Perrot et Chipiez, Hist. de Part, t.’II, p
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est, ainsi que nous l’apprend son inscription cunéiforme (fig. g8). Rien de plus hideux et de plus expressif que cette tête aux yeux flamboyants, à la gueule rugissante, au front cornu, aux doigts crochus, au
torse décharné , auxgriffesdelion.
Elle nous amène tout naturellement à citer une plaque de bronze de la collection de M. de Clercq, ou M. Clermont- Ganneau a reconnu une représentation de l’enfer assyrien.
L’une des faces (fig. 99) est occupée par un monstre à quatre ailes et à griffes d’aigles qui regarde par-dessus la plaque; sur l’autre face (fig. 100), on voit la tête du monstre, puis des tableaux disposés en quatre registres : en haut, les figures symboliques des astres ; plus bas, une file de sept personnages vêtus de longues robes et ayant des têtes de divers animaux : ce sont les génies célestes appelés Ighighs. Nous assistons ensuite à une scène funéraire : deux personnages à tête humaine, coiffés et vêtus
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Eig. 100. — Plaque de bronze.
Collection L. de Clercq (2e face).
ARCHEOLOGIE ORIENTALE.
d’une peau de poisson, comme le dieu Oannès (Anu), sont debout au chevet du lit d’un mort étendu et comme emmailloté dans une gaine à momie; plus loin, des monstres paraissent se quereller. La scène du registre
Fig. loi. • — Etendard, d’après un bas-relief de Khorsabad.
(Musée du Louvre.)
Collection de Vogué.
inférieur repose sur les flots de l’Océan, indiqué par des poissons. Dans une barque est un cheval agenouillé; sur son dos, un monstre tenant des serpents dans ses mains ; des lionceaux bondissent pour sucer le lait de ses mamelles; un autre monstre est debout sur le bord de l’Océan ; plus loin, des arbres et des débris de toute nature, comme les restes d’un festin. Il y a quelque
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mérite artistique dans plusieurs parties de cette curieuse scène. Le monstre de la première face est dessiné avec hardiesse et bien cambré.
Dans la ciselure d’un étendard royal (fig. ioi), l’artiste a véritablement atteint à la suprême habileté technique : les têtes de taureaux et les têtes de lions, affrontées le long de la hampe, sont des chefs-d’œuvre de goût, à proposer aujourd’hui comme des modèles. Dans les palais, on a retrouvé des débris de trônes formés d’appliques de bronze. Un des plus remarquables fragments, trouvé à Van, appartient à M. de Vogüé (fig. 102); la sculpture, bien fouillée, des pattes du lion accroupi, rappelle une statuette de bronze de Tello (fig. 26).
§ III. — Le bois et l'ivoire.
Aucun peuple de l’antiquité n’a poussé aussi loin que les Chaldéo-Assyriens le goût des meubles de luxe, qui sont, chez eux, aussi finement sculptés que les ustensiles de bronze les plus précieux. Nous ne saurons, sans doute, jamais autrement que par les témoignages littéraires, ce qu’étaient ces boiseries et ces lambris de cèdre sur lesquels s’expriment avec un enthousiasme si jaloux les prophètes d’Israël, et que les rois se vantent d’avoir fait exécuter, nous parlant, dans leurs inscriptions, de palais dont « les portes sont en ébène, avec des armatures en lames d’argent et en fer poli, les colonnes en bois de cyprès, les poutres en bois de cèdre sculptées par d’habiles artistes et revêtues de feuilles de métal ouvré ». Mais les sculptures des bas-reliefs
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placent sous nos yeux des meubles en bois où éclate la supériorité du génie assyrien et qui nous révèlent un peuple gorgé de richesses, chez lequel le luxe de l’ameublenient tient une place prépondérante. Les règnes animal et végétal sont exploités par les ébénistes avec une surprenante habileté, dans l’ornementation de ces tables, de ces escabeaux, de ces lits, de ces trépieds, de ces parasols, de ces chasse-mouches. Partout des mufles et des griffes de lion, des chèvres, des panthères, des taureaux, capricieusement disposés, mais toujours avec une harmonie parfaite et sans mauvais goût : les fleurs, les festons, les enroulements, les entrelacs, les rosaces, les figures géométriques, tout est d’une variété infinie, d’un équilibre parfait ; nulle part, ni en Egypte ni en
Grèce, on n’a fait mieux.
