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M. de Vogüé, le Temple de Jérusalem , p. 21 et

ARCHKOL. ORIENTALE. 15

ARCHEOLOGIE ORIENTALE.

encore, comme le terrain était en pente, il fallut, pour en racheter la déclivité, procéder comme avait fait Salomon : construire une immense plate-forme artificielle, soutenue de trois côtés par de hautes terrasses. Les grands soubassements du Haram-esch-Chérif sont les restes de l’œuvre gigantesque du roi Hérode. Si, postérieurement à ce prince, les constructions du temple ont été plusieurs fois ruinées de fond en comble et toujours rebâties, ces réédifications successives n’ont pas altéré le plan primitif du soubassement; les débris des murs restés en place servaient d’assises aux édifices nouveaux. Il suit delà que, dans ces murs, on constate différents appareils, étagés les uns au-dessus des autres comme des stratifications géologiques, les assises hérodiennes primitives étant naturellement celles de dessous.

Le plus ancien appareil visible, celui d’en-bas, est le plus grand : les assises ont de i mètre à im,go de haut; la longueur des blocs varie entre 7 mètres et o'”, 80. On en remarque un, à l’angle sud-est, qui a 12 mètres de long. Chaque lit supérieur est de 5 centimètres en retrait sur celui qui lui est inférieur; les moellons, dressés avec soin, sont posés sans mortier. Ce grand appareil est à refends , c’est-à-dire que chaque pierre est comme limitée par une rainure qui accuse les lits et les joints. Outre le refend, chaque bloc est encadré d’une ciselure, bande lisse sans profondeur, qui forme un second encadrement, inscrit dans le refend, autour de la table du bloc taillé. Le grand appareil inférieur du temple est donc à refends et à ciselure; en outre, de place en place, la table des blocs est munie de

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tenons saillants, ménagés sans doute pour faciliter la pose. La partie de cet appareil la mieux conservée est le Heit-el-Maghreby, « mur occidental », où les Juifs viennent pleurer tous les vendredis sur la destruction de Jérusalem et attendre le Messie : c’est le mur des Lamentations. Les récentes fouilles des explorateurs anglais, poursuivies parfois jusqu’à 33 mètres au-dessous du sol actuel, ont prouvé que ce grand appareil se rencontre sur tous les points de l’enceinte du Haram.

Le système de construction immédiatement superposé aux blocs à refends et à ciselure se caractérise par un appareil romain formé de pierres lisses sans refends, la surface extérieure layée avec soin à l’aide d’un ciseau à dents très fines. Les blocs, qui ont environ 1 mètre, sont posés à joints vifs. Ce système se remarque particulièrement sur les faces occidentale et méridionale Les systèmes suivants, par ordre de superposition, ne méritent pas qu’on les décrive; ils sont relativement modernes et appartiennent à toutes les époques, principalement à la période arabe.

Non loin du mur des Lamentations, à 12 mètres de l’angle sud-ouest, sont les célèbres amorces du pont qui joignait le temple à la ville, et traversait le Tyropéon;

ils appartiennent au premier système des soubassements et font corps avec lui. Les fouilles des explorateurs anglais ont mis au jour une des piles ; elles ont démontré que la chaussée de ce pont a 91 mètres de long et que la largeur de chacune des arches atteint jusqu’à i5"',5o. En creusant au pied de la pile, on découvrit un pavage qui représente sans doute la rue qui passait par là avant l’époque d’Hérode, ou plutôt même avant la destruction du temple par les Chaldéens. Ce qui donne quelque fondement à cette conjecture, c’est qu’en crevant ce pavage et en poursuivant plus bas encore, les Anglais rencontrèrent l’extrados d’une voûte : ce n’était rien moins qu’une nouvelle arche d’un pont en appareil colossal, qui s’était trouvé, dans la suite des siècles, enfoui sous des amas de décombres : Hérode, ou peut-être même déjà Zorobabel, fit construire audessus des décombres, sans même chercher à déblayer Je pont. Qui sait si cette arche, qu’on appelle l’arche de Robinson, du nom de l’explorateur, n’est pas un débris d’un pont salomonien?

Dans la masse des substructions du Haram, on constate l’existence de voûtes et d’un réseau de couloirs en grand appareil à refends et à ciselure, par conséquent contemporain d’Hérode. Sur la plate-forme on voit deux citernes, qui remontent probablement jusqu’à Salomon, si même elles ne sont pas antérieures, en admettant qu’elles aient été l’objet de restaurations successives. L’une est sous la roche Sakra, l’autre devant la mosquée El-Aksa : cette dernière, surtout, qui est la plus grande, est une superbe grotte artificielle soutenue par des pilastres ménagés dans la paroi

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du rocher. O11 descend dans celle de la roche Sakra par un escalier de quinze marches ; au centre, un puits qui va, paraît-il, par un canal souterrain, déboucher dans la vallée du Cédron, a peut-être servi à Aravna le Jébuséen.

L’enceinte extérieure bâtie par Hérode était percée de plusieurs portes donnant accès sur la terrasse, qui sont encore conservées en partie. Elles sont souterraines par rapport à la plate-forme ; leur seuil se trouvait naturellement au niveau du sol extérieur, et elles s’ouvraient sur des rampes d’escaliers pratiquées dans l’épaisseur de la terrasse.

Aujourd’hui, le sol extérieur s’étant trouvé exhaussé par des débris de toute nature, les portes d’Hérode sont obstruées en totalité ou en partie. La Porte occidentale { fig. 1 66), auprès du mur des Lamentations, est aujourd’hui aux deux tiers ensevelie. Elle est couronnée par un grand linteau monolithe de 5 mètres, et sa construction appartient au système d’appareil d’Hérode, mais elle a subi intérieurement des remaniements ultérieurs.

Les deux portes antiques les plus importantes sont sur la face méridionale; on les appelle la Porte double et la Porte triple, à cause du nombre de leurs baies.

Les deux baies de la Porte double donnent accès

Fig. 1 66. — La porte occidentale.

Etat actuel (d’après M. de Vogué).

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dans un grand vestibule dont les voûtes sont supportées par une énorme colonne centrale; c’est là qu’on venait passer les plus chaudes heures de la journée. De ce ves-

Fig. 167. — Vue intérieure de la Porte double (d’après M. de Vogüé, pl. IV)

tibule, on monte à la plate-forme supérieure par deux rampes parallèles séparées par une rangée de piliers. Il ne reste plus, remontant à Hérode, que les deux jambages extérieurs de la porte, le trumeau intermédiaire, deux linteaux monolithes pareils à ceux de la porte oc-

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