture assyrienne pendant trois siècles! C’était dans l’intervalle qui séparait chaque campagne, c’est-à-dire entre deux printemps, que le roi faisait sculpter les bas-reliefs racontant aux yeux ses prouesses à la chasse ou à la guerre, et les multiples épisodes de la vie officielle. Prises dans leur ensemble, les sculptures de l’intérieur des palais sont constam-
ment en l’honneur du prince. Tout est pour le roi, qui résume la vie entière de son peuple : c’est lui qui fait tout, et rien ne s’accomplit que par ses mains ou par son ordre; nulle part, mieux que sur ces bas-reliefs, on ne voit éclater l’égoïsme farouche du monarque oriental. Les bas-reliefs égyptiens comportent souvent des scènes de la vie civile, dont le pharaon est exclu; des
travaux des champs, des jeux, des fêtes, des marchés publics et cent autres épisodes de l’existence des anciens fellahs égyptiens. En Assyrie, rien de tout cela : ces murs qui parlent redisent, sans cesser un instant, la belliqueuse chronique des rois.
Ce côté exclusivement officiel des sculptures ninivites a forcé l’art à se confiner dans des types abstraits, créés une fois pour toutes, qui, répétés à satiété, produisent une certaine lassitude sur notre esprit. Pas plus que chez les Égyptiens ou les Chinois, il n’y a, dans
les bas-reliefs assyriens, de proportion ou d’échelle; la perspective est absente, ou plutôt l’artiste a fait de vains efforts pour en calculer et en traduire les effets. Les hommes sont plus grands que les chars qu’ils montent et que les chevaux qui les conduisent; ils dépassent même les forteresses qu’ils assiègent. Gomme en Égypte, le roi est toujours représenté plus grand que
Fig. 70. — - Siège d’une forteresse. (Bas-relief de Khorsabad. Musée du Louvre.)
ses ministres, et, en général, les Assyriens sont plus grands que leurs ennemis. Les héros grecs, dans l’art classique, sont souvent aussi plus grands que les guerriers qui les entourent; les mêmes remarques ont été faites dans l’art chinois. Il y a là un procédé naïf, commun à tous les arts et qui s’explique aisément par l’absence de perspective. Aujourd’hui que nos artistes peuvent, à leur gré, disposer plusieurs plans dans leurs tableaux et ménager des lointains et des fonds aux
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scènes qu’ils veulent reproduire, ils se contentent de détacher nettement la scène importante et de placer dans les premiers plans les personnages principaux. Quand Part ne savait ainsi user de la perspective et créer des plans multiples, il n’y avait d’autre moyen pour faire ressortir les principaux personnages que l’artifice d’un grandissement disproportionnel.
Fig. 7 i. — Scène de navigation. (Bas-relief de Khorsabad.
Musée du Louvre.)
En général, l’artiste assyrien aime les sites pittoresques, les bois, les montagnes, les rivières. Mais il les rend avec les plus étranges erreurs dans les proportions réciproques des objets ; par exemple, au milieu des flots, des poissons seront aussi gros que les navires; dans les forêts, des oiseaux aussi grands que les arbres ou les chasseurs ; sur les champs de bataille, des vautours gros comme des chevaux.
LA SCULPTURE ET LA PEINTURE ASSYRIENNES, m
Veut-il reproduire le visage humain, l’artiste place toujours l’œil de face, même si la figure est de profil. Quand il se trouve obligé de représenter des personnages de face ou dans une autre attitude que le simple profil, le sculpteur est embarrassé, hésitant, impuissant; ne sachant pas dessiner les pieds en raccourci, il les place entièrement de profil, alors que tout le haut du corps est de face, ce qui donne au personnage un aspect disloqué. Il lui retourne la tête comme si on la lui avait mise à l’envers ; les mains offrent la même difformité : on croirait parfois que l’artiste lésa placées dans le dos.
