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CHAPITRE V

l’art perse

Les plus anciens monuments de la Perse ne remontent qu’au règne de Cyrus (549-529). Pour l’époque antérieure, temps oü la Perse n’était qu’une satrapie de l’empire des Mèdes, s’il existait un art perse, les vestiges n’en ont pas encore été retrouvés. Quant à Part mède, nous ne le connaissons guère que par un cylindre du Musée britannique qui porte une inscription médique ; on y voit un cavalier qui lutte contre un lion : la haute tiare du personnage est caractéristique, mais le lion est copié sur un cylindre ninivite (fig. 1 14). Sans doute, ce monument ne suffirait pas, à lui seul, pour établir que l’art mède était tributaire de l’art assyrien; mais la description qu’Hérodote nous a

Fig. nq. — Cylindre médique (d’après J. Menant).

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transmise de la forteresse d’Ecbatane confirme cette hypothèse. D’autre part, il est naturel de croire que les Perses, vassaux, puis héritiers politiques et religieux des Mèdes, auraient emprunté à ces derniers quelques traditions artistiques, si l’art mède avait eu la moindre originalité propre. Or, si une triple action extérieure, chaldéo-assyrienne, égyptienne, gréco-ionienne, se manifeste dans les œuvres perses, il n’y arien qu’on puisse rapporter à une influence mède.

Les monuments de la dynastie achéménide se trouvent réunis dans trois sites principaux, qui possèdent chacun, un ensemble de ruines assez complètement explorées : Suse, oü les Achéménides sont venus, avec Darius et ses successeurs, élever leurs palais sur les débris de ceux de la vieille capitale de l’Élam, détruite par l’Assyrien Assurbanipal; Persépolis, dont les imposants débris forment deux groupes appelés aujourd’hui Taktè-Djemschid et Nakchè-Roustem ; enfin, les ruines accumulées à Méched-Mourgab et à Madrè- Soleiman, villages persans de la vallée du Polvar, sur la route qui va d’Ispahan à Chiraz : c’est là, sans doute, qu’il faut placer la ville de Parsagade.

§ I. — L’architecture civile.

Lorsque Cyrus se fit bâtir, dans la vallée du Polvar, sa nouvelle capitale de Parsagade, il avait achevé la destruction du royaume de Crésus, fait la conquête de l’Asie Mineure, et il était maître de Babylone : la date précise des monuments de Méched-Mourgab est fixée par les inscriptions cunéiformes, qui, toutes en

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l’honneur de Cyrus, sont rédigées à la fois en perse, en médique et en assyrien, ce qui ne permet pas de les placer avant la conquête de la Chaldée en 538. Dans ses promenades victorieuses à travers des contrées bien éloignées du plateau du Fars, sa patrie, comme en Mésopotamie, en Lydie et sur les côtes d’Asie Mineure, Cyrus put contempler des monuments qui l’étonnèrent par leur architecture, des palais qui lui parurent bien autrement beaux que ceux qu’avaient habités jusque-là ses pères, dont la réputation de simplicité et d’austérité était proverbiale. Il eut l’idée de se construire une demeure royale aussi somptueuse que celles de Crésus et de Nabonid, et de transporter au cœur de la Perse l’architecture babylonienne et l'architecture hellénique de l’Asie Mineure. Ses succès militaires le secondèrent merveilleusement dans cette entreprise. Les prisonniers de guerre qu’il fit à Babylone et dans les villes grecques de l’Ionie furent les ouvriers de son palais, et quant aux architectes, il embaucha, en les comblant de richesses et d’honneurs, ceux qu’il ne put emmener de force. Les successeurs de Cyrus continuèrent, eux aussi, à faire appel aux artistes de la Grèce, dont on a, d’ailleurs, souvent remarqué les déplacements volontaires. Ainsi, par exemple, Pline cite un fondeur de bronze, Téléphanès de Phocée, qui passait aux yeux des contemporains pour le digne émule de Polyclète, de Myron et de Pythagoras, et que les rois de Perse, Darius et Xerxès, attirèrent à leur cour, ou il travailla pendant la plus grande partie de sa carrière1.