Le bas-relief (fig. 7 3) qui représente Assurbanipal faisant une libation en compagnie de l’une de ses femmes, nous montre l’ameublement intérieur de l’une des salles du palais.
Le prince est étendu sur un divan, la reine, assise sur un siège, un escabeau sous ses pieds; devant eux, une table. Ce lit sculpté, cette table, avec ses pieds en griffes de lion, cette chaise, chargée de sculptures et d'incru-
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stations d’ivoire, ne sont-ils pas aussi riches et aussi habilement sculpte's que ceux de nos plus somptueux salons parisiens? Un autre bas-relief (fig. io3) représente une tente dressée en pleine campagne, probablement dans une expédition militaire; c’est une simple écurie, semble-t-il. Voyez l’élégance de ces colonnettes de bois, ornées, sur leur fût, de dessins géométriques, terminées en fleurons épanouis, sur lesquels sont posés de sveltes bouquetins, prêts à bondir. Le bois formait le corps de ces sièges, de ces coffrets, de ces tabernacles et disparaissait plus ou moins complètement sous les appliques de bronze ou d’or, les incrustations d’ivoire, de verres de couleur, de lapis-lazuli, de pierres brillantes, ou, enfin, les couvertures brodées et les tapis. Au camp de Lachis, Sennachérib est assis sur un trône, dont les côtés sont formés de trois zones de personnages, levant les bras, pour soutenir les traverses.
Le bois entrait pour la partie essentielle dans la construction des chars, dont les roues ont des jantes façonnées au tour, dont la caisse est d’osier tressé, et dont le timon, dessinant une courbe gracieuse, se termine par une élégante tête de cheval, de cerf, de taureau, de lion, de cygne. Les armes elles-mêmes, lances, poignards, arcs, ont des hampes, des poignées, des man-
Fig. 104. — Le trône de Sennachérib. Bas-relict.
(Musée britannique )
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ches, sculptés en figures d’animaux accroupis, dormant, bondissant, repliés sur eux-mêmes dans les poses les plus capricieuses, comparables aux figures que
dessinaient et sculptaient les ornemanistes du moyen âge.
Ces objets, d’ailleurs, ne sont pas toujours en bois; le plus souvent, peut-
Fig. ,oS. - Char assyrien être, ils sont en OS
(d’après un bas-relief).
ou en ivoire, comme le prouvent les tablettes d’ivoire et les objets de toilette, peignes et épingles, que les fouilles ont mis au jour1.
Mais à côté de ces bibelots de style ninivite, il en est d’autres qui, bien que trouvés en Mésopotamie, paraissent d’origine exotique. Témoin cette plaque d’ivoire recueillie à Nimroud, et qui a été certainement incrustée sur un meuble (fi g. ro6). Le relief en est accentué, le travail très achevé; le personnage, qui tient dans sa main une grande tige de lotus, a des cheveux en boucles étagées comme ceux d’un Éthiopien, et il a l’urœus égyptien sur le front. Une autre tablette de Nimroud représente une tête de femme, les cheveux arrangés à la mode égyptienne. Elle est
Fig. io 6.
Plaque d’ivoire.
(Musée britannique.)
i. Perrot et Chipiez, op. cit., t. II, p. 532 et 758.
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dans un cadre qui simule une fenêtre, avec une balustrade dont les chapiteaux, d’un style original, paraissent avoir été chargés de couleurs. Une statuette d’ivoire de la déesse Istar, trouvée à Nimroud, a la même coiffure lourde, étagée et reposant sur les épaules : c’est encore le style égyptien avec une exagération de naturalisme dont les Phéniciens sont seuls coutumiers. Nous pouvons conclure que ces pièces d’ivoire ont été fabriquées comme les coupes de bronze, dans les ateliers de la Phénicie. Delà, les caravanes transportaient tous ces menus objets jusqu’à Ninive : nous savons que les marchands de Tyr et de Sidon avaient de nombreux comptoirs jusqu’au cœur même de la Mésopotamie. Le commerce phénicien fut le grand véhicule de l’art égyptien et de l’art assyrien.
§ IV. — Le cuir et les étoffes.