L’effort principal du sculpteur se porte vers la tête, les jambes et les bras. Il met en saillie des muscles énormes, qui ne sont pas tout à lait à leur place anatomique. Des plis énergiques forment les contours de la rotule, accentuent le jarret et les biceps; les pieds et les mains sont non seulement dégagés, mais fouillés à l’excès. Pour la tète humaine, les Assyriens n’ont guère connu que deux types qu’ils reproduisent indéfiniment : la tête barbue et la tête imberbe. On peut cependant chercher à établir des catégories et des distinctions plus précises. La tète barbue est frisée en bourrelets très courts, ou bien la barbe et les cheveux sont tortillés en nattes parallèles et symétriques : cette dernière forme est réservée aux figures des dieux, des héros, des rois, des premiers fonctionnaires de la cour et des soldats. Dans les têtes imberbes, il faut distinguer le type consacré pour représenter les eunuques. Ces personnages, dont quelques-uns jouaient un rôle important à la cour, comme le Ki^lar-aga ou chef des
ARCHEOLOGIE ORIENTALE.
eunuques noirs de Constantinople, sont reconnaissables à leur figure adipeuse et sensuelle.
Dans les produits de l’art chalde'en et de l’art égyptien, il y a des figures de vieillard, de jeune homme, d’enfant. En Assyrie, les visages ne changent pour ainsi
dire jamais, ou plutôt on rencontre exclusivement trois ou quatre types qui se sont immobilisés: rois, officiers, esclaves, dieux mêmes , tous ont la même physionomie intermédiaire entre l’adolescence et l’âge mur. Les enfants, quand on en rencontre,
Fig. 72. — Eunuques. (Bas-relief de Khorsabad. . .
Musie du Louvre.) ont 1 air vieillot et
leur taille seule
les distingue. Les artistes ninivites ont rarement représenté la femme, et, dans ce cas même, ils ont fait preuve d’une inexpérience absolue. Ces femmes voilées ont des traits vulgaires, d’ou est bannie toute recherche de beauté physique. Voyez le roi Assurbanipal et l’une de ses femmes buvant dans des coupes (fig. 7 3). Le visage de cette reine a un aspect presque masculin ; ses cheveux mêmes ne sont pas tressés autrement que ceux des hommes; elle porte un diadème particulier et
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elle est couverte de somptueux vêtements brodés et enrichis de pierreries; mais l’artiste pudibond s’est bien gardé de mettre à nu la moindre des parties du corps; il a couvert d’étoffes et de parures les bras eux-mêmes,
Fig. 7$. — Assurbanipal et la reine.
(Bas-relief de Koyoundjik. Musée britannique.)
qui pourtant sont souvent à nu chez les hommes.
Le sculpteur assyrien n’a pas su faire un véritable portrait et se préoccuper de la ressemblance individuelle, si ce n’est peut-être pour certaines têtes royales1. Il n’a pas su, non plus, donner aux types qu’il a créés la
i. Menant, Remarques sur les portraits des rois assyrochaldèens, in-8°, 1882.
ARCHKOL. ORIENTALE.
ii+ ARCHÉOLOGIE ORIENTALE.
moindre expression qui trahisse une émotion quelconque de joie ou de tristesse : ses personnages restent impassibles, aussi bien au milieu de joyeux festins qu’à la chasse, à la guerre, et même dans les supplices les plus atroces. Le visage de l’Assyrien, toujours imperturbable, ne rit jamais, ne pleure jamais ; les gestes des bras seuls sont chargés d’exprimer et de traduire ses impressions. La main levée en arrière, à la hauteur de la nuque, est un signe d’introduction, d’appel; la main levée en avant de la bouche est une marque de salut respectueux; les mains jointes indiquent la prière et la supplication; la main portée aux cheveux est un signe de deuil et de violente douleur; les mains disposées de telle sorte que l’une tient le poignet de l’autre sont un geste qu’on ne fait que devant le souverain ou les dieux, comme l’aveu de la servitude et de la plus absolue soumission. On voit quelquefois des Assyriens qui prient en élevant une main à la hauteur du visage, tandis que l’autre pend négligemment le long du corps; il en est enfin qui font le geste de la prière chrétienne, c’est-àdire qui élèvent les deux mains en appuyant les deux paumes l’une contre l’autre.
