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CHAPITRE PREMIER

l’art chaldéen

La vaste région de l’Asie occidentale à laquelle les Grecs ont donné le nom de Mésopotamie fut, dès l’époque des plus lointains souvenirs de l’humanité, le centre d’une civilisation puissante, rivale de celle de l’Egypte, et qui dispute à cette dernière la gloire d’avoir été le berceau des arts dans l’antique Orient. Babylone et Ninive furent tour à tour, au gré des événements politiques, le foyer intellectuel où s’alluma le génie original et hardi qui caractérise les œuvres artistiques de la Chaldée et de l’Assyrie et dont le reflet se manifeste dans les monuments de la Perse, de la Judée, de la Phénicie et de Carthage, de l’ile de Cypre et des populations héthéennes. Cependant, ce n’est ni dans la capitale de la Chaldée ni dans celle de l’Assyrie qu’on a, jusqu’ici, retrouvé les plus anciens vestiges de cette grande civilisation, morte depuis vingt-quatre siècles; ce n’est pas sur les ruines de ces villes fameuses

que nous pouvons entendre comme un écho des premiers vagissements du génie de la plastique, assister à ses tâtonnements, toucher du doigt ses plus informes essais. Dans le pays, jadis si fertile, qu’on appelle la basse Chaldée, et où, suivant la tradition nationale conservée par Bérose, le dieu-poisson Oannès avait, dès l’origine du monde, enseigné aux hommes « tout ce qui sert à l’adoucissement de la vie », le voyageur rencontre, presque à chaque pas, des monticules artificiels connus sous le nom de tells, qui dissimulent sous un voile de poussière les débris de cités qui ne le cèdent en antiquité ni à Babylone ni à Ninive : c’est là que les archéologues modernes ont eu la bonne fortune d’exhumer des débris bien autrement anciens que ceux des palais de Sargon, d’Assurbanipal ou de Nabuchodonosor. Quoique de nombreux tumulus demeurent encore inexplorés et que l’on puisse conjecturer que les fouilles de l’avenir, en Chaldée, renouvelleront la science, néanmoins des découvertes importantes et déjà nombreuses jettent une vive lumière sur les origines orientales de l’art et sur le degré de culture matérielle ou était parvenu le peuple qui fonda Babel et les autres villes chaldéennes de la Genèse. Les ruines d’Abu- Habbu, identifiées avec les deux Sippara (Sepharvaïm, celle du dieu Samas et celle de la déesse Anunit), ont livré à notre curiosité quelques monuments du plus haut intérêt; celles d’Abu-Sharein (Eridu), de Senkereh (Larsa), de Mughéir (Ur, la patrie d’Abraham), de la grande nécropole de WarkajUruk, l’Erech biblique), sont autant de sites qui ont déjà fourni une importante moisson de débris des âges les plus reculés, quelque

L’ART CHALDEEN.

incomplète qu’ait été leur exploration. Mais les fouilles considérables et méthodiques entreprises, de 1877 à r 88 r , par M. E. de Sarzec à Tello (Tell-Loh), en enrichissant le Louvre d’une collection de monuments qui n’ont leur pendant dans aucun autre musée de l’Europe, permettent de se rendre, dès à présent, un compte exact et précis de ce qu’étaient l’architecture et la sculpture en Chaldée, longtemps avant que Ninive et Babylone eussent réussi à imposer leur domination à ce pays. Tello, à quinze heures au nord de Mughéir, à douze heures à l’est de Warka, paraît représenter l’ancienne Sirpulla. Ses ruines, qui s’étendent sur un espace de sept kilomètres, forment une série de monticules, à peu de distance du cours d’un canal antique creusé de main d’homme, le Chatt-el-Haï, qui part de l’Euphrate pour déboucher sur le Tigre, à douze heures au-dessous de Bagdad. Le tell principal renfermait les substructions d’un palais qui fut, deux ou trois mille ans avant notre ère, la demeure d’un prince auquel les assyriologues donnent le nom de Gudéa. C’est là principalement que nous allons nous transporter, ainsi que sur les tertres de Mughéir, de Warka, d’Abu-Sharein, ou les explorateurs anglais Loftus et Taylor ont pratiqué quelques fructueux sondages. Le récit de ces excavations et les monuments qu’elles ont procurés à nos musées vont nous servir à déterminer les traits particuliers d’un art essentiellement fils de ses œuvres, né spontanément sur le sol ou il a fleuri, et qui paraît n’avoir été, à aucun degré, tributaire de ses voisins.

§ I. — L’architecture.

Un des caractères fondamentaux de l’architecture chaldéo assyrienne est l’usage exclusif de la brique comme élément de construction. Il est imposé par la nature même du sol de la Mésopotamie où la pierre à bâtir et le bois de 'charpente font absolument défaut, tandis que l’argile y est épaisse, grasse et particulièrement propre à être façonnée au moule et cuite au four. Aussi, tandis que les habitants modernes du pays continuent à pétrir des briques, cette fabrication est déjà consignée dans les souvenirs bibliques relatifs à la tour de Babel : « Allons, disent les hommes qui voulaient bâtir une tour qui s’élevât jusqu’au ciel, faisons des briques et cuisons-les dans le feu. Et la brique leur servit de pierre et le bitume de ciment1. » Le prophète Nahum nous apprend comment on procédait pour fabriquer la brique : « Puise de l’eau, dit-il, ramasse de l’argile et pétris-la avec tes pieds 2. « Il y avait deux espèces de briques. La brique crue est un carreau d’argile blanchâtre, mélangée avec de la menue paille et simplement séchée au soleil en sortant du moule; on lui donnait en général de 20 à 3o centimètres de côtés sur 10 d’épaisseur. Le mois d’été où la chaleur commence, dans ces régions, à devenir intolérable, celui de Sivan (mai-juin), était appelé « le mois de la brique » : c’était celui où l’on soumet-

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