1. Heuzey, dans la Revue politique et littéraire, 1886, p. 661.

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Les constructions commencées par Cyrus à Parsagade, et qui ne furent jamais achevées à cause de sa mort qui vint brusquement interrompre les travaux, sont inspirées à la fois de l’art hellénique et de l’art assyrien : rien qui puisse être rapproché des types architecturaux de l’Egypte, que les conquérants perses n’avaient pas encore envahie. Les palais ont des terras-

Fig. iis. — Terrasse du palais de Cyrus (d’après Dieulafoy).

ses comme ceux de Ninive et de Babylone, mais ces soubassements sont bâtis à la grecque. Le monument que les Persans modernes appellent Taktè-Madrè-Soleiman, « trône de la mère de Salomon », n’est autre chose que la terrasse du palais de Cyrus (fig. 1 1 5). C’est une construction bâtie en pierres de grand appareil, dans laquelle le mortier est remplacé par des crampons de fer. Les parements sont rarement bouchardés, mais seulement ébauchés et entourés d’une double ciselure comme l’appareil à refends et à bossage. Les assises sont des rangées alternantes de carreaux et de boutisses. Le noyau de la construction est un rem-

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plissage de moellons disposés en Llits horizontaux, toujours de niveau avec les parements.

M. Dieulafoy1 remarque que les Lydiens mettaient en pratique ce mode de constructrion dès le vme siècle avant notre ère. Les Assyriens ne procédaient pas de la même manière : à Khorsabad, par exemple, aucun crampon ne -relie entre elles les pierres du parement ; le mur est droit et absolument vertical, tandis que, dans le Taktè-Madrè-Soleiman, les assises supérieures sont disposées en retrait les unes au-dessus des autres comme des gradins, afin de donner de l’empattement à la base. Sur la plus grande partie des parements, on a relevé des marques de pose que les tailleurs de pierre y ont gravées pour reconnaître la place des blocs taillés : ces marques sont des signes conventionnels qui n’appartiennent, il est vrai, à aucun alphabet, mais qui, chose digne de remarque, sont les mêmes que celles qu’on a relevées sur des édifices grecs.

Les palais de Persépolis ont été ü élevés par Darius et Xerxès cinquante M ans seulement après ceux de Parsagade; mais, dans ce court intervalle de temps, l’Egypte i. L’Art antique de la Perse, 1. 1, p. 8.

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1 ig. 116, Soubassement de Persépolis (d’après Flaodin et Coste; Perse ancienne).

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avait été conquise par Cambyse : les monuments des Pharaons vont désormais, au même titre que ceux de l’Assyrie et de l’Asie Mineure, exercer une influence directe sur l’art perse, qui groupera et rapprochera ces éléments disparates plutôt qu’il ne saura les fondre ensemble et les assimiler à ses facultés propres. Persépolis est encore debout en très grande partie, et ses ruines, qui se dressent au milieu d’un vaste amphithéâtre de rochers de marbre gris, sont l’objet de l’admiration enthousiaste de tous les voyageurs. Les palais sont établis au-dessus d’une terrasse bâtie sur le modèle de celle du Taktè-Madrè-Soleiman. Le revêtement extérieur de ce soubassement est construit en très grand appareil, et les moellons, assemblés sans mortier, sont reliés par des crampons de fer. Mieux conservées que les ruines de Parsagade, celles de Persépolis nous permettent de pousser plus loin la reconstitution des formes principales de l’architecture achéménide. On montait à la terrasse des palais persépolitains par un escalier de cent onze marches, assez large pour que dix hommes pussent le gravir de front; une route en pente douce, ménagée sur un des côtés de la terrasse, permettait l’accès aux voitures : c’est exactement, sauf pour les matériaux et le mode de construction, la terrasse des palais assyriens. La crête de la plate-forme était, comme à Khorsabad, couronnée d’une rangée de créneaux. Ce qui est particulier au tertre artificiel appelé Takté-Djemschid par les Persans, c’est qu’il n’est qu’un immense soubassement supportant lui-même trois autres terrasses moins étendues en superficie. Ces terrasses sont inégales en hauteur et communiquent