Les bas-reliefs des palais ninivites retraçant surtout les campagnes militaires des rois contre les nations étrangères, l’artiste a été amené à sculpter souvent des hommes ou des femmes de pays lointains et qui se distinguaient des Assyriens, soit par leur costume national, soit par certains caractères ethnographiques. Il est parfois possible de saisir dans les sculptures ces distinctions entre Assyriens et étrangers : on ne rendrait pas, aujourd’hui, le type juif mieux qu’il ne l’est
dans une des figures des captifs qui viennent offrir leur soumission au roi Sennachérib, campé sous les murs de Lachis (fig. 74).
D’ailleurs, en ce qui concerne la figure humaine, le thème que pouvait traiter le ciseau assyrien était infiniment restreint par suite de cette fausse pudeur orientale qui existait déjà, comme de nos jours chez les Arabes, et qui interdit à l’artiste d’étudier la charpente du corps humain dans sa nudité et sa forme vivante. L’Assyrien, comme l’Arabe, est toujours drapé dans un épais burnous, et cette mode, observée avec un religieux scrupule, n’est pas pour peu de chose dans l’arrêt subit des progrès de l’art. La longue tunique de lin, garnie de passementeries, ne laisse dépasser que la tête, les pieds et l’avant-bras; le vêtement de travail des esclaves mêmes, ou parfois la tunique des soldats, s’arrête aux genoux ; le grand châle à franges, quand on le porte, enveloppe le corps comme le burnous arabe et la toge romaine.
L’Assyrien, par suite d’un préjugé sémitique, n’a donc pu traiter le beau naturel et idéal : c’est là ce qui fait son infériorité vis-à-vis du sculpteur égyptien;
Fi,
74. — Type de juif, d’après un bas-relief du palais de Sennachérib. (Musée britannique.)
ARCHEOLOGIE ORIENTALE.
nous savons, par des milliers d’exemples, comment les
Fig. 7$. — Assurbanipal sur son char.
(Bas-relief de Koyoundjik. Musée du Louvre.)
artistes de Thèbes ou de Memphis traitaient le torse hu-
main, et plusieurs de leurs statues, ou meme de leurs basreliefs, sont des chefs-d’œuvre. Rarement, sinon pour représenter la déesse Istar, quelques figures d’esclaves, ou des cadavres couchés sur les champs de bataille, le sculpteur ninivite s’est hasardé à représenter le corps humain dans l’état de nudité; et ces cas exceptionnels trahissent sa complète inexpérience.
Il essaya de remédier à l’infériorité que nous venons de signaler en s’attachant particulièrement à la perfection du détail. Aucun art n’a traité avec plus de complaisance et de raffinement toutes les particularités du COStume, n’ou- Fig. 7û. — Sargon. (Bas-relief de KhorsabaJ. bliant ni une tresse Muséo du Louvre->
des cheveux, ni une frange des broderies. Voici, par exemple, un bas-relief de Khorsabad, qui représente Sargon suivi d’un eunuque. Remarquez avec quel inimitable perfection sont rendues les broderies de la tiare, du manteau orné de rosaces, de la robe décorée d’un élégant damier; on sent la soyeuse souplesse des longues franges du vêtement de l’eunuque. Les mains et les pieds, la barbe et la chevelure des deux person-
u8 ARCHEOLOGIE ORIENTALE.
nages, sont traités avec une finesse de camée. Les choses secondaires prennent ainsi une importance exagérée qui nuit aux lignes de l’ensemble; cette musculature, à force d’être accentuée, devient monstrueuse; les proportions entre les diverses parties du corps ne sont plus conformes à la nature; à ce point de vue encore, la sculpture assyrienne demeure fort inférieure à sa rivale des bords du Nil. On ne saurait trop le répéter: la recherche du détail, le culte de l’infiniment petit, ont perdu l’art assyrien, en contribuant à lui faire oublier les traits généraux; le sculpteur, égaré par ce faux point de vue, a contemplé son œuvre de trop près, il a négligé d’améliorer les proportions, d’assouplir les figures en leur donnant plus de naturel et de mouvement; ses personnages les plus achevés nous laissent toujours une impression de raideur géométrique.
