‹ Manuel d'archéologie orientaleChapitre 27 sur 46 · Perrot et Chipiez, op. cit., t. IV, p. 55q · texte numérisé non relu

Perrot et Chipiez, op. cit., t. IV, p. 55q

oublier que cette chaussure est encore portée, de nos jours, non seulement en Syrie, mais dans toute l’Asie Mineure, par les populations les plus diverses.

§11. — Les monuments héthéens en Cappadoce.

Un canton de l’ancienne Cappadoce, la Ptérie d’Hérodote, sur l’Halys, là ou eut lieu la première rencontre entre Cyrus et Crésus, renferme un ensemble considérable de ruines héthéennesqui, particulièrement explorées par MM. Perrot et E. Guillaume, forment un groupe à part dans l’histoire de l’art oriental. Le village de Boghaz-Keui, l’ancienne capitale des Ptériens, a encore, outre ses remparts de 6 kilomètres de circuit, des bas-reliefs rupestres qu’on appelle Iasili- Ka'ia , « la pierre écrite », et des restes d’édifices qui ne sont pas entièrement méconnaissables. Le palais royal, presque arasé au niveau du sol, est un parallélogramme de 42 mètres sur 5y. On observe, dans les blocs de la muraille, des trous pour des crampons de fer, comme dans les édifices achémqnides; de même que dans ces derniers aussi, les pierres sont en grand appareil irrégulier ; la partie supérieure des murs était en briques, comme à Ninive et à Persépolis ; enfin le palais de Boghaz-Keui était construit au-dessus d’une terrasse artificielle. Dans la disposition des chambres, on reconnaît les détails particuliers aux demeures princières de tous les pays orientaux. La principale porte forme une construction indépendante, comparable à celle du palais de Khorsabad : elle a 18 mètres de profondeur; deux têtes de lion, d’un style original, font

LUS HETHEENS.

saillie de chaque côté de la baie, au-dessus des chambranles monolithes.

Le palais d’Euiuk offre, aussi bien que celui de Boghaz-Keui, des traits frappants de ressemblance avec ceux de Ninive; sa terrasse, qui a 25o mètres de côté, s’élève encore à une hauteur de 12 mètres. Les angles sont dirigés du côté des quatre points cardinaux. La baie de la porte principale a 3"',4i de large, et de chaque côté se dressent deux sphinx qui remplacent les taureaux androcéphales. A leur suite, tout le long de la façade, se déroulaient des bas-reliefs dont la disposition était la même que ceux des façades de Khorsabad et de Koyoundjik; seulement, le sphinx, qui n’est pas ninivite, révèle une autre influence exotique, celle de l’Egypte.

L’art cappadocien a su interpréter la donnée égyptienne et, cette fois, il ne s’est pas borné à une terne copie. « En Egypte, remarque M. Perrot, le sphinx,

1 . Perrot et Guillaume, Exploration archéol. dp la Galatie, etc., pl. LXV.

Fig. 149. — Le sphinx d'Euiuk (d’après Perrot et Guillaume ').

à quelque variété de ce type qu’il appartienne, est toujours représenté couché, jamais debout comme ici; au lieu d’être traité en bas-relief et adossé au pied-droit d’une porte, il est sculpté en ronde bosse et placé des deux côtés de l’entrée, perpendiculairement à la voie dont il regarde l’axe1. » En outre, dans les sphinx des bords du Nil, les extrémités de la coiffure, de chaque côté de la tête, tombent droit sans former l’enroulement que nous voyons ici. A Euiuk, le sphinx égyp¬

tien est traité à l’assyrienne; la place qu’il occupe sur le jambage de la porte, les pattes dont il est affublé en font une sorte de compromis entre l’Egypte et l’Assyrie, qui se disputaient, dans ce pays de Cappadoce, l’influence artistique comme la prépondérance politique.

On constate également ce double courant à Iasili- Kaïa. Là se trouve une salle rectangulaire de 25 mètres sur i im,40, taillée dans le rocher sur trois de ses côtés; les parois en sont couvertes de bas-reliefs qui y forment plinthe. Une autre salle plus petite et un corridor ont des sculptures analogues ; la grandeur des figures varie de 3m,23 à om,75. Deux files de personnages font le tour de la grande salle en marchant à la rencontre l’une de l’autre; à droite, les femmes, vêtues d’une robe traîi. Hist. de l'art dans l'antiquité, t. IV, p. 667.

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