L’autel des holocaustes
(Restitution.)
2jû ARCHEOLOGIE ORIENTALE.
Il y avait ainsi une différence de niveau de 8m,5o entre la plate-forme du temple et le parvis des Gentils. Quant à la disposition architecturale de l’édifice, elle était pareille à celle du temple de Salomon. Le pylône antérieur était haut de 100 coudées et profond de 20; à chaque extrémité, il y avait des chambres ou l’on gardait les couteaux sacrés qui servaient à égorger les victimes. Le Saint ou Hékal et le Saint des Saints ou Debir, séparés seulement par un voile, étaient l’un et l’autre hauts de 60 coudées, larges de 3o, longs ensemble de 65 coudées, hors œuvre. « Une ceinture de trois étages de trentehuit chambres était, comme dans l’ancien temple, accolée au sanctuaire sur une largeur hors œuvre de i5 coudées, ce qui donnait extérieurement au sanctuaire, dit Josèphe, l’aspect d’une basilique. Tout l’édifice était recouvert de terrasses sur lesquelles on avait planté des pointes dorées pour écarter les oiseaux1. »
Ce temple des Juifs fut une des œuvres architecturales les plus grandioses que le génie antique ait enfantées. Cette succession d’enceintes étagées les unes au-dessus des autres, et couronnées par les gigantesques pylônes du sanctuaire construits en marbre blanc, est une conception de génie qui n’a été réalisée que là, et l’antiquité tout entière n’a eu qu’une voix pour en proclamer l’imposante majesté. « Quand les rayons du soleil levant frappaient sur les lames de métal qui recouvraient les portes et le toit du sanctuaire, quand ils éclairaient les dorures de la façade et la gigantesque vigne d’or qui s’enroulait sur le marbre blanc du pronaos, les yeux éblouis, dit Josè-
. M. de Vogué, le Temple, p. 57.
L’ART JUDAÏQUE
phe, étaient obligés de se détourner... et l’étranger qui apercevait au loin le temple croyait voir une montagne couverte d’une neige étincelante b »
Tel fut le temple du Dieu d’Abraham, d’Isaacet de Jacob, restauré par Hérode, oü s’accomplirent la plupart des scènes de l’Evangile, et dont les destinées furent si dramatiques et si lugubres. A la fois marché public, maison de prière et forteresse, il était destiné à être le tombeau de la nationalité juive. Assiégé et pris par les Romains, après une résistance dont l’héroïque désespoir est unique dans les tastes de l’antiquité, il succombe sous les coups de Titus, et les légionnaires romains le profanent, la torche et la sape à la main. L’écho de sa chute, prophétiquement marquée dans les destinées de l’humanité, retentit encore aujourd’hui au milieu de nous comme l’écroulement des siècles anciens et l’effrondement irrémédiable des vieilles civilisations orientales.
§11. — La décoration et le mobilier du temple.
La maison de l’Eternel avait été embellie avec un luxe inouï : les bois précieux, l’or, l’argent, l’ivoire, les pierreries même, rien n’avait été épargné par ce peuple jaloux de son Dieu; enfin, les accessoires du culte de Jéhovah, vases sacrés, couteaux, bassins, ustensiles de toute nature, étaient des oeuvres oü le ciseleur et le fondeur avaient rivalisé d’habileté. Mais les artistes qui ont décoré l’ancien temple, ne l’oublions pas, étaient
i. M. de Vogüé, le Temple, p. 58.
ARCHEOLOGIE ORIENTAL F.
phéniciens. Or, les Phéniciens se sont toujours bornés à imiter les Egyptiens et les Assyriens; leur technique a un caractère hybride qui est, comme là Syrie elle-même au point de vue géographique, une sorte de compromis entre l’Asie et l’Egypte. C’est d’après ces principes de critique qu’on peut essayer de reconstituer la décoration et le mobilier du temple de Salomon.
Le voile suspendu entre le Saint et le Saint des Saints, et qui cachait la vue de ce dernier, était une grande pièce de soie, sur laquelle la main habile des brodeuses orientales avait reproduit l’image du monde; les quatre couleurs qui entraient dans sa composition étaient les figures des éléments : la pourpre représentait la mer, le safran, le feu; l’hyacinthe, l’air; lebyssus,la terre. Les parois intérieures des murs étaient lambrissées de planches de cèdre sculptées. Dans le Saint, ces boiseries figuraient des coloquintes et des fleurs épanouies ; dans le Saint des Saints, aux fleurs se mêlaient des palmiers et des animaux fantastiques ou kêroubim (chérubins). Cette décoration était rehaussée de feuilles d’or fixées sur le bois par des clous de même métal. L’arche d’alliance, dans le Saint des Saints, était abritée sous les ailes de deux immenses kêroubim en bois incrusté de lames d’or. Les éléments de ces figures monstrueuses étaient empruntés au règne animal, comme ceux des taureaux ailés des palais ninivites. D’après la Bible, les kêroubim sont ailés, ils ont des pieds de taureau; ils transportent Jéhovah dans son char ou debout sur leur dos, comme les divinités assyriennes. Chaque kéroub a à la fois une face humaine et une face de lion. Ils s’alignent en files silencieuses sur les lambris de cèdre,
L’ART JUDAÏQUE
les battants des portes en bois d’olivier, le voile du Saint des Saints, alternant avec les palmiers et les coloquintes, qui remplacent à Jérusalem le lotus égyptien.