Si l’étude directe des formes du corps humain a manqué à l’artiste assyrien, il ne pouvait en être de même pour la représentation des animaux. Aussi la sculpture ninivite se montre-t-elle bien supérieure dans la reproduction des espèces animales qui vivaient en Mésopotamie. En ce genre, elle l’emporte de beaucoup sur l’art égyptien, et elle atteint, au temps d’Assurbanipal, c’est-à-dire au moment de la chute de Ninive, un degré de perfection qui pourrait soutenir la comparaison avec les meilleurs produits de l’art hellénique. Son chef-d’œuvre est une figure de lionne, du palais d’Assurbanipal à Koyoundjik, qui succombe sous les traits des chasseurs. Elle a la colonne dorsale brisée par une flèche qui la traverse de part en part; le sang jaillit à flots de la blessure, mais avant d’expirer, le fauve
fait un héroïque effort pour se relever sur ses pattes de devant et pousser un rugissement suprême. Pour
Fig. 77. — Lionne blessée.
(Bas-relief de Koyoundjik. Musée britannique.)
rendre avec autant de vérité cette attitude dramatique, il fallait que les artistes eussent bien des fois suivi les chasses royales et qu'ils eussent assisté à de terribles scènes au milieu du désert hanté par les bêtes féroces. D’autres bas-reliefs nous montrent, avec un succès presque égal dans l’exécution, des lions qui bondissent autour du char royal, qui s’élancent audacieux sur les barques
Fig. 78. — Esclaves portant un lion et des oiseaux. Bas-relief de Khorsabad (d’après Place).
qui sillonnent le fleuve, ou bien qui, nonchalamment endormis dans la plaine, détendent avec insouciance
leurs membres au modelé plein de souplesse et de vérité.
Après le lion, l’animal que l’artiste assyrien se plaît davantage à reproduire, c’est le cheval. Ici, c’est le cheval sauvage qui tressaille et bondit au moment où l’enserre le lacet des chasseurs; là, c’est le cheval de bataille qui se précipite à fond de train sur l’ennemi, monté par un cavalier qui tire de l’arc ou brandit sa lance; c’est encore le cheval de trait, attelé au char royal, qui foule sous ses pieds les cadavres, ou traîne les lourds chariots qui transportent en Assyrie le butin pris sur l’ennemi.
Telle a été l’habileté de l’artiste que des naturalistes ont pu déterminer , par l’étude des bas-reliefs, de quelles races de chevaux les Assyriens faisaient usage. Le chien, la chèvre et le mouton, l’ibex et le sanglier, le bison et l’onagre, le cerf et la gazelle, le chameau et le dromadaire, sont aussi des animaux qui reviennent fréquemment dans les bas-reliefs destinés à perpétuer le souvenir de chasses particulièrement fructueuses ou la capture des troupeaux d’un peuple vaincu. L’artiste s’est complu à leur donner les attitudes les plus capricieuses et par-
Fig. 79. — Tributaire amenant des singes. (Bas-relief de Nimroud.
Musée britannique.)
LA SCULPTURE ET LA PEINTURE ASSYRIENNES, iai
fois du plus heureux effet. Il prend aussi plaisir à faire figurer dans les convois les animaux exotiques apportés au roi d’Assyrie par des peuples tributaires: l’éléphant, le singe, le rhinocéros. Mais la rareté de ces animaux en Mésopotamie explique la maladresse particulière que le sculpteur assyrien met à les reproduire. Voici des singes traités avec une naïveté qui touche au grotesque : on dirait des hommes affublés de peaux d’animaux et s’essayant à marcher à quatre pattes (tir. 79).
Parmi les oiseaux, c’est l’aigle, le vautour et le gerfaut qui planent lourdement et sans grâce au-dessus des champs de bataille, bien que les détails anatomiques de ces oiseaux soient parfois exécutés avec habileté 1. L’autruche, animal sacré, paraît sur des cylindres et parmi les broderies des vêtements officiels. Les sauterelles, ce fléau de tout l’Orient, figurent à titre d’offrandes aux dieux et représentent sans doute des légions d’esprits malfaisants. Dans les rivières, on place des anguilles, des crabes, des poissons. Dans les champs, sur les montagnes ou surle bord des fleuves, ce sont des palmiers et des arbres de toute espèce, des oignons, des épis de blé, des fleurs de lotus, des ceps de vigne, des algues paludéennes. Mais si l’imitation scrupuleuse de la nature ne laisse ici quelquefois rien à désirer, l’ignorance des lois de la perspective a forcé l’artiste à recourir à des procédés d’une naïveté enfantine. C’est ainsi que pour indiquer que des arbres croissent de chaque côté d’une rivière, il les a placés droits d’un côté et la tige en bas sur l’autre rive.
i. Layard, the Monuments 0 f Nineveh, t. I, pi. 26 et passim.
