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CHAPITRE IV

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§ I. — La céramique.

Les causes qui ont empêché le développement de la céramique dans la primitive Chaldée ont eu la même influence malheureuse sur la céramique assyrienne et sur la céramique chaldéenne du siècle de Nabuchodonosor. Si quelques terres cuites sont façonnées avec une certaine élégance et offrent des traits gracieux, les parois en sont toujours extrêmement épaisses, tant l’argile était friable, et les types créés par le coroplaste manquent totalement de variété. Botta a retrouvé à Khorsabad, sous le pavage des cours, de petites cachettes en briques, dans lesquelles reposaient, avec des cylindres et d’autres amulettes, des statuettes en terre cuite ayant un caractère talismanique et destinées à conjurer et à chasser les puissances infernales. « Ces statuettes, dit M. Heuzey, sont ébauchées avec une remarquable sûreté de main, dans une argile grise, presque crue et criblée de petits trous, comme si elle

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MJ

avait été mélangée avec des parcelles de paille ou de foin, selon le procédé employé pour la fabrication des briques1. » Le spécimen que nous reproduisons représente le héros Isdubar si souvent figuré sur les bas-reliefs et les cylindres comme ici, c’est-à-dire la barbe tortillée, les cheveux longs et bouclés. Sa physionomie a beaucoup d’expression et tout y est d’un travail soigné. Il faut en dire autant d’une tète d’animal fantastique, la gueule béante, trouvée aussi à Khorsabad (fig. 87) ; cette tête, en argile blanchâtre, est recouverte d’une glaçure d’un beau vert bleu qui se rapproche et a peut-être été imitée de la faïence égyptienne: des monuments de bronze donnent une pareille figure de monstre rugissant à des génies ailés: dans l’un et dans l’autre cas, c’est un art réaliste qui a su rendre la laideur et la férocité danstoute la force de leur expression idéale.

Les vases en terre cuite que 1 on a découverts dans les fouilles de l’Assyrie dénotent, sans doute, un réel progrès sur la céramique chaldéenne; mais ce ne sont toujours que des amphores lourdes, avec ou sans anses, au col plus ou moins allongé, à la panse plus ou moins élargie, qu’on nesaurait

1. L. Heuzey, les Figurines de terre cuite au Musée du Louvre, p. 1.

Fig. 8(5. — Isdubar.

Terre cuite.

(Musée du Louvre.)

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comparer qu’aux produits les plus archaïques de la Grèce. Ils sont ornés parfois de peintures brunes ou jaunâtres, ou de saillies en relief qui reproduisent des fleurons, des lignes géométriques, un damier : rien qui soit comme un reflet des belles sculptures ninivites. Dans tous les cas, point de vases de luxe, comme chez les Grecs : en Assyrie aussi bien qu’en Fig. 87. Chaldée, on n’a recueilli que des pots et Tête de monstre. des marmites vulgaires.

,, , A Babylone, ou se transporta le centre

(Louvre.) J 7 r

de la monarchie après la chute de Ninive, les coroplastesparaissent avoir tenté un plus grand effort

Fig. 88.

La déesse mère.

Terre cuite. (Louvre.)

Fig. 89. — Istar.

Terre cuite.

(Louvre.)

artistique. On a trouvé, en effet, en Chaldée, des figurines massives comme celles de l’Assyrie, moulées sur une

