Perrot et Chipiez, Hist. de l'art, t. If, p
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où il pleut plus souvent qu’en Assyrie, on a fait, plus que dans 'cette dernière contrée, usage de la brique émaillée. Ce n’est guère qu’autour des baies des portes d’honneur et pour donner une élégante bordure à l’archivolte que les artistes ninivites ont eu recours à ce procédé décoratif. Ces briques, dont les couleurs étin-
Fig. 84.' — Fragment de l’archivolte émaillée de Khorsabad (d’après V. Place).
celaient au loin, sont décorées de fleurons et de rosaces d’un goût exquis. Dans le palais de Sargon, V. Place a retrouvé presque toutes les briques de l’archivolte d’une porte. Entre deux bordures de rosaces blanches règne une large frise de génies ailés et d’animaux symboliques qui ont les mêmes attributs que les figures similaires des bas-reliefs (fig. 84). Sur la plinthe inférieure de la porte principale du harem figuraient, en briques émaillées, un lion, un aigle, un taureau, une charrue; sur le retour d’angle, le roi debout. A Nim-
roud, on a aussi découvert des débris émaillés fort remarquables, des morceaux de soldats, d’armes, de chars et même des fragments d’inscriptions. Sur une même brique, conservée au Musée britannique, on voit un roi qui offre une libation, suivi de deux guerriers (fig. 85). Mais, en général, il fallait un très grand nombre de briques pour composer un seul personnage, les dimensions restreintes de la brique cuite ne permettant d’y placer qu’une partie du sujet. Le dessin était exécuté et les couleurs vitrifiables apposées avant la cuisson; l’artiste devait répartir sur chaque brique les diverses portions d’une figure, de façon à ce que, rapprochées et juxtaposées, il y eût concordance parfaite dans les lignes de raccord; les marques de pose placées sur la partie postérieure des carreaux facilitaient cette opération, qui demandait une grande habileté technique. A Babylone, oü la brique émaillée jouait un bien plus grand rôle qu’à Ninive dans la décoration desédifices, on eut l’idée, pour remplacer les sculptures de pierres coloriées, d’estamper des briques avec des figures ou des portions de figures en relief. Supposez une plaque d’argile molle, de plusieurs mètres carrés d’étendue; sur cette
Fig. 85. — Brique émaillée. Nimroud (d’après Layard).
archkol. orientale.
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surface, on modelait tout le tableau en relief, comme on l’eût sculpté sur une grande dalle. Cette opération terminée, on découpait la plaque d’argile par rectangles, ayant la dimension de briques ordinaires. Ces morceaux, munis d’une marque de pose, étaient alors couverts séparément de couleurs et d’un vernis, puis soumis à la cuisson. Plus tard, on les rassemblait avec un solide mortier de bitume, et dans ce travail de reconstruction du sujet, l’ouvrier était guidé par les marques déposé. C’était le premier rudiment des mosaïques en relief des Grecs et des Romains. Les palais achéménides de Suse ont été décorés par les mêmes procédés, et c’est en copiant les Babyloniens que les artistes perses ont exécuté ces grands bas-reliefs de briques dont la mission Dieulafoy a enrichi le musée du Louvre.
Malheureusement on n’a jusqu’ici rapporté en Europe que des fragments peu importants des briques en relief de Babylone. Quant aux débris de briques plates émaillées comme à Ninive, les voyageurs en recueillent des centaines de fragments sur chacun des monticules des ruines chaldéennes. Ceux qu’on a déposés dans nos musées représentent des fleurons, des rosaces, des génies, des animaux, des personnages. Des fouilles seules, habilement dirigées, nous livreraient des tableaux complets et des scènes analogues à celles qui se déroulent sur les murs des palais de Ninive et de Suse. Diodore, d’après Ctésias, raconte qu’à Babylone, sur les parois des murs du palais bâti par Nabuchodonosor et qu’il attribue à Sémiramis, il y avait, peints sur la brique, des scènes de tout genre. « On y voyait, dit-il, toute sorte d’animaux imités selon toutes les règles de
l’art, tant pour la forme que pour la couleur. Le tout représentait une chasse de divers animaux dont les dimensions dépassaient quatre coudées. Au milieu, Sémiramis, à cheval, lançant un trait contre une panthère, et à côté, son époux Ninus, frappant de sa lance un lion qu’il attaque de près. » Bérose parle sans doute aussi de briques émaillées quand il signale les peintures du temple de Bel, où l’on voyait « toute sorte de monstres merveilleux présentant la plus grande variété dans leur forme ». Enfin, le prophète Ezéchiel, qui habita Babylone, dit en parlant de Jérusalem : « Elle a vu des hommes dessinés sur le mur, des images de Chaldéens dessinés au vermillon, portant une ceinture autour des reins, d’amples tiares de couleur sur leurs têtes, tous semblables à des chevaliers, des portraits de Babyloniens, originaires de Chaldée. » L’art d’émailler la brique, transmis aux Perses achéménides par les Babyloniens, est demeuré longtemps florissant en Orient. La décoration des mosquées de Brousse, de Tauris, d’Ispahan, qui excite l’admiration de tous les voyageurs, procède du même principe que celle des palais de Ninive, de Babylone et de Suse. Seulement, à la place des figures, que ne tolère pas le Coran, les briques émaillées portent des sentences religieuses en lettres coufiques très ornées. Tout le monde a eu l’occasion de voir des échantillons des ateliers qui florissaient encore au siècle dernier en Asie Mineure, et dont les produits ornent les palais et les plus riches mosquées du monde musulman. Cet art dérive directement des Chaldéo-Assyriens, et il est intéressant de constater que leurs successeurs, jus-
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qu’à nos jours, ne lui ont pas fait faire le moindre progrès.