ARCHEOLOGIE ORIENTALE.
De même, lorsqu’il veut, par exemple, nous montrer ce qui se passe dans l’enceinte d’une forteresse (voy. fig. 54), il en est réduit à l’étaler sur le sol, avec les bastions et les créneaux se profilant tout autour en dehors, comme les rayons d’une couronne; en même temps, il dispose dans cette enceinte tous ses tableaux par registres superposés, sans souci des lois de proportion, sans même se préoccuper de rester, comme il l’a fait pour l’enceinte, dans le prolongement des rayons partant du centre. C’est encore par défaut de perspective que, dans la représentation d’un bœuf ou d’un autre animal cornu, il place la corne de profil en avant sur la tête.
Outre les bas-reliefs qui se déroulaient sur les parois des salles des palais, il y avait des sculptures secondaires dans lesquelles éclate l'originalité du génie assyrien. Ce sont notamment les sculptures qui décoraient, comme de riches tapis, les seuils des palais. Un des plus remarquables exemples est une grande dalle trouvée au palais de Koyoundjik (fig. 80), sur laquelle la fleur du lotus ou de la tulipe se combine avec des rosaces, des marguerites épanouies et des dessins géométriques de l’effet le plus harmonieux : on n'a rien imaginé de plus élégant en fait de sculpture décorative.
E11 résumé, la sculpture assyrienne triomphe dans le bas-relief et dans le travail patient et minutieux de l’ornement. Si l’on rapproche les œuvres du ciseau des Ninivites de celles des Hellènes de l’époque archaïque, jusqu’à l’avènement de l’école d’Égine, on observera entre les uns et les autres une étonnante parenté. La stèle d’Aristion, bas-relief primitif d’Athènes, connu
LA SCULPTURE ET LA PEINTURE ASSYRIENNES, i
sous le nom impropre de Guerrier de Marathon, semble, au premier abord, détachée des parois du palais de Sargon ou de Sennachérib. A Khorsabad, un cippe recueilli par Victor Place est orné de cannelures parallèles terminées par une demi-sphère d’élégantes palmettes : on se croirait en présence d’une stèle grecque 1.
Quand on compare entre elles les sculptures de Koyoundjik, de Nimroud, de Khorsabad, de Kalah-Shergat, on constate, sous l’uniformité générale que nous avons signalée, des différences qui ont assez d’importance pour permettre de caractériser les progrès de l’art durant les trois siècles qui précèdent la chute de Ninive, et qui ne tiennent pas seulement à l’inégalité du talent des artistes. Il semble qu’on puisse distinguer dans l’art assyrien, tel que nous le font connaître les bas-reliefs, trois périodes ou trois évolutions successives. Sous Assur-nazir-pal, les figures, déjà énergiques et hardies, mais trapues, sont peu nombreuses dans les tableaux; les mouvements sont sobres, mais pleins de vérité. L’artiste a l’habitude singulière, qu’on ne constate que dans l’art assyrien, de recou-
i. Perrot et Chipiez, Hist. de l’art, t. Il, p. 270.
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vrir une partie de ses personnages de longues inscriptions explicatives de la scène qu’il a voulu représenter (voy. tig. yg) : nous avons déjà vu que les statues chaldéennes de Gudéa sont couvertes d’inscriptions. Sous Sargon et Sennachérib, les sculpteurs deviennent plus
expérimentés et plus ambitieux. Dans leurs tableaux, les figures sont beaucoup plus nombreuses et concourent plus visiblement à une action commune ; elles ont plus de vie et de mouvement ; les scènes de bataille, de chasse, d’adoration des dieux, de travaux publics parles esclaves sont plus variées; les gestes des personnages sont plus accentués et plus énergiques, les muscles des bras et des jambes plus fouillés; enfin les inscriptions cessent de traverser le corps des figures; elles sont placées à côté, en légendes explicatives.
