Découvertes en Chaldée, pi
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dont nous avons parlé, une saillie de 1 mètre d’épaisseur sur 5m,5o de long. Les ailes de cette saillie sont formées de pilastres carrés et de demi-colonnes de om,5o de diamètre, qui, rappelant les piliers à faisceaux de nos cathédrales, constituent l’une des particularités les plus intéressantes de l’architecture pri-
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du dieu Nin-Girsu. Mesurant im,8o d’épaisseur, deux de ces piliers, éloignés l’un de l’autre de deux mètres, avaient encore vingt-quatre assises de briques. « Chaque pilier, dit M. de Sarzec, est formé d’un faisceau de quatre colonnes rondes, étroitement assemblées et construites tout entières en briques... Si l’on décompose une des quatre colonnes rondes, on trouve que l’une des assises y est formée d’abord par une brique circulaire au centre, autour de laquelle rayonnent huit briques triangulaires, échancrées à leur angle intérieur et arrondies sur leur face extérieure, de manière à ce qu’elles dessinent, par leur F'g- )■ — Section de pilier (d’après Heuzey). réunion, un cercle
complet. A l’assise suivante, le cercle se compose, au contraire, de huit briques triangulaires, terminées en pointe, qui se réunissent au centre même de la colonne, et de six autres briques courbes, enserrant les huit premières. Quant à l’espace compris entre les quatre cercles ainsi formés, il est rempli par deux grandes briques à larges échancrures en arc de cercle, qui s’y emboîtent exactement. » Ces curieux piliers, si ingénieusement construits, rappelent l’ordre végétal égyptien imitant un bouquet de quatre tiges de lotus; ils
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montrent avec quelle adresse les Chaldéens surent se passer de la colonne en pierre. La base consistait en un massif carré de briques, formant stylobate, en saillie de o'",6o sur tout le pourtour du fût. L’ensemble du faisceau était revêtu d’une épaisse couche de plâtre L
Malgré tout, et quelque habileté qu’on eût déployée dans la fabrication de ces briques à moules spéciaux, rondes, en triangle, en secteur de cercle, les piliers ainsi montés ne devaient pas offrir, comme la colonne égyptienne, une solidité capable de supporter de grandes masses : ils n’auraient pas tardé à fléchir sous le faix. Aussi on ne dut les employer qu’exceptionnellement et presque uniquement à titre décoratif, soit pour supporter l’auvent d’un perron d’honneur, soit pour abriter la cella où une divinité rendait ses oracles.
Le côté défectueux de l’architecture chaldéenne est donc le manque de supports en pierre s’élançant fièrement dans l’espace comme la colonne égyptienne et supportant sur leur tête hardie, tout aussi bien que les murailles les plus épaisses, la retombée des voûtes, les architraves, les toits, les terrasses, ouïes étages supérieurs des édifices. Mais ce qui prouve que si la nature eût fourni aux architectes la matière première, ils eussent taillé des colonnes de pierre, c’est précisément l’ingénieux artifice par lequel ils réussirent à les remplacer; c’est aussi qu’ils n’hésitèrent pas à faire usage de colonnettes de bois ou de métal dans la construc-
. Voy. Heuzey, Un palais clialdéen, p. 37 à 58.
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tion d’édicules comme les tabernacles de leur dieux. Une stèle du roi Nabu-pal-iddin (vers goo av. J.-C.), trouvée à Abu-Habbu, représente le tabernacle du dieu Samas, supporté par des colonnettes en bois, recouvertes de plaques de bronze imbriquées, de manière à simuler un tronc de palmier (voyez fig. 29). La base et le chapiteau sont pareils : ils se composent d’une double volute en fleur de lotus, se rapprochant quelque peu du chapiteau ionique; bref, les Chaldéens savaient se servir de la colonne dans la petite architecture.
Une porte au moins était percée dans chacune des façades du palais deTello, mais ces ouvertures n’étaient pas dans l’axe de la construction, ni même symétriques. Le côté principal (nord-est) avait deux entrées; la plus grande, presque au milieu du renflement, avait une baie de im,2o de largeur. Elle fut murée à une époque postérieure, c’est-à-dire au temps, voisin de l’ère chrétienne, où les rois gréco-parthes de la Characène eurent l’idée de restaurer Tello et de s’y installer. Comme les maisons arabes de nos jours, les murs extérieurs du palais de Gudéa ne comportent pas d’autres ouvertures : il n’y a ni fenêtres, ni jours d’aucune sorte, prenant l’air et la lumière sur la campagne ou sur la ville.