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Fig. 117. — Portes et fenêtres du palais de Darius (d’après Dieulafoy).

reaux androcéphales, analogues à ceux de Ninive. Audessus de la plus élevée de ces trois plates-formes

entre elles : on y accède par des escaliers en pierre. Le grand escalier, conduisant à la seconde plate-forme, est orné d’une colonnade et flanqué de gigantesques tau-

étaient bâtis quatre palais, où l’on a retrouvé les noms de Darius, de Xerxès et d’Artaxerxès Ochus.

Dans les édifices de Persépolis et de Suse, la baie des portes et des fenêtres affecte la forme d’un parallélogramme rectangle, et dans leur décoration architecturale on reconnaît, à côté de l’influence traditionnelle de la Chaldée et de l’Assyrie, le nouvel élément exotique que nous avons signalé plus haut : l’intrusion de l’art pharaonique. Les portes, encadrées de trois listels gréco-ioniens, en saillie les uns sur les autres, sont surmontées, ainsi que les fenêtres, d’un couronnement égyptien qui s’appuie sur une ligne d’oves et de disques alternés. Dans l’embrasure des portes, des sculptures en relief, copiées sur celles des palais chaldéo-assyriens, nous montrent le roi luttant corps à corps avec un lion ou un animal fantastique, ou bien le roi assis sur son trône et rendant la justice à la porte de son palais, ou enfin le prince qui s’avance solennellement entouré de ses officiers et revêtu de son costume de cérémonie.

M. Dieulafoy1 a reconnu que le plus grand nombre des fenêtres étaient condamnées pour atténuer l’air et la lumière dans l’intérieur des chambres; ces fenêtres, closes par une construction moins épaisse, formaient extérieurement des niches qui rompaient la monotonie de la façade. Portes, fenêtres, escaliers, pilastres disposés aux angles, sont en calcaire blanc ou en porphyre gris bleuté; mais les murs encadrés par ces éléments architectoniques sont en brique cuite, avec un revêtement de faïence émaillée.

i. L’vlrf antique de la Perse, t. II, p. 87.

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■ L’architecture des palais achéménides comporte comme supports, le pilier et la colonne. Dans les ruines de Parsagade, on ne voit actuellement debout que trois piliers et une colonne dont la hauteur dépasse encore 1 1 mètres.

Mais à Persépolis et à Suse, la colonne persépolitaine, si élancée et si originale, a pu être étudiée dans toutes ses variétés. On la trouve partout, mais notamment dans la grande salle d’honneur ou apadâna des palais. Elle a, en hauteur, treize fois son diamètre à la base : sa gracilité révèle l’imitation en pierre d’une architecture originairement faite avec des Fig. n 8. - Chapiteau persépolitain

. (d’après Dieulafoy).

bois légers. L apadâna du palais de Xerxès à Persépolis, situé sur la terrasse intermédiaire, couvrait une étendue de près de cinq mille mètres carrés, et son toit était supporté par cent colonnes. Sur la façade antérieure régnait un portique gardé par deux gigantesques taureaux à tête humaine, engagés en partie dans la con-

struction, comme ceux des portes des édifices assyriens. L’apadâna du palais d’Artaxerxès à Suse (fig. 1 1 g) avait des proportions non moins gigantesques, avec un double portique sur trois de ses côtés; il couvre une superficie de 7,000 mètres carrés. Les colonnes n’ont pas

moins de i m, 5 8 de diamètre; légèrement coniques, elles se composent de longs tambours cylindriques placés bout à bout, la base et le chapiteau détachés du fût.