Au temps d’Assurbanipal naît un art plus naturel, et plus conforme aux vrais principes de la sculpture en bas-relief. Au lieu de géants, ce sont au contraire des figures rapetissées, formant une suite de tableaux, aux scènes les plus variées, pleines de fraîcheur et d’action .
Cet art atteint son apogée dans la figure de lionne que nous avons citée (fig. 77).
Il convient d’ajouter que rarement toutes les parties d’un meme bas-relief sont sculptées par le même artiste, et qu’on y rencontre des figures d’un mérite fort inégal. Le ciseau du maître se réservait les personnages principaux, le cortège royal et les officiers qui l’entourent; aux élèves, le soin des parties secondaires, les cadavres ennemis, les processions de prisonniers, le fond de paysage : les choses ne se sont point passées autrement pour les sculptures du Parthénon.
$ III. — La peinture et V émaillerie .
Les briques qui entraient dans la construction des murs des édifices chaldéens ou assyriens n’étaient visibles nulle part. Au-dessus des dalles sculptées en bas-relief et sous l’intrados des voûtes, on appliquait
un stuc blanc, fait de plâtre et de chaux comme celui dont se servent encore les Orientaux pour enduire leurs maisons, ce qui explique l’expression de sépulcres blanchis sous laquelle les désigne l’Évangile. C’est sans doute sur un enduit de cette nature que la main
mystérieuse dont il est parlé dans le livre de Daniel traça la condamnation de Balthasar dans la fameuse nuit du festin :
l’écrivain sacré dit que cette main écrivait « sur l’enduit de la muraille ». Ce stuc était souvent décoré de peintures en détrempe, au moins dans les salles principales, au-dessus de la zone des bas-reliefs.
Les explorateurs modernes ont recueilli quelques fragments de ces fresques ou de ces peintures décoratives : à Warka, dans les ruines du temple appelé Wuswas, Loftus en a ramassé qui remontent à l’antiquité chaldéenne la plus reculée. A Khorsabad, V. Place a retrouvé sur des morceaux de stuc d’élégantes rosaces formées par l’application et la juxtaposition de couleurs très tranchées : le blanc, le jaune, le vert, le rouge et le noir. Un des plus remarquables exemples de ces peintures est une bordure de taureaux peints en blanc sur un fond jaune, leur silhouette rehaussée par une large bande noire (fig. 83). Au-dessus règne une rangée de créneaux bleus; au-dessous, des festons multicolores.
Fig. 83. — Peinture sur enduit. Nimroud (d’après Layard).
L’effet en est harmonieux, bien que les teintes en soient plates, et malgré l’absence de tout modelé dans les figures1.
L’application du stuc, colorié de diverses couleurs, apparaît particulièrement dans la construction des tours à étages, dont les différents degrés sont, à partir du bas : blanc, noir, rouge, jaune, vermillon, argent et or. Dans l’intérieur des salles, pour éviter le contraste choquant qui eût existé entre la blancheur uniforme des bas-reliefs de pierre et le vif éclat des peintures multicolores, la mode était de colorier les figures mêmes des bas-reliefs. On reconnaît encore aujourd’hui, sur les sculptures de nos musées, quelques traces de couleur qui tendent, il est vrai, à s’effacer chaque jour davantage, mais qui frappaient au lendemain de la découverte. La barbe, les cheveux, les armes, le visage même et le costume des personnages étaient rehaussés de couleurs pareilles à celles des peintures sur enduit, de sorte que ce stuc colorié paraissait la continuation et le prolongement des bas-reliefs. Les Assyriens obéissaient à la même loi d’esthétique que les artistes du moyen âge, qui appliquaient des peintures polychromes sur leurs statues de marbre ou de pierre, pour les mettre en parfaite harmonie avec la riche décoration dont leurs cathédrales étaient tapissées depuis le sol jusqu’à la clef de voûte.
La brique émaillée remplissait le même rôle que la peinture à fresque, seulement elle était plus solide et résistait mieux à l’action de l’humidité. En Chaldée,