‹ Manuel d'archéologie orientaleChapitre 38 sur 46 · I Rois, vit, 49, 5o · texte numérisé non relu

I Rois, vit, 49, 5o

2. M. de Vogüe, le Temple, p. 34 ; Perrot et Chipiez, op ■ cit., t. IV, p. 3 x 5 et suiv.

Fig. 175. — Chapiteau des colonnes de bronze.

ARCHEOLOGIE ORIENTALE.

Dans le parvis des prêtres, près de l’autel des holocaustes qui, lui-même, était recouvert de bronze, était placée la fameuse mer d'airain , vaste réservoir ou les prêtres puisaient de l’eau pour se purifier avant le sacrifice. Cette cuve de bronze, qui ressemblait au calice d’une tulipe, avait 5 coudées de haut (2"', 625) et 10 coudées (3"’, 25) de diamètre; sa circonférence était de 3o coudées; ses parois extérieures étaient

Fig. 176. — La mer d’airain. (Restitution.)

décorées de deux rangées de coloquintes en relief; l’épaisseur de la paroi était de om,o86, comme les colonnes de bronze; elle contenait au moins 400 hectolitres. En guise de pieds, la mer d’airain était supportée par douze figures de bœufs en bronze, groupées trois par trois, et qui, étant données les proportions de la cuve, devaient être plus grands que nature.

Ce gigantesque bassin était fixe et immobile; pour aller y puiser de l’eau, on avait construit des cuves roulantes, au nombre de dix, aussi en bronze, et dans lesquelles on versait l’eau destinée aux cérémonies du

L’ART J U DA I QU E

culte. Chacune avait quatre roues, comme un chariot; sur les roues, un coffre carre', au-dessus duquel était placée la cuve cylindrique pouvant contenir 7 à 8 hectolitres. Les parois du récipient et du coffre qui le soutenait étaient décorées de palmes, de coloquintes, de bœufs et de lions ailés en relief.

Tels étaient les principaux éléments du mobilier du

Fig. 177. — Bassin mobile. (Restitution.)

temple; quant aux ustensiles plus petits, couteaux, pinces, tenailles, patères, nous ne les connaissons guère. On peut s’en faire une idée certainement exacte, en examinant les produits de l’industrie égyptienne et assyrienne, et surtout les coupes, vases et ustensiles recueillis dans les substructions des temples phéniciens de l’ile de Cypre.

Divers passages bibliques énumèrent les ornements sacerdotaux, comme Vephod, qui, dans certains cas, désigne le vêtement liturgique des prêtres; dans d’autres,

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une sorte de coffret sacré contenant deux dés talismaniques, appelés urim et tummim. Le costume sacerdotal d’Aaron est une broderie dans laquelle sont enchâssées des pierreries ornées de gravures, nous dit l’Exode. D’ailleurs, dès les temps génésiaques, nous voyons les enfants d’Israël se servir de cachets en pierres fines, tout comme leurs voisins les Egyptiens et les Chaldéens. Il nous est parvenu un certain nombre de gemmes gravées en creux et qui portent des noms qui paraissent juifs: Shebaniah, Nathanyahou, Hananyahou, Obadyahou. Ces cachets, la plupart du temps, ne portent que le nom du possesseur; il n’y a ni ornement, ni symbole.

§ III. — L'architecture civile.

Le temple de Jérusalem, dans lequel se concentrait la vie nationale des Juifs, était aussi, nous l’avons dit, le résumé de leur art et de leur industrie. Vainement de nombreux archéologues se sont, depuis soixante ans, efforcés de retrouver en Palestine, ou même dans les autres régions de la Syrie méridionale et jusqu’au cœur de l’Arabie, les vestiges d’un art qui aurait fleuri dans ces contrées avant l’arrivée des Grecs et des Romains. On a bien signalé à Ala-Safat, au Djebel-Mouça , dans le pays de Moab, à Bahr-el- Houleh en Galilée , tout près d’Hesbon et dans maints autres lieux, des dolmens, des pierres levées, analogues à ceux de l’Afrique ou de notre Bretagne, des restes de murailles en appareil cyclopéen, qui ont sans doute été bâties par ces géants, les Réphaïm et les Anacim, que la Bible nous dit avoir été les premiers

