Coste et Flandin, Perse ancienne, pl
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et les plus déserts : c’étaient de grandes tours rondes appelées dakhmas , construites en maçonnerie et ne comportant aucun ornement architectural, même autour du couronnement. Ces tours supportaient un clayonnage en bois sur lequel on déposait les cadavres; les oiseaux de proie venaient déchirer ces corps abandonnés: ils en emportaient souvent au loin les membres épars, que les bêtes sauvages achevaient de dévorer. Ce qui restait dans le charnier était enfoui, non sans avoir été préalablement enduit de cire, pour éviter le contact direct avec la terre. Hérodote s’est fait l’écho de ces écœurantes pratiques : « On n’inhume pas, ditil, le cadavre d’un Perse avant qu’il n’ait été déchiré par des chiens ou des oiseaux de proie... Les Perses enduisent de cire le corps mort, après quoi ils l’enterrent. » Il y a encore actuellement en Perse un certain nombre de ruines des tours funéraires des Mazdéens, et l’une des plus connues est non loin de Téhéran.
Mais les dakhmas n’ont servi qu’aux sépultures populaires, car les rois achéménides, au moins, se sont éloignés de la loi mazdéenne qui faisait peut-être ellemême, dans la pratique, une exception en faveur de la race royale. Les tombeaux des princes achéménides se partagent, au point de vue architectural, en deux grandes classes, selon qu’ils sont ou non antérieurs à la conquête de l’Egypte. Les premiers sont conçus d’après le style et le plan des tombeaux gréco-ioniens, les seconds d’après les hypogées égyptiens.
Dans la vallée du Polvar-Roud, à 4 kilomètres au sud du Takté-Madrè-Soleiman, se trouve un petit édifice rectangulaire, sépulture probable de Mandane, mère
de Cyrus ;les Persans l’appellent Gabrè Madré Soleiman, « tombeau de la mère de Salomon » ( fig. 134). Le caractère grec archaïque de ce monument est frappant. Construit en grand appareil régulier, sans mortier, les moellons taillés et assemblés avec la plus grande précision, il est pourvu d’un fronton triangulaire, le seul qu’on ait jamais signalé dans les monuments de la Perse ancienne; on y accède par six marches qui font
le tour de Pédicule.
Le toit est formé de dalles plates, inclinées de deux côtés, suivant la pente du fronton. Autour du toit règne une corniche composée d’un talon renversé compris entre deux bandeaux, ornementation architectonique qu’on trouve répétée autour de la porte, dont le double encadrement est copié sur celui des édifices grecs de style ionien. La chambre intérieure mesure à peine 6 mètres carrés. Autour de Gabrè-Madrè-Soleiman régnait une cour entourée d’un portique; Pédicule n’était pas exactement au centre de la cour, mais rejeté dans le fond, de manière à laisser un parvis sur le devant.
Non loin de là se trouve le tombeau de Cambyse Ier, père de Cyrus. Il est si délabré qu’une seule façade est à peu près intacte; c’est assez toutefois pour
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qu’on puisse le rapprocher d’un autre tombeau de Nakchè-Roustem , celui-ci en bon état de conservation. L’un et l’autre étaient des tours carrées, construites en bel appareil régulier, le mortier remplacé par des crampons de fer. La tour, pleine à la base, comporte à sa partie supérieure une chambre dont le plafond est formé de grandes dalles juxtaposées; un escalier, placé au dehors, donnait accès à une petite porte. La façade extérieure est munie, sur ses quatre côtés, de fausses baies qui simulent des fenêtres; on a même eu l’idée de bâtir lefond decesniches en basalte noir, afin de mieux faire croire à des ouvertures véritables. Le couronnement (Je l’édifice se compose d’une corniche ornée d’une rangée de denticules.
Si, à tous ces détails, on ajoute la taille des pierres en bossage, les marques de pose relevées sur les moellons, on reconnaîtra que l’architecte et les ouvriers venaient d’Asie Mineure et copiaient servilement les constructions funéraires de ce pays. Les formes architecturales de ces tours rappellent les tombes lyciennes de Telmessos, d’Antiphellos, d’Asperlæ, de
Fig. 135. — Le tombeau de Cambysc Ier. (Restitution de M. Dieulafoy.)
po
Myra, et surtout le célèbre tombeau des Harpyes, à Xanthos.
