W. Frœhner, op. cil., p
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cunéiforme, il est phénicien de style et de matière, si bien qu’on doit croire qu’il a été exécuté dans les ateliers de Sidon, au temps où Sargon était maître du pays. « Ce vase, dit M. Frœhner1, est le prototype des flacons à onguent, dont nous avons de si nombreux spécimens en albâtre ( albastra ), de fabrique égyptienne et phénicienne. Très lourd de forme et, par conséquent, d’un style fort archaïque, il ressemble à une bourse; ses parois sont d’une grande épaisseur, et deux appendices carrés en simulent les oreillettes. Le procédé technique qu’on a employé pour sa fabrication est non moins primitif, car ce n’est pas au moyen du soufflage qu’il a été façonné; l’ouvrier a pris un morceau de verre refroidi ; puis, à l’aide du tour, il en a arrondi la panse et creusé l’intérieur, exactement comme s’il travaillait l’albâtre. Pour le mettre à sa véritable place, il faut se rappeler que les Phéniciens ont été les premiers à produire un verre blanc de cette pureté de tons. » Mais avant que le hasard leur eût appris à utiliser le sable fin des bords du Bélus, pour en fabriquer ces beaux verres translucides si unanimement vantés par les auteurs anciens, les Phéniciens avaient emprunté à leurs voisins, les Egyptiens et les Assyriens, l’art d’employer comme émail la matière vitrifiable. A Rhodes, Salzmann a découvert des vases émaillés qui sont d’origine phénicienne; le géographe Scylax nous apprend, d’autre part, que les marchands phéniciens exportaient des objets en pâte vitreuse, c’est-à-dire des perles et des grains de collier, jusqu’au delà des colonnes d’Hercule.
i. W. Frœhner, op. cit., p. 17.
L’ART PHENICIEN ET CYPRIOTE
Les nécropoles de Cypre ont fourni quelques verres à parois épaisses et d’une faible transparence, qui ont été certainement fabriqués par les ateliers de Tyr ou de Sidon. M. G. Rey a rapporté de Phénicie, au Louvre, une idole, en pâte de verre, qui a la forme d’un cône placé entre deux quadrupèdes; mais le monument phénicien en pâte vitreuse, le plus intéressant que nous puissions citer, est le collier de Tharros, en Sardaigne. Il est formé d’une quarantaine de grains, de deux cylindres, de quatre têtes de taureaux et d’un grand masque grotesque de Pygmée. (Musée du Louvre.)
Des faits qui précèdent, il résulte que si les Phéniciens eurent pendant de longs siècles le monopole de la fabrication du verre, ils ne sauraient en être regardés
comme les inventeurs. Ils n’ont F,s- 22S-— Veire PlK'niclcn-
(Musée du Louvre.)
fait que tirer un admirable parti
de la matière première que la nature avait mise entre leurs mains. Les merveilleuses propriétés du sable du Bélus sont vantées, non seulement par Pline, mais par Josèphe et par Tacite. Le verre que fabriquaient les Phéniciens était pluspur et plus clair que celui d’Egypte, et par conséquent plus recherché; ce n’étaient pas seulement des alabastra et des amphorisques, dignes des artistes vénitiens du moyen âge, qui sortaient de leurs ateliers, c’étaient aussi de fausses gemmes en pâte vi-
ARCHEOLOGIE ORIENTALE.
ireusc colorée, imitant la pierre précieuse à s’y méprendre; de là, la prospérité et la réputation des manufactures de Tyr et de Sidon. Lucien1 dit du teint d’une belle jeune fille qu’il est plus diaphane que le verre de Sidon.
Celte dernière ville fut le centre de la fabrication du verre phénicien depuis l’antiquité la plus reculée jusqu’à l’époque romaine; mais on a retrouvé à Tyr des restes d’anciens fourneaux, des culots de verre de diverses couleurs, des scories qui attestent que, là aussi, se trouvaient d’importantes verreries.
Un beau flacon en verre moulé et décoré de fruits, trouvé à Jérusalem, a été attribué à l’époque de l’autonomie de la Judée; mais il pourrait bien ne remonter qu'à la période gréco-romaine, de même que les objets de parure, en pâte vitreuse, trouvés dans les tombeaux des rois par Saulcy.
Ces objets, ainsi que des flacons en verre verdâtre, recueillis en Palestine, sortaient probablement des ateliers d’Hébron ou d’Alep, qui, encore en activité aujourd’hui, produisent, sous nosyeux, des vases qui imitent les antiques dans la perfection.
Les artistes verriers de Tyr et de Sidon signaient leurs œuvres, à l’époque gréco-romaine, comme leurs confrères les céramistes. Ceux de Sidon ajoutaient à leur nom celui de l’atelier; l’estampille grecque ou latine, placée en relief sur
Fig. 226. — Vase en verre de Jérusalem (Louvre.)
i. Amores, ch. xxvi.
L’ART PHÉNICIEN ET CYPRIOTE. 305
les pouciers et sur les anses, présentait le double avantage de donner le nom du fabricant et d’offrir des aspérités qui aidaient à tenir le vase. Le plus connu des verriers sidoniens, Artas, vivait au Ier siècle de notre ère : les produits de ses usines se rencontrent avec sa marque dans tous les pays riverains de la Méditerranée.
§ VIII. — Les bronzes et les bijoux.
Un des côtés les plus originaux de Part phénicien consiste dans la fabrication de coupes en bronze, en argent ou en or, sur lesquelles se trouvent ciselés, gravés à la pointe, ou même repoussés au marteau, des sujets variés de style assyro-égyptien. L’habileté des artistes tyriens et sidoniens, en ce genre, était célèbre dès la plus haute antiquité; Salomon y fait appel pour le mobilier du temple de Jéhovah; dans Homère, Achille offre pour prix de la course, dans les jeux organisés à l’occasion des funérailles de Patrocle, « un cratère d’argent ciselé, qui contient six mesures et qui, par sa beauté, n’a pas de rival sur la terre; d’habiles artistes sidoniens l’ont fabriqué » ; ailleurs, le poète parle d’un cratère d’argent, œuvre d’Héphaistos, qu’un roi de Sidon donne à Ménélas. Les coupes phéniciennes trouvées à Nimroud (fig. 92), en Cypre, et sur quelques points des côtes méditerranéennes, sont des spécimens de ces ouvrages d’orfèvrerie qui émerveillèrent les Grecs d’Homère. Ce sont despatères sans pied, peu profondes, hémisphériques, telles qu’on en voit aux mains des Assyriens sur les bas-reliefs de Ninive. Les images qui les