L’art de la broderie et de la tapisserie, que nous avons vu si développé dans la Chalde'e primitive, et dont le costume de Marduk-nadin-akhi nous a fourni un si remarquable exemple, n’a cessé de prospérer pendant toute la durée de l’empire ninivite, et il était plus florissant que jamais à Babylone au temps de Nabuchodonosor. Peut-on imaginer un vêtement plus riche que celui que porte Sargon ou Sennachérib? Y at-il, aujourd’hui même, des broderies et des tapisseries plus remarquables, d’une plus merveilleuse finesse, d’un goût plus exquis ? Les étoffes d’Assyrie sont célèbres, dans tout le monde antique, par la beauté de leurs
teintes multicolores et surtout par les merveilleuses broderies que le ciseau du sculpteur assyrien a si finement rendues. Toute cette ornementation où figurent des personnages en adoration devant la plante
de vie ou le symbole de la divinité suprême, des génies qui luttent avec des lions, des combats d’animaux, la pomme de pin mystique, des fleurs et cent dessins variés, disposés avec élégance et symétrie, révèle une habileté de main extraordinaire. L’histoire, la mythologie , la botanique, la zoologie réelle ou fantastique sont exploitées avec une inimitable perfection, et nous sommes contraints de prendre à la lettre ce que racontent les auteurs anciens relativement aux tapisseries qui décoraient les chambres des palais. Dans la salle du festin donné par Assuérus, roi de Perse, il y avait, suivant le livre d’Esther, des tentures de bleu
Fig. 107. — Senuachérib offrant une libation. (Bas-relief du Musée britannique.)
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céleste, de vert et d’hyacinthe, reliées par des cordons de fin lin et des rubans écarlates à des anneaux d’argent et à des colonnes de marbre. Dans la description d’un tableau représentant les aventures de Thémistocle, Philostrate l’Ancien parle aussi des sujets variés que les Babyloniens brodent sur leurs étoffes, des fils d’or
Fig. 108. — Cavalier richement caparaçonné. (Bas-relief du musée du Louvre.)
habilement mêlés au tissu; nous avons vu que l’étoffe babylonienne appelée kaunakès, et caractérisée par des étages de longues franges, était célèbre encore chez les Perses et les Grecs. Pline le Naturaliste revendique pour les tapissiers de Babylone l’honneur d’avoir su, mieux que tous leurs émules des autres pays, fondre avec art les couleurs et y reproduire des figures. « En effet, dit M. E. Müntz, les mots de tapisseries babyloniennes, babylonica peristromata , reviennent à
jS2 ARCHEOLOGIE ORIENTALE.
chaque instant sous la plume des poètes latins, qui n’ont pas assez d’éloges pour les célébrer. Les amateurs de Rome achetaient ces tentures au poids de l’or. Métellus Scipion dépensa 800,000 sesterces pour des triclinaria babylonien. Néron paya, pour ces mêmes étoffes, une somme encore plus élevée : 4 millions de sesterces. 1 » Ainsi, l’Orient qui est, jusqu’à nos jours, demeuré la terre classique de la broderie et de la tapisserie, n’a fait que perpétuer les traditions que lui léguèrent en mourant Ninive et Babylone.
L’industrie de la sellerie et de la cordonnerie, qui, aujourd’hui encore, est si florissante chez les Turcs, les Persans et les Arabes, remonte traditionnellement aux Assyriens, qui l’ont élevée jusqu’à l’art. Voyez le harnachement des chevaux attelés au char des rois. Les lanières de cuir, piquées de fils jaunes et rouges, forment des passementeries multicolores. Parfois, une bande de cuir traversant le poitrail et attachée sur le garrot, est ornée d’une double rangée de glands et terminée par des grelots. Une autre bande brodée descend du sommet de la tête et soutient, sous la mâchoire, un gland formé de trois houppes superposées et également ornées de sonnettes. Au-dessus delà tête s’élève un superbe panache à triple aigrette. La têtière est décorée de rosaces, et au-dessus des yeux du cheval, il y a un bandeau formé d’écailles imbriquées et se joignant à la têtière par un double gland. Il n’est pas jusqu’à la courroie qui soutient le mors et celle qui passe sous le naseau qui ne soient rehaussées de rosaces et de passementeries écla-