Dans le Saint des Saints, il y avait deux statues colossales de kéroubs, hautes de 10 coudées, plaquées d’or, qui gardaient l’arche d’alliance. Chaque kéroub avait deux ailes gigantesques; l’une qui se déployait en s’abaissant sur l’arche qu’elle enveloppait, l’autre se dilatant symétriquement en sens inverse, et allant toucher le plafond.
M. de Vogüé a ingénieusement rapproché de cette description les images égyptiennes qui représentent deux figures à grandes ailes, agenouillées de chaque côté du scarabée symbolique ou du disque solaire, ac- F|s- I7'- ~ Naos et
, . Kéroubim égyptiens.
coste d uræus , qu elles couvrent de ... , ... >
’ 1 (M. de Vogué, p. 33.)
leurs ailes.
L’arche d’alliance elle-même ressemblait à ces naos ou bari que nous voyons portés par les prêtres égyptiens sur leurs épaules. Elle était en bois d’acacia ( sittini ), recouvert de lamelles d’or, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur. Elle avait environ i"‘,75 de long, om,8o en largeur et en hauteur. Le cou-
l-ig. 172. — Arche et naos égyptiens (d'après une peinture égyptienne).
vercle s’appelait le trône de Jéhovah. L’arche renfermait
2*o ARCHÉOLOGIE ORIENTALE.
les deux tables de pierre sur lesquelles était gravée la loi du Sinaï.
Dans le Saint se trouvait l’hôtel des parfums, oü brûlait l’encens en l’honneur de Jéhovah: c’était probablement une sorte de trépied surmonté d’une cuvette avec un brasier allumé. Il y avait aussi la table des pains de proposition et les candélabres à sept branches.
La table, sur laquelle on plaçait douze pains chaque semaine, était, sans aucun doute, analogue aux tables d’offrandes aux dieux, si souvent figurées sur les bas-reliefs égyptiens, avec des pains empilés sur des outres devin; il est aussi question de meubles du même genre dans les inscriptions cunéiformes de Nabuchodonosor. Lebas-reliel de l’arc de triomphe de Titus, à Rome, représente des Juifs captifs qui portent sur leurs épaules le mobilier de leur temple détruit, et parmi cesdépouilles figure, sous la forme d’un cippe carré, la table des pains de proposition telle qu’elle était dans le temple d'Hérode.
Les candélabres à sept branches, au nombre de dix, avaient une forme spéciale qui nous est aussi révélée par l’arc de Titus et quelques autres monuments. Sur un socle à doubles degrés est fixée une tige centrale à laquelle sont adaptées six bran-
Fig. 174. — Candélabre à sept branches.
(M. de Vogué, p. 33.)
■Inn
Fig. 173. — Table d’offrande égyptienne.
(M. de Vogué, p. 33.)
L’A RT JUDAÏQUE
ches, trois de chaque côté, disposées en éventail. Chacune des sept branches est ornée de trois rangées de fleurons et d’une bobèche. Sur le socle, on voit en relief des animaux fantastiques. Hiram-Abi, le fameux toreuticien de Tyr, à la solde de Salomon, avait encore fabriqué « les lampes et les mouchettes en or, puis les cruches, les couteaux, les jattes, les plateaux et les éteignoirs en or fin1 », les pelles et les coupes de bronze.
Dans le parvis des prêtres, devant le vestibule du temple, il y avait, rappelant les obélisques égyptiens, deux colonnes de bronze isolées dont les noms étaient ïakin et Doo\. On a essayé souvent la restitution de ces deux colonnes, merveilles de l’art phénicien, revêtues, aux yeux des Juifs, d’un caractère talismanique. Elles étaient creuses, et les parois du métal avaient om,o86 d’épaisseur. « Leur chapiteau, de 5 coudées de haut, avait la forme d’une fleur de lis épanouie dont la partie infé-
, . (Restitution de M. de Vogüc.)
neure, renflee, était couverte
d’un ornement réticulé compris entre deux rangées de grenades2. » La hauteur totale de chaque colonne était de 1 2n,,7 5 , le diamètre du fût de im,g83; les grenades, au nombre de 200, formaient un double collier autour de chaque chapiteau.