‹ Manuel d'archéologie orientaleChapitre 39 sur 46 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

l’art phénicien et cypriote

Les Phéniciens, établis sur la côte de la Syrie septentrionale, n’ont pas été seulement des courtiers de commerce; ils ont aussi colporté l’art des grandes civilisations asiatiques sur toutes les côtes où. ils ont installé leurs comptoirs, chez tous les peuples avec lesquels ils se sont trouvés en relation d’affaires. Leurs produits manufacturés n’ont pas une originalité plus marquée que ceux des Juifs et des Chananéens: on y constate un mélange d’art égyptien et d’art assyrien. Ces deux puissants facteurs étrangers, s’ils eussent été mis en œuvre par un peuple ingénieux et chercheur, eussent enfanté, sans doute, un art nouveau qui les eût résumés, absorbés, en les combinant avec les inventions propres au génie national : ce fut le cas pour la Grèce, par exemple. Mais les Phéniciens, préoccupés exclusivement de négoce, se sont contentés de demander, tantôt à l’Assyrie, tantôt à l’Egypte, les éléments d’une industrie bâtarde, où les emprunts exotiques sont si peu déguisés et si mal fusionnés qu’il est on ne peut plus facile de les reconnaître.

Si les auteurs anciens et les textes épigraphiques attestent l’importance des factoreries des Phéniciens en Grèce, en Italie, en Sicile, en Gaule, en Espagne, en Afrique, aucun des grands peuples de l’antiquité n’a laissé moins que celui-ci de traces matérielles de sa

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vie industrielle et artistique. En Syrie, à Cypre, à Malte, à Carthage, c'est à grand’peine qu’on signale les vestiges de constructions élevées par ses architectes, des statues, des bijoux qui soient son patrimoine : l’historien de l’art est obligé de glaner partout de pauvres épaves qu’il tient, malgré lui, pour extrêmement précieuses, mais qu’il aurait souvent dédaignées s’il se fût agi de l’Assyrie ou de l’Egypte. Cypre, habitée en partie par des populations helléniques, et jetée par la nature comme un pont entre l’Asie et la Grèce, fait à peine exception à cette règle, bien qu'elle offre, à elle seule, plus de ressources à l’archéologie orientale que tous les autres pays phéniciens réunis.

§ I. — Les temples.

Avant l’introduction de l’influence égyptienne et assyrienne en Syrie, les Sémites et les Chananéens de cette contrée pratiquaient le culte des hauts lieux (bamoth). Sur le plus haut sommet de la montagne, dans les endroits qui rappelaient d’anciens souvenirs, sur les cimes frappées par la foudre, on dressait un autel de pierre où l’on immolait des victimes; la forêt d’alentour devenait le bois sacré. C’est ainsi que les Gaulois, nos ancêtres, élevaient leur dolmens.

Bientôt, sous l’influence égyptienne, les Phéniciens commencent à construire des temples. Le maabed (temple) d’Amrith1 n’est que la réduction d’un temple égyptien; comme dans ce dernier, il y a une cella ou

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