‹ Manuel d'archéologie orientaleChapitre 26 sur 46 · Perrot et Chipiez, op. cit., t. IV, p · texte numérisé non relu

Perrot et Chipiez, op. cit., t. IV, p

Fig. 1-14. — Le lion de Marach

(d'après Wright, pl. 27).

ARCHEOLOGIE ORIENTALE.

faces, à l’imitation des taureaux ninivites, et ce qui achève de démontrer jusqu’à quel point la copie est servile, on a couvert ses pattes de devant d’une inscription en hiéroglyphes héthéens, suivant la mode singulière que nous avons constatée à Ninive.

L’influence assyrienne est plus flagrante encore à Carchémis : témoins deux personnages debout sur un lion accroupi , qui rappellent les sculptures rupestres de Sennachérib à Bavian et à Maltaï1. N’est-il pas aussi de style pseudo-assyrien, ce personnage (fig. iq.5) surmonté du disque ailé, dont la tunique est fendue sur le devant? Cependant sa tiare cylindrique, les enroulements de ses cheveux, et les disques singuliers qu’il tient des deux mains, sont des éléments que l’artiste n’a pas copiés en Mésopotamie.

Comme l’istar de Babylone, l’Astarté héthéenne est représentée debout, de face, entièrement nue;

Fig. j+5. — stèle de elle se tient les seins par ce geste

Carchémis indécent dont le premier exemple

(au Musée britannique). . . , . , . , ,

remonte a la plastique chaldeenne.

Toutefois, particularité spéciale à la symbolique héthéenne, cette Astarté est ailée et coiffée d’une tiare conique. La prêtresse, qui lui adresse ses hommages, est voilée comme les figures de femmes assyriennes.

i. Perrot et Chipiez, op. cit., t. IV, p. 549.

LES HETHEENS.

Des sculptures pseudo-ninivites s’alignaient, dans les palais héthéens, sur des dalles juxtaposées, comme à Khorsabad ou à Koyoundjik. A Sindjerli, M. O. Puchstein a retrouvé encore en place, c’est-à-dire plaqués contre la partie inférieure du mur d’un édifice, toute une série de bas-reliefs qui représentent une chasse au cerf, un homme qui lutte contre un génie fantastique, un convoi de prisonniers de guerre1. Dans

Fig. (*<5. — Fragments de sculptures de Carcliemis (d’après le Graphie, déc. 18B0).

un autre tell de la même région, trois dalles mises bout à bout figurent une chasse au lion; le roi est sur son char avec un aurige, et tire de l’arc. Tout, dans la forme du char, le harnachement des chevaux, le costume du prince couvert d’une cotte de mailles, trahit une copie d’un tableau ninivite. Le lion même, dont les formes anatomiques sont savamment traduites, nous remémore les chasses d’Assurbanipal. Mais , en même temps, l’infériorité de l’imitateur éclate dans l’ensemble de la scène, qui est sans mouvement et sans vie : le lion se laisse bénévolement enfoncer des jave-

i. Perrot et Chipiez, op. cit., t. IV, p. 534-

ARCHEOLOGIE ORIENTALE.

lots dans l’œil et sur la croupe. Quelle différence avec la vigoureuse souplesse des terribles fauves qui rugissent en bondissant autour des chasseurs, fils de Nemrod !

Quand on s’éloigne des régions voisines de l’Eu-

Fig. 147. — Bas-relief de Roum-Qalah.

(Galette archèol. 1885.)

Fig. 148.

Stèle de Marach (d’après Hirsclifeld).

phrate, l’imitation assyrienne, pour être également sensible, est peut-être moins servile, plus dégagée; il entre dans la composition des scènes plus d’éléments originaux. A Roum-Qalah, un bas-relief représente un personnage barbu, coiffé d’un bonnet, vêtu d’une longue tunique qui s’écarte comme pour imiter la forme des ailes retombantes des génies assyriens. A la ceinture il porte un poignard; sur sa main gauche une sorte de

LES HETHEENS.

lyre, de la droite une palme; au bras est passée l’anse d’un sac de cuir. La grossièreté du travail rend la contrefaçon elle-même presque méconnaissable. Sur une stèle de balsate de Marach (fig. 148), deux femmes assises sur des chaises à dossier sont séparées par une table pareille à celles que nous avons vues en Assyrie; le costume de ces femmes a aussi beaucoup d’analogie avec le vêtement ninivite; cependant, leur haute tiare, sous leur grand voile, paraît indigène. Les mêmes caractères d’imitation lointaine et grossière s’observent dans d’autres sculptures de la même localité; ce qu’on y trouve de particulièrement original, c’est l’expression des visages, le diadème, la facture des cheveux : on se sent sur les confins de pays qui déjà subissent directement l’influence de l’art hellénique d’Asie Mineure1.

D’après ces exemples, on doit, dans la Syrie même, constituer deux groupes de monuments héthéens bien caractérisés : ceux de Carchémis et de la région euphratique, pâles copies des œuvres assyriennes; ceux de la Syrie occidentale et particulièrement de la Cilicie, qui, tout en procédant aussi de l’art ninivite, s’en écartent davantage, sont plus rudes, et renferment des éléments à la fois plus originaux et plus barbares. Comme particularités propres aux Héthéens, nous indiquerons le diadème, le haut bonnet des femmes auquel s’adapte un long voile, et surtout la chaussure à pointe retroussée. Ces souliers à la poulaine, portés par les hommes et les femmes, ont été signalés comme la caractéristique des monuments héthéens; cependant, il ne faut pas

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