On peut en distinguer deux variétés 1. Le type le plus simple se constate dans les salles intérieures du palais de Xerxès à Persépolis. La base est formée de deux tores superposés placés sur un socle carré; le fût est orné sur tout son pourtour de quarante-huit cannelures juxtaposées; le chapiteau comprend un long col d’ornements empruntés à l’architecture de l’Egypte; il se développe en plusieurs étages de campanules et de volutes enroulées en sens inverse et au-dessus desquelles sont disposées en sommier, dans le plan des entrecolonnements, deux avant-corps de taureaux : c’est le chapiteau bicéphale, si caractéristique de l’architecture achéménide et qui n’a été employé qu’en Perse. D’autres colonnes diffèrent, mais seulement par leur base, de celle que nous venons de décrire : le double tore qui supporte le fût n’est plus placé sur un socle

Fig. ny. — Plan de VApadâna d’Artaxerxès (d’après Dieulafoy).

. Dieulafoy, op. cit., t. II, p. 8o.

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carré, mais sur un tambour cylindrique, décoré de vingt-quatre stries verticales, et qui s’élargit graduellement dans sa partie inférieure, de manière à présenter la forme d’une doucine très allongée ou d’une cloche.

Fig. no. — Chapiteau susicn restauré.

(Musée du Louvre.)

A Suse, au lieu de stries, l'ornement de la base est parfois formé d’un élégant feuillage renversé (fig. 121). L’étude comparative de la colonne achéménide avec celle des monuments de l’Egypte et de la Grèce a conduit M. Dieulafoy à conclure que les profils de la

colonne persépolitaine sont égyptiens, mais que la structure en est composée d’éléments gréco-ioniens. Ces volutes, ces chapelets d’oves, ces tores de la base étaient déjà devenus classiques dans le monde hellénique, longtemps avant Cyrus, puisqu’on les trouve partout, à Mycènes, à Ségeste, àSélinonte, en Attique et en Ionie; ici encore, on est forcé de reconnaître que l’architecte, même lorsqu’il copie des motifs égyptiens ou assyriens, est imbu des principes de l’art hellénique.

Outre les colonnes, les palais persépolitains et susiens avaient des pilastres placés dans le prolongement des façades, à l’extrémité des portiques. Sur la façade du palais de Darius à Persépolis, on voit deux pilastres carrés en porphyre, d’une conservation si parfaite qu’à leur partie supérieure ils ont encore les entailles pratiquées pour la pénétration des pièces de charpente de l’entablement. Ils suffiraient à prouver, si on ne pouvait s’en assurer autrement, que, dans ces constructions, les colonnes, très espacées, élancées, grêles, ne supportaient pas des architraves en pierre, mais en bois. C’étaient des poutres énormes qu’on alignait dans le plan de la colonnade etqui, allant de chapiteau

Fig. i2i. — Base de colonne (d’après Dieulafoy).

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en chapiteau, et place'es dans des rainures ménagées à cet effet, contribuaient à donner de l’homogénéité et de la solidité à la construction. Sur ces grandes poutres, on disposait les solives du toit, puis un plancher plat qui ne comportait ni terrasse ni second étage.

11 importe de ne point perdre de vue que les palais dont nous venons de décrire les éléments constituent une architecture officielle implantée en Perse par les

Fig. 122. — Façade de 1 ’Apadâna d’Artaxerxès. (Restitution de M. Dieulafoy.)

rois des rois épris des monuments qu’ils avaient pu contempler en Egypte, en Assyrie, en Asie Mineure. Née du caprice des souverains, cette architecture d’importation étrangère n’avait pas de racines dans le pays, et n’était pas commandée par la nature du sol et les nécessités de l’existence sur le plateau montagneux de la Perse : elle disparut avec la dynastie achéménide. Mais à côté de cette architecture conventionnelle, il y avait celle qu’avait créée l’habitant du pays, parce qu’elle s’était imposée à lui comme une condition de la vie. Tout aussi bien que les gens de la Chaldéeet de l’Assyrie, les Perses durent connaître les habitations voûtées, les seules capables de les protéger contre les rayons d’un soleil trop ardent; ils bâtirent aussi, au