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habitants de ces contrées. Certaines enceintes de gros blocs, comme ceux de Minyeh et de Deir-Ghuzalch, au pays de Moab, peuvent avoir marqué les limites d’une enceinte sacrée, d’un temple en plein air, c’est-à-dire d’un de ces bâmotli ou « hauts lieux » dont il est si souvent parlé dans l’Ecriture. Mais ces vestiges grossiers, de même que la margelle de certains puits où s’abreuvaient pe.ut-être déjà les troupeaux des patriarches, n’intéressent guère l’histoire de l’art. Quant à l’architecture civile, ce n’est que par restitution qu’on peut s’en faire quelque idée. Le palais de Salomon, qui communiquait avec le temple et se trouvait situé au sud, sur Ophel , fut détruit et rebâti vingt fois avec des modifications incessantes, jusqu’à sa ruine définitive. Le bâtiment principal, situé au milieu d’une grande cour fermée par des murs de soutènement qui limitaient la colline comme l’enceinte du temple, s’appelait la maison du Liban, à cause de la provenance des bois de charpente qui entraient dans sa construction. Il avait ioo coudées de long, 5o de large et 3o de hauteur; ses murs étaient en grand appareil; on y comptait quarante-cinq colonnes de cèdre divisées en trois files, et supportant des architraves du meme bois odoriférant1. Cet édifice servait d’arsenal : comme les monarques ninivites, les rois de Juda avaient un magasin d’armes dans leur palais.

En arrière se trouvaient les appartements royaux, composés d’une salle hypostyle, d’une autre pièce lambrissée de cèdre, appelée la salle du trône ; devant la

i. Perrot et Chipiez, op. cit., t. IV, p. 403.

a+<5 ARCHÉOLOGIE ORIENTALE.

première régnait un portique de 5o coudées de long sur 3o de large. Il y avait en outre le selamlik et le harem disposés comme dans tous les palais orientaux. Les communs communiquaient avec la ville par la Porte aux chevaux ; la Porte supérieure donnait accès dans l’enceinte du temple. C’est à cela seulement que se bornent nos renseignements.

Le palais d’Hyrcan, à Araq-el-Emir, les fortifications de Jérusalem et de la tour Antonia sont purement gréco-romains et ne rentrent pas dans notre cadre. Cependant, les explorateurs anglais ont découvert par des sondages, sur la pente d’Ophel, au-dessus du Cédron, un mur de fortification qui présente plusieurs systèmes d’appareils superposés ; l’appareil inférieur est peut-être antérieur à la reconstruction des remparts par Néhémie, après la captivité de Babylone : il remonterait ainsi, sinon à David et à Salomon, au moins à Joathan et à Manassé. La racine des bastions quadrangulaires est en assises très régulières , avec ou sans bossage; les blocs ont 2m,6o de long sur i mètre de haut; on y trouve même, par endroits, le refend. Cette tradition du mur à refends et à ciselures, nous l’avons déjà constatée dans l’enceinte hérodienne du temple; on la signale aussi dans le mur d’Hébron (fig. 178).

Dans un pays qui manque d’eau potable en général, on s’attache tout particulièrement à la construction des citernes : c’était le cas pour la Judée. Un des plus remarquables travaux de ce genre est celui qui fait communiquer les eaux de la fontaine de la Vierge avec la piscine de Siloam. Dans le tunnel, on a trouvé une

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inscription qui permet de fixer la date de la perforation vers le règne du roi Ezéchias, et qui nous apprend à l’aide de quels procéde's on parvint à creuser dans le roc ce canal souterrain de 533 mètres. Deux e'quipes

d’ouvriers attaquèrent la .

montagne des deux cotes a

la fois, et les mineurs, après de nombreux circuits qui allongèrent sensiblement le travail et la longueur du tunnel, en arrivèrent à frapper « pic contre pic », dit l’inscription,

« et à s’entendre crier l’un à l'autre » de chaque côté de l’écran. On réussit ainsi à faire passer l’eau par un boyau qui n’a pas plus de om,6o de large et dont la

, Fig. 178. — Le tombeau d’Abraham,

hauteur varie entie O ,45 à Hébron’ (d’après Vogiié, p. 119).

et 4’”,5o. Mais quelque

hardi que nous paraisse ce travail des ingénieurs juifs, qui n’avaient ni boussole ni instruments de précision géométrique, il ne nous apprend rien au point de vue de l’art, non plus que les aqueducs creusés dans le roc qu’on signale dans le reste de la Palestine.

§ IV. — Les tombeaux.