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seule face, en argile verdâtre, qui sont de remarquables produits de l’art babylonien. Ces figurines, dont la place chronologique est d’ailleurs difficile à déterminer, mais qui nous paraissent à peu près contemporaines de Nabuchodonosor, représentent des prêtres ou des dieux, debout, en longue robe, les mains l’une dans l’autre, dans l’attitude du respect; des femmes vêtues d’une robe à franges, portant un vase sur la poitrine ; des déesses nues, debout, allaitant le dieu-enfant; l’une d’elles (fig. 88) , dit M . Hcuzey, «est un type purement asiatique, modelé, dans ses formes un peu pleines, avec une vérité charmante et une rare finesse ; je ne crains pas de la signaler comme une petite merveille en son genre1 ». D’autres fois enfin, c’est la déesse Istar, nue, se pressant les seins des deux mains, parée de bracelets et de colliers, les cheveux élégamment tressés : ce naturalisme et cette liberté immodeste dans la représentation d’Istar contrastent avec les habitudes ordinaires de l’art chaldéo-assyrien. Cette série de figurines se termine chronologiquement par des statuettes de l’époque achéme'nide ou parthe, modelées avec la même argile, mais qui revêtent tous les caractères de la décadence. Les formes sont plus négligées; quelquefois Istar, la déesse d’Erech, est représentée, dans ces figurines de terre cuite ou d’albâtre, à demi couchée sur un lit de festin, comme celui que décrit Hérodote dans le temple de Bel-Mardukà Babylone; elle a souvent la tête surmontée du croissant lunaire, son symbole, au centre duquel on a incrusté un grenat ou une autre pierre étincelante. Bref, ces grossières images de la déesse 1. Heuzey, op. cit., p. 2.

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voluptueuse condamnent à la fois l’art et les mœurs du peuple qui les a créées.

§ II. — Les métaux.

La métallurgie, déjà si développée chez les premiers

Chaldéens , atteignit son apogée sous les Sargonides.

Statuettes, bas-reliefs repoussés au marteau, vases et ustensiles de toute nature, armes et bijoux, il n’est aucune application des métaux précieux, du fer et du bronze que n’ait su trouver l’industrie ninivite. Dans les décombres du palais de Sargon, on a recueilli des objets de fer et de bronze : crochets, anneaux, chaînes, pioches, marteaux, socs de charrue, armes, débris de chars et outils de toute sorte. Au point de vue strictement artistique, nous avons signalé déjà les colonnes en bois revêtues d’écailles de bronze imbriquées

Fig. po. — Portes de Balawat.

Restitution. (Musée britannique.)

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de façon à imiter l’écorce du palmier. Le plus important des monuments assyriens en bronze qu’on ait jusqu’ici découvert sont les fameuses portes du palais de Salmanasar III (857-822) à Balawat. Ce sont des ban-

Fig. <?r. — Fragment d'une bande métallique des portes de Balawat.

des métalliques de om,26 de haut, avec des sujets repoussés en relief, représentant les expéditions de Salmanasar. Elles étaient appliquées horizontalement, de distance en distance, sur des vantaux en bois, qui pouvaient bien avoir 7 ou 8 mètres de haut : les scènes y sont reproduites av-ec la même aisance et les mêmes

détails que sur les dalles de calcaire :

on y voit des batailles, des paysages , des arbres, des rivières, des montagnes ; les personnages sont pourtant traités plus sommairement, la musculature accusée avec moins de précision et de finesse.

Chaque bande (fig. 91) est divisée en deux registres séparés par des rangées de rosaces qui simulent des têtes de clous. « A tout prendre, dit M. Perrot, malgré quelques défaillances, ces bandes de bronze sont un des ouvrages qui font le plus d’honneur à l’art assyrien1. »

La perfection que les artistes assyriens ont apportée dans la fabrication de certains vases de bronze fait de ces monuments de véritables chefs-d’œu- F's' 9?' ~ Arcl’eis assynuis'

(Bas-relief du Musée

vre. Des patères trouvées à Ni- britannique.)

nive, incrustées parfois d’or et d’argent, présentent, dans 1. Hist. de l'art, t. II, p. 627.

Fig. 92. — Coupe de bronze. Nimroud.

(Musée britannique.)