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moins dans les cantons de la Susiane, des maisons à terrasse, supportées par des poutres en bois de palmier et un clayonnage disposé au-dessus de chambres aussi étroites que des couloirs. Strabon nous le dit en parlant de la Susiane : « Pour protéger les appartements contre l’excès de la chaleur, on en recouvre les toits de deux coudées, de terre; le poids de cette terre oblige à construire toutes les maisons étroites et longues, parce que si l’on ne dispose pas de poutres très longues, il n’en faut pas moins avoir des chambres spacieuses; autrement, on y étoufferait. » Aujourd’hui encore, les conditions climatériques du pays n’ayant pas changé, la manière de bâtir les maisons est la même que celle qui fut mise en pratique par les antiques habitants de l’Iran. Le voyageur y rencontre, suivant la richesse de chacun, des maisons surmontées de voûtes, de coupoles et de terrasses merveilleusement appropriées aux exigences locales. Il est donc bien certain que les Iraniens contemporains des Achéménides connurent la voûte et la coupole comme leurs voisins des bords du Tigre.

Mais les voûtes et les coupoles de la Perse, plus favorisées que celles qui s’élevaient au-dessus des constructions mésopotamiennes, sont-elles parvenues jusqu’à nous, au moins par quelques exemples? M. Dieulafoy le croit. Les ruines réputées sassanides de Sarvistan, de Firouz-Abad, de Ferachbad remonteraient, d’après lui, jusqu’à l’époque achéménide. C’est néanmoins avec une certaine réserve, au point du vue chronologique, que nous parlons, ici, de ces monuments où l’on constate encore aujourd’hui des coupoles en briques sur pendentifs, coupoles qui ont

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3o mètres de haut et i5 mètres de diamètre, des voûtes en berceau, des voûtes en tiers-point pareilles, presque, à celles de nos e'glises gothiques du xiu° siècle, enfin tous les éléments de l’architecture sassanide et byzantine. En revanche, la décoration de ces édifices paraît avoir été singulièrement pauvre; à Sarvistan, les colonnes intérieures sont lourdes et mal taillées, la corniche qui règne à la naissance des voûtes se compose seulement d’un ornement en dents de scie; les murs intérieurs devaient être enduits de peinture rouge ; les murs extérieurs étaient lisses, et la façade même ne comportait comme décoration que des groupes de demi-colonnes engagées dans la maçonnerie. On ne nous signale pas, dans ces ruines, les moindres vestiges de briques émaillées et en relief ou de ces dalles de revêtement avec des sculptures imitées de l’Assyrie, éléments si caractéristiques de l’art achéménide. Ces réflexions s’appliquent même au monument de Firouz-Abad dont la décoration architecturale a conservé, peut-être seulement par tradition, des éléments d’origine persépolitaine.

§ II. — La sculpture.

En sculpture, plus encore qu’en architecture, on se rend bien compte de la triple influence chaldéo-assyriennc, égyptienne et gréco-ionienne, qui domine dans les œuvres achéménides. Comme les sculptures des palais ninivites, celles de Parsagade et de Persépolis sont à saillie faible et plate, les figures placées toujours de profilet disposées de manière à former le

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revêtement inférieur des murs Quanta l’exécution, on y sent le ciseau d’un artiste grec, ou qui a été à l’école des Grecs. M. L. Heuzey1 rappelle qu’il exista en Thessalie une école grecque archaïque, particulièrement florissante, dont les produits, comme le bas-relief connu sous le nom de 1 "'Exaltation de la fleur, ont une grande analogie, dans les détails et le fini du travail, avec les sculptures persépolitaines et susiennes; ce sont les mêmes draperies à plis larges et plats, les mêmes procédés pour traiter les muscles de la figure et des membres.

La plus ancienne sculpture perse qu’on connaisse est le fameux basrelief qui nous a conservé le portrait en pied de Cyrus lui-même (fig. 123). Cyrus, Iranien d’origine, ressemble à un Européen, quant au visage : il n’a rien de commun avec les figures égyptiennes et assyriennes; le haut de la tête est chauve ou rasé, la barbe légèrement frisée, les cheveux courts et nattés. Mais tout le reste, dans cette figure royale, est d’importation étran-

Fig. J2j. — Cyrus. Bas-relief (d’après Dieulafoy).

i. Revue politique et littéraire , 1 886, p. 66 1.