La description que Strabon (x, 3, 7) et Arrien (vi, 29) nous ont donnée, d’après Aristobule, du tombeau de Cyrus, permet d’affirmer qu’il était pareil aux tours carrées de Meched-Mourgab et de Nakchè-Roustem : « Le tombeau s’élevait au milieu des jardins du roi ; il était entouré d’arbres, d’eaux vives et d’épais gazons. C’était une tour carrée, assez peu haute pour rester cachée sous les ombrages épais qui l’environnaient. Le bas était solide et composé de grosses pierres cubiques. A la partie supérieure se trouvait la chambre sépulcrale, couverte d’une toiture en pierre. On y pénétrait par une porte fort étroite. Aristobule y vit un lit d’or, une table avec des coupes à libations, une auge dorée propre à se laver et à se baigner, et une quantité de vêtements et de bijoux. On communiquait, au moyen d’un escalier intérieur, avec la chambre ou se tenaient les prêtres préposés à la garde du tombeau. » Il ne saurait donc être permis de douter que du temps de Cyrus, les rois de Perse se fissent construire des tombeaux pareils à ceux de la Lycie, et que les tours que nous avons décrites ne nous en conservent des spécimens.
Mais après la conquête de l’Egypte, Darius, qui avait, comme nous l’avons vu, admiré les monuments de la vallée du Nil, résolut de se faire creuser, pour lui-même, un caveau funéraire en forme de spéos, dans le flanc des rochers, et analogue aux hypogées funéraires des Pharaons. Ses successeurs firent comme lui. Les cavernes sépulcrales de Darius et des princes de sa
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dynastie, qui se voient dans les rochers de Nakchè- Roustem et du Takté-Djemchid, tout près de Persépolis, diffèrent en tous points des tombeaux de Cam-
Fig. 13Û. — Façade d’un tombeau de Nakchc-Roustem (d’après Flandin et Coste, Perse ancienne).
byse Ier et de Cyrus : tandis que ces derniers sont des tours carrées en maçonnerie, ceux de la seconde dynastie achéménide sont entaillés côte à côte dans la paroi verticale de la montagne, et la façade, de même que celle des hypogées de Beni-Hassan, est décorée de bas-reliefs. Pour accéder à ces chambres, il fallait, au temps des Achéménides comme de nos jours, se faire
i?2 ARCHÉOLOGIE ORIENTALE.
hisser au moyen de cordages jusqu’au niveau de l’ouverture. Les sculptures extérieures sont intéressantes. Une colonnade à chapiteaux bicéphales supporte une architrave, dont la frise est ornée d’une file de lions et surmontée de bas-reliefs. Deux rangées de soldats armés de toutes pièces lèvent les bras pour soutenir une sorte de plate-forme, dont les bords sont ornés de deux figures symboliques de lions munis de cornes de taureau. Ces guerriers perses rappellent les soldats assyriens, qui forment l’ornement du trône de Sennachérib. Au-dessus de la plate-forme, Darius est debout sur un piédestal à degrés, vêtu de la perside décrite par Hérodote, coiffé de la cidaris, posant à terre l’extrémité de son arc, étendant la main. En face de lui, un pyrée allumé, et l’image d’Ormuzd. Autour de ce bas-relief et lui servant d’encadrement sont debout les images des satrapes qui aidèrent Darius à tuer Gaumatès. La porte du caveau est percée dans l’entre colonnement central. L’intérieur des chambres était des plus sévères ; la paroi supérieure est taillée en voûte; pour obéir à la loi d’Ormuzd, il n’y a nulle part trace de peintures ou d’inscriptions. Les fours à sarcophages sont creuses dans les parois latérales, comme dans les caveaux funéraires de l’Égypte, de la Palestine et de la Phénicie.
§ V. — Les pierres gravées et les bijoux.
La glyptique et la bijouterie des Perses continuent noblement et sans déchoir les traditions artistiques de la Chaldée et de l’Assyrie. Assurbanipal et Nabuchodonosor, en portant leurs armes jusque dans les plus loin-
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taines provinces de la Perse, de la Médie, de l’Arménie, avaient répandu dans tous ces pays les produits de leur industrie, le goût du luxe et des œuvres d’art; leurs artistes y recrutèrent des disciples : comme Alexandre, ils promenaient partout, avec leurs armes, le flambeau de la civilisation, et quand les Achéménides s’installèrent à Suse et à Ecbatane, ils en trouvèrent les habitants profondément imprégnés des idées et des mœurs chaldéo-assyriennes. Autant que les Babyloniens, les Perses sont amoureux de la parure et des bijoux : chaque citoyen de distinction a son cylindre ou son cachet suspendu au cou; il est couvert de bracelets, de bagues, de colliers; sa tiare est ornée de perles et de cabochons étincelants; sa tunique, finement brodée, est émaillée de pierreries. Dans sa demeure il déploie un luxe d’ameublement qui, transmis aux Parthes, émerveillera les Romains et les Byzantins : coupes d’or et d’argent enrichies de cristaux et de verres de couleur, ornées de sujets en relief; meubles incrustés de plaques d’argent, d’or, d’ivoire sculptées. Bref, tout ce qu’avait enfanté la passion du luxe, chez les Chaldéens, en fait de tapisseries, de broderies, d’orfèvrerie, nous le retrouvons chez les Perses.