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un style exquis, sur leur paroi inte'rieure, des zones concentriques de rosaces, de festons symétriques de fi-

Fig. ç)^. — Formes variées du casque assyrien.

gures au trait ou en relie! (fig. 92). On y rencontre des symboles qui ont évidemment été empruntés à l’Egypte , comme le scarabée ailé, les figures d’Hathor et de Bès. Pareilles pour la forme, le métal, les incrustations d’or et d’argent , le choix même des sujets, aux coupes phéniciennes de Cypre (fig. 227 et 228), les patères de Ninive ne sont pas, pour la plupart, de fabrication assyrienne; appor-

Fig. 95. — Lion de bronze.

(Musée du Louvre.)

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tées là par le commerce phénicien, on peut croire qu’elles ont été fabriquées dans les ateliers de Tyr ou de Sidon, où se mariaient les traditions artistiques de

l’Egypte et de l’Assyrie. Ce qui,danstous les cas, est bien plus exclusivement assyrien , ce sont ces seaux en bronze que les bas-reliefs nous

Fig. 96. — sirène de bronze. montrent aux mains

Collection de M. de Vogué (face). , A ,

des prêtres ou des génies. Nousy distinguons des tètes de lion, des fleurs, d’élégantes rosaces, sur le fond, sur le bord ou au point d’attache des anses.

Les armes offensives des Assyriens sont l’arc et les flèches, la lance ou le javelot, la masse d’armes , l’épée, le poignard, le casque, la cotte de mailles, le bouclier; les béliers qui sapent les murs avaient leur carapace el leur éperon en métal. Ne dirait-on pas des chevaliers du moyen âge, de ces soldats assyriens coiffés d’un casque conique, tout couverts, sauf les bras, le nez et les yeux, d’une longue cotte de mailles de fer? La forme du casque de guerre assvrien varie suivant les temps et peut-être aussi les grades hiérarchi-

Fig. 97. — Sirène de bronze.

Collection de M. de Vogüé (revers).

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ques. Il y a le casque formé d’un bassin conique, sans ornement, le casque muni de paragnathides comme chez les Grecs, le casque orné d’un élégant cimier avec une aigrette de plumes ou de crin de cheval. Mais la forme essentielle est toujours celle d’un bassin hémisphérique, emboîtant la tête et laissant le visage à découvert. Un bouclier votif, conservé au Musée britannique, a, comme ceux que représentent les bas-reliefs, la forme d’un grand disque rond, bombé à sa partie centrale : ce disque de métal, qui a om,86 de diamètre, est orné, comme les patères, d’une rosace centrale et de plusieurs zones concentriques avec des

lions et des taureaux en Fig. 98. — Le démon du vent du

sud-est. Bronze. (Musée du Louvre.)

Les exemples qui précèdent accusent une industrie métallique très perfectionnée et en possession de tous les procédés techniques. Aussi croyons-nous qu’on doit attribuer à un malheureux hasard la pénurie ou nous sommes de statues ou statuettes de personnages humains ou de divinités assyriennes en bronze. On a pourtant dû en fabriquer beaucoup, comme dans l’ancienne Chaldée : ce qui le prouve bien, c’est cette grande tête de vache déterrée près de Bagdad et conservée au

Musée britannique 1 ; c’est aussi une statuette de lion trouvée à Khorsabad (fig. 9 5) ; elle a sans doute de graves défauts: une singulière disproportion entre la tête et le corps, les pattes de devant et celles de derrière ; mais quelle vérité d’expression dans cemufle àla gueule béante, dans ces griffes puissantes !

Une statuette de la collection de M.

de Vogüé, trouvée à Van, représente une sorte de sirène qui paraît avoir servi de plaque d’attache à un vase ou un meuble (fig.

96 et 97). L’aspect oriental de cette tête , ces cheveux bouclés, ces grands yeux, ces bracelets aux bras éten¬

Fig. 99. — Plaque de bronze.

Collection L. de Clercq (ire face).

dus sur les ailes, les plumes empennées avec art, font de ce petit monument une des plus précieuses reliques de l’art du bronze en Assyrie.

Le musée du Louvre possède la figure d’un monstre à quatre ailes, qui représente le démon du vent du sud-

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