‹ Manuel d'archéologie orientaleChapitre 43 sur 46 · A R CH KO L. OR1ENTALK · texte numérisé non relu

A R CH KO L. OR1ENTALK

décorent sont sur la paroi interne et disposées par zones concentriques. Gravés au trait ou martelés au repoussé, ces sujets paraissent parfois représenter, non point des ligures banales ou des images de divinités, mais, au contraire, des tableaux de genre, des scènes pittoresques comme on en rencontre dans les peintures de l’Egypte. C’est ainsi que le sujet qui décore la patère en argent

doré ifig. 227) découverte en 1876 à Palestrina, l’ancienne Préneste, dans le Latium, a été ingénieusement expliqué par M. Clermont-Ganneau1. Dans la zone concentrique, bordée par un long serpent, se déroule en relief, en une série de phases successives, un petit drame qu’on peut intituler: « Une journée de chasse ou la piété récompensée. Pièce orientale en deux actes et neuf tableaux ». On y voit: i° Le héros quittant son château sur son char de guerre; 2° Il met pied à terre pour tirer un cerf; 3° Prise du cerf; 40 Halte dans un bois, après la chasse; les chevaux sont dételés; 5° Préparatifs du repas ou le cerf doit être mangé; 6° Un singe attaque le héros qui, heureusement, est protégé par une divinité ailée; 70 Le singe est pour-

1. L'Imagerie phénicienne et la mythologie iconologique cheq les Grecs, part. I. Paris, 1880.

Fig. 227. — Patère de Palestrina.

(Musée Kircher, à Rome.)

L’A HT PHENICIEN ET CYPRIOTE

suivi et renverse' par les chevaux; 8° Le chasseur achève le vilain animal; 90 Rentrée triomphale au castel. L’interprétation serait complète si l’on pouvait appliquer un nom mythique au héros du drame.

Des scènes de chasse du même genre, mais se laissant moins bien expliquer, décorent un plat d’argent de Caeré, en Etrurie, de même fabrique que les patères de Phénicie ou de Cypre.

Sur une des coupes d’argent de Dali (Idalion) que possède le Louvre, c’est une chasse au lion; sur la patère d’Amathonte, c’est le siège d’une forteresse.

Le trésor de Curium a fourni à Cesnola un grand nombre de ces patères en argent ou en électrum, ou figurent, gravés à la pointe, des sujets de même inspiration et de même style : personnages à quatre ailes luttant contre un lion; Astartés, les mains à leurs seins, à côté de patèques hideux, d’Isis -- Hathor, de sphinx et d’éperviers égyptiens ; chasses, batailles, sacrifices religieux. Partout sur ces monuments, que les poèmes homériques nous montrent si avidement recherchés par les Grecs de l’âge héroïque et colportés par les marchands sidoniens, nous retrouvons des

Fig. 228. — Coupe de Dali.

(Musée du Louvre.)

jo8 ARCHEOLOGIE ORIENTALE.

copies des représentations habituelles des monuments égyptiens et assyriens, un mélange inconscient de scènes hybrides, qui n’ont d’original que ce bizarre amalgame lui-même , plus frappant ici encore que dans les autres manifestations de l’art phénicien et cypriote. Si nous avions un plus grand nombre de ces curieuses coupes, nous trouverions, sans doute, que les motifs sont peu variés, répétés souvent, même dans des sujets aussi intéressants que la Journée de chasse , et que l’effort d’imagination de l’artiste phénicien a été bien peu inventif. Heureusement pour la réputation des orfèvres phéniciens et cypriotes, d’autres monuments nous apprennent que leur métallurgie ne se bornait pas à ces intéressantes patères.

C’est ainsi, par exemple, que Cesnola a rapporté de ses fouilles de Cypre un fragment d’un grand cratère en bronze dont les anses ont une ornementation des plus originales : ce sont des lions, debout sur leurs pattes de derrière, tenant des œnochoés, et vêtus d’une peau de poisson, comme le dieu Anou dans la symbolique assyro-chaldéenne.

Dans les meubles, les bijoux, les objets de parure cypriotes, nous constatons encore les mêmes caractères

Fig. 23 o. — Anse d’un cratère en bronze.

(Musée de New-York.)

L’ART PHÉNICIEN ET CYPRIOTE

d’art hybride. Ce sont de petits vases d’argent ciselés dans le goût assyrien avec une rare élégance, des manches de sceptres et d’au¬

tres ustensiles précieux pareils à ceux de Ninive.

Certains bijoux, destinés à la coiffure des femmes, sont d’un travail exquis^ de même les pendants d’oreilles, les colliers en or, en pierres dures et en verroteries, avec des figures de lions, de béliers, de cerfs, des masques la barbe tortillée à l’assyrienne , des têtes d’Isis- Hathor, des fleurs de lotus. Quelques-uns de ces colliers, de ces bracelets, terminés en têtes de lions ou de serpents, sont des modèles que les artistes grecs n’ont eu qu’à copier, car ils sont les chefs-d’œuvre du genre fouilles de Ninive ont mis au jour des tablettes d’ivoire sculpté par des artistes phéniciens et exportées en Mésopotamie par le commerce; des plaques de même style ont été recueillies en Phénicie même : c’étaient des ornements de coffrets précieux. Ces produits de l’industrie phénicienne étaient exportés sur

Fig. 230. — Bijou phénicien en or.

Nous avons vu que les

archéologie orientale.

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toutes les côtes de la Méditerranée, et c’est à Palestrina, en- plein Latium, qu’a été découverte une tablette d’ivoire sur laquelle est gravé un vaisseau monté par des bateliers pareils à ceux des peintures de l’Égypte. Des œufs d’autruche, trouvés en Étrurie, arrangés pour servir de vases, sont ornés de figures tracées à la pointe, dont le caractère phénicien ne saurait être contesté : ce sont des zones de guerriers à pied, à cheval, dans leurs chars de guerre ; des files d’animaux, des combats de

lions avec des taureaux, de style égyptisant ; l’encadrement de ces scènes est emprunté à l’Assyrie ; le tout rehaussé de couleurs chatoyantes1.

Si nous avions en Phénicie des bas-reliefs comme ceux de l’Assyrie, des peintures comme celles de l’Égypte, nous pourrions nous rendre à peu près compte de ce qu’étaient ces brillantes étoffes teintes de pourpre sur lesquelles l’antiquité classique s’exprime avec tant d’enthousiasme. C’est au dieu de Tyr, Melkarth, que la tradition attribuait l’invention de cette teinture, obtenue, comme on le sait, avec le suc d’un coquillage marin, le murex, qui se rencontre particulièrement sur la côte de Phénicie, Nous pouvons i. Voyez Perrot et Chipiez, Hist. de l'art, t. III, p. 853 et

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