La Palestine et le nord-ouest de l’Arabie sont couverts de monuments funéraires, mais il en est peu qui

remontent à l’époque antéhellénique. Abraham avait acheté des Héthéens de Hébron, pour 400 sicles d’argent, une caverne appelée Makpela : c’est là qu’il fut enterré, ainsi que les autres patriarches de sa race. L’emplacement de la caverne est aujourd'hui occupé par une mosquée, et c’est dans la crypte de cette mosquée qu’auraient été déposés les corps des patriarches. Or, l’enceinte de la crypte, superbe travail de maçonnerie, à l’aspect imposant, est incontestablement contemporaine d’Hérode ; c’est le même appareil à refends et à ciselures que nous avons étudié dans l’enceintedutemple bâtie parceprince. Le tombeau dit d’Absalom est, de même, un édicule qui Fig. 179- — Le tombeau d’Absalom n’est pas antérieur aux

(d’après F. de Saulcy, Séleucides, Ct s’il COn-

Voyage autour de la mer Morte.)

serve, comme les constructions palestiniennes de la même époque, quelques souvenirs architecturaux empruntés à l’art phénicien, il a des colonnes, des chapiteaux, des moulures entièrement grecs. Nous n’avons donc point à nous occuper de ces monuments, non plus que du tombeau des Ma-

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chabées à Modin ou des hypogées non moins célèbres, connus sous les noms de Qbour-el-Molouk ou « Tombeau des rois », Tombeau de Josaphat, de Saint Jacques, avec son portique dorique, Tombeau de Zacharie: chambres funéraires visitées par les pèlerins dans les environs de Jérusalem, et dont Saulcy a vainement essayé de reculer la date au delà de la captivité de Babylone. Le tombeau de Josué, aux ruines connues sous le nom de Khirbet- Tibneh, au nord-ouest de Djifneh (Gophna), ne paraît pas plus ancien.

On a signalé, en Arabie, à Médaïn-Salih, plusieurs sépulcres taillés dans le roc, dont la façade et la disposition intérieure sont identiques à celles des caveaux palestiniens. Ce sont des colonnes, des frontons, des moulures helléniques, mélangés à quelques motifs traditionnels dont la patrie originaire est en Assyrie ou sur les bords du Nil : des fours à cercueils sont disposés autour des chambres comme dans les tombeaux juifs. Les inscriptions recueillies à Médaïn-Salih établissent que ces sépultures ont été creusées durant les quatre-vingts premières années de notre ère.

Cependant, au village de Siloam, près de Jérusalem, il y a un tombeau, connu sous le nom de monolithe égyptien, qui paraît bien antérieur à tous ceux dont nous avons parlé : on a même voulu l’attribuera l’épo-

Fig. 180. — Chambre sépulcrale de Médaïn-Salih. (Dougihy, Doc. épigr. du nord de l’Arabie.)

que de Salomon. Ce monolithe trapézoïdal, de style égyptien, a 4 mètres de haut, et la plate-forme mesure 6m, 10 sur 5m,6o. La porte qui regarde l’ouest donne accès à une antichambre carrée qui précède une salle de 2m,43 de côté. Le plafond de cette chambre a une

Fig. 181. — Le monolithe de Siloam (d’après Saulcy, Voyage autour de la mer Morte).

légère convexité, comme de nombreux hypogées égyptiens; deux grandes niches sont pratiquées dans les parois. A l’extérieur, le monument est muni d’une corniche égyptienne. Tout concourt à démontrer que ce tombeau est antérieur à la captivité de Babylone, malgré les remaniements dont son architecture a été l’objet, à une date relativement moderne. Au reste, de quelque

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époque que soient les caveaux funéraires de la Palestine, ils sont tous conçus suivantla même donnée traditionnelle, qui est aussi celle de la Phénicie, et que nous retrouverons à Car¬

thage : c’est toujours un spéos creusé dans le roc, une façade avec des ornements égyptiens, assyriens ou grecs, suivant l’époque, puis un vestibule donnant ac¬

Fig. 182. — Tombeau de la vallée de Hinnom (d’après Saulcy).

cès, par une porte

étroite et basse, à une chambre sépulcrale. Decettechambre, on pénètre, par une ou plusieurs ouvertures, dans d’autres pièces; et autour de ces réduits plus ou moins nombreux sont creusés les fours à cercueils. C’est ainsi que devait être disposée la caverne de Makpéla, à Hébron, dès le temps d’Abraham, et c’est de la même façon, on n’en saurait douter, qu’était construit le caveau funéraire où furent déposées les cendres des rois de Jérusalem. La découverte de l’hypogée contenant les sarcophages des princes de la dynastie de David serait plus importante, sans doute, pour l’épigraphie que pour l’archéologie proprement dite. Elle ne ferait que confirmer ce verdict prononcé sur l’art judaïque : à savoir qu’il manque entièrement de variété et d’originalité en tout ce qui n’est pas le temple de Jérusalem.

ARCHEOLOGIE ORIENTALE.

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