Seulement, les Perses ne furent pas des imitateurs serviles ; ils surent donner un tour original aux produits de leur industrie, même quand ils copièrent les Assyriens. Il y a dans leurs cylindres et leurs cachets une facture sèche et nerveuse qui les caractérise aussi nettement que les taureaux de Persépolis se distinguent des monstres ninivites. Il va sans dire, en outre, que les inscriptions et le détail des costumes donnent un carac-
tère d’absolue précision au classement des produits de la glyptique achéménide. Voici, par exemple, le cylindre de Darius, conservé au Musée britannique :
l’ensemble de la scène est évidemment d’imitation assyrienne, mais la figure du lion debout et
Fig. 137. — Cylindre de Darius (d’après J. Menant).
celle des chevaux sont traitées tout autrement qu’à Ninive; la tiare crénelée du prince, le disque d’Ormuzd qui plane dans les airs, l’inscription enfin, tracée avec une régularité mathématique, achèvent de révéler l’origine perse de ce beau cylindre.
Au fur et à mesure que nous nous éloignons chronologiquement des origines, des modifications plus sensibles s’introduisent dans la technique, et de nouvelles influences extérieures se font jour dans les œuvres perses. Un cylindre (fig.
1 38) , qui appartient à
Fig. 138. — Cylindre perse (d’après J. Menant).
un collectionneur russe, représente une scène qu’on dirait imitée du bas-relief de Behistoun. On y voit Darius achevant de sa lance un ennemi agenouillé dont la coiffure est égyptienne.
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Ce qui distingue particulièrement les produits de la gravure en pierres fines sous la dynastie achéménide, c’est la sobriété et la précision du travail, et le caractère conventionnel des scènes figurées; en outre, par suite de l’influence de l’Égypte et de la Phénicie, la mode s’étend de plus en plus de substituer aux cylindres les pierres coniques, rhomboïdales ou sphériques, aplaties sur une face de façon à former un champ pour la gravure. Sur ces cônes de calcédoine ou d’agate, les
Fig. 139. — Cachet Fig. 1.3.0. — Cachet Fig. 141. — Cachet
perse. Conoïde. d’Artaxerxès. (Louvre.) perse. Conoïde.
sujets les plus fréquents sont : le roi des rois debout ou agenouillé, coiffé de la tiare crénelée ou cidaris et tirant de l’arc, type analogue à celui des monnaies connues sous le nom de dariques; le roi poignardant un lion qui se dresse devant lui; un pontife devant le pyrée et adorant Ormuzd; des sphinx, des griffons qui rappellent les kéroubs assyriens. Un sceau en opale (fig. 140), recueilli à Suse par M. Dieulafoy, montre en adoration devant le disque ailé d'Ormuzd deux sphinx coiffés de la tiare de la haute Egypte; au centre, dans un petit médaillon, le portrait du prince achéménide, sans doute Artaxerxès Mnémon. Si la finesse d’exécution de ce portrait royal nous frappe, le style élégant des sphinx
n’est pas moins digne de remarque. Comme chez les Assyro-Chaldéens, c’est dans la représentation des animaux, lions, cerfs, antilopes, sphinx, griffons, que le génie du graveur perse éclate dans toute sa force. Le griffon ailé, cornu, que nous trouvons sur une pierre gra-
Fig. ,*a. -Cachet perse. ^ée (fiS- T42) a une analogie signi- (Cabinet des médailles.) licative avec un petit bas-relief en calcaire de la collection de Luynes (fi g. rqB), qui montre de quelle façon l’art perse avait interprété les kéroubs assyriens et les modifications qu’il
leur avait imposées. Le monstre a le corps et les pattes de devant d’un lion ; les pattes de derrière, armées de serres puissantes, sont celles de l’aigle; il a des oreilles de bœuf, des cornes d’ægarge ; l’œil, la face et le bec
Fig. i + j. — Bas-relief de Luynes. (Cabinet des Médailles.)
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entr’ouvert sont ceux du gerfaut; une crinière hérissée orne le cou fièrement cambré comme celui du cheval; la queue est celle du lion; de grandes ailes à plumes imbriquées se développent comme celles des taureaux persépolitains. Nous ne connaissons dans l’art perse rien qui soit supérieur à cette figure, symbole de la force et de la puissance, ou tant d’éléments disparates sont combinés avec une si heureuse harmonie1. ASuse et à Persépolis, commeàNinive et àBabylone, la petite sculpture n’était pas inférieure à la grande, le stylet du graveur produisait parfois des effets aussi nobles et aussi saisissants que le ciseau du statuaire : la copie ne le cédait pas au modèle.