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gère. Sa tête est surmontée d’un triple disque environné d’uræus à l’instar des divinités égyptiennes; le roi est muni de quatre ailes comme les génies assyro - chai déens, et ces ailes, à rangs de pennes imbriquées, sont semblables à celles des génies ninivites.

Il n’est pas jusqu’à la robe .dont le bord ne soit orné d’une large frange assyrienne; enfin le roi tient dans sa main droite une statuette dont la coifure est surmontée de l’u-

rœus égyptien. Fig. 124. — Bas-relief de Persépolis

Après lepor- (d’après Flandin et Coste).

trait de Cyrus viennent chronologiquement les basreliels de Persépolis. Ce sont parfois des épisodes de l’épopée chaldéo-assyrienne d’Isdubar qui, imitée non seulement en Perse, mais dans le monde hellénique,

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a donné naissance aux légendes d’Hercule et de Thésée, si souvent traduites sur les monuments grecs archaïques. Plus loin défilent les officiers de la cour (fig.

1 26), les satrapes tributaires, ou bien c’est le rois des rois lui-même, calme et impassible, qui, semblable à un colosse que rien n’effraye, plonge, sans sourciller, son poignard sous l’aisselle d’un lion, d’un taureau ou d’un animal fantastique qui se dresse devant lui sur ses pat-

r Fig. 125. — Bas-relief de Persépolis

tes de derrière, (d’après Flandin et Coste).

tout prêt à le dévorer. La musculature exagérée du fauve

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ne trahit-elle pasune copieservile des monstres assyriens? Ailleurs, sur le mur qui borde l’escalier du palais de Darius, un lion dévore un taureau (fig. 1 25) ; il le mord à la cuisse et lui enfonce avec rage sa puissante griffe sur les reins. Si la vérité de l’attitude des deux animaux nous saisit, ellenous rappelle , en même temps, les cylindres chaldéo - assyriens oü un pareil sujet est reproduit. Plus loin , sur ce même mur de soutènementde l’escalier , des serviteurs montent fictive ment les marches, les mains chargées de présents de toute Fig'. 12 6. — Bas-reiief de Persépoüs

nature qu’ils (d’après Flandin et Coste).

vont offrir au roi des rois; les tableaux assyriens comportent des scènes analogues. Il faut en dire autant du bas-relief de la porte centrale du palais de Darius, oü l’on voit ce prince suivi de deux serviteurs, l’un tenant le parasol et l’autre le chasse-mouches (voy. fig. 1 17); que defois cesujet ne se renouvelle-t-il pas surles murs nini-

vites, avec cette même particularité naïve que le roi est représenté, comme les héros grecs, avec une taille colossale par rapport aux personnages de sa suite, afin de bien faire ressortir sa supériorité et sa force? Sur un

des murs de Vapadâna du palais de Xerxès, le prince assis sur un trône élevé, la tête sous un dais, les pieds sur un escabeau, est entouré de ses gardes. Il reçoit un personnage de haut rang, un satrape, sans doute, qui lui apporte sur son épaule, le tribut de sa province. Dans les registres inférieurs sont alignées des files de soldats perses, composant probablement la fameuse garde des Immortels; ils portent la lance, l’arc et le

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carquois, l’épée au côté. Le trône a une forme tout assyrienne. « Le dais, fait en étoffe, dit M. Dieulafoy1, est orné d’un dessin très curieux. Chaque pente se compose de deux litres semblables lourdement brodées. A une litre couverte d’anthe'mions succède une bande décorée de taureaux pareils à ceux qui garnissent

la corniche des tombeaux royaux; au centre apparaît l’emblème ailé d’Ahura-Mazda. La litre inférieure se termine par un galon couvert d’anthémions et par une frange épaisse; des coins ronds garnissent les angles. La superposition des emblèmes ailés donne à cette draperie l’aspect d’une tente égyptienne, mais la pro-

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