Pénétrons maintenant dans l’intérieur de l’édiflce chaldéen dont les façades aveugles et muettes laissent à notre imagination une impression de tristesse et de froide monotonie. Les murs paraissent n’avoir jamais comporté la moindre décoration architecturale; ils sont entièrement nus, caractérisés seulement de temps à autre par des parties rentrantes et par des parties sail-
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lantes : nulles traces de moulures, de plinthes, de corniches et de ces artifices auxquels ont recours les architectes de tous les pays pour rompre l’alignement des murs et provoquer des effets d’ombre et de lumière. Il faut supposer que la décoration intérieure du palais consistait tout entière dans les revêtements coloriés et les tentures. L’épaisseur des murs varie de 2'",6o à om,8o. Toutes les cloisons se coupent à angles droits, formant trente-six chambres carrées ou rectangulaires : la plus grande mesure 12 mètres sur 3m,65, la plus petite 3m,35 sur 3 mètres. La disproportion qui existe, surtout pour le salon d’honneur, entre la longueur et la largeur, l’extrême épaisseur des murs, de ceux mêmes qui sont le moins importants dans la construction, constituent des particularités essentielles que nous relèverons plus tard également dans les édifices assyriens. A Ninive, on a constaté que c’est la poussée des voûtes en berceau surmontant les chambres qui a mis l’architecte dans l’obligation de rapprocher les murs parallèles et de leur donner une énorme épaisseur. Devons-nous, en l’absence de preuves palpables, tirer la même conclusion en ce qui concerne les palais de la vieille Chaldée? Sommes-nous autorisés à affirmer que la voûte était connue trois mille ans avant notre ère? En un mot, comment étaient couvertes les salles de l’édifice bâti par Gudéa? Etait-ce partout à l’aide de solives transversales supportant un plancher et une terrasse; ou bien était-ce le plus souvent par une voûte en briques ? Dans ce que nous avons lu de la relation de M. de Sarzec ou des études de M. Heuzey sur les fouilles de Tello, nous n’avons pas
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trouvé de réponse directe à cette question. Peut-être l’état actuel des ruines ou les remaniements successifs auxquels les constructions primitives ont été soumises, ne permettent-ils pas de donner catégoriquement la solution du problème. Cependant des indices sérieux nous autorisent à croire que les Chaldéens du temps de Gudéa connaissaient déjà la voûte, et qu’ils en faisaient usage pour couvrir leurs maisons. Dans plusieurs parties du palais même de Tello,
M. de Sarzec a trouvé, en parfait état de conservation, de petits passages voûtés, hauts de i mètre et larges de om,6o1; dans un des monticules secondaires, il a mis à jour un petit canal voûté qui conduisait au loin dans la plaine les eaux vannes de la ville. Taylor a constaté, dans un caveau de la nécropole de Mughéir, le système de voûte le plus primitif que l’on ait jamais connu : la voûte dite en encorbellement. Dans cette fausse voûte, les assises de briques montent parallèlement deux à deux, à la rencontre les unes des autres, chaque lit nouveau débordant sensiblement sur le précédent, jusqu’à ce que les assises opposées parviennent à se toucher et à se confondre.
Ce sont donc, semble-t-il, les Chaldéens qui ont
Fig- +.
Voûte en encorbellement de Mughéir (d’après Taylor).
i. E. de Sarzec, Découvertes en Chaldée, p. 04 et 35.
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inventé la voûte1 : le manque de bois de construction les contraignit de bonne heure à s’ingénier pour se garantir à la fois contre les pluies diluviennes et contre les ardeurs d’un soleil torride : la création de la voûte fut pour eux instinctive et spontanée. Ils élevaient, deux ou trois mille ans avant notre ère, des voûtes et des coupoles pareilles à celles que bâtissent aujourd’hui les plus grossiers des maçons de Mossoul ou de Bagdad. Sans doute, l’état actuel des ruines chaldéennes et l’insuffisance des explorations dont elles ont été l’objet ne permettent pas de dire si ces proto-Chaldéens ont connu toutes les espèces de voûtes comme les Assyriens du siècle des Sargonides, ou les Babyloniens de l’époque de Nabuchodonosor; mais les remarquables perfectionnements que l’on constate dans leurs constructions monumentales et dans la fabrication même de la brique sont autant d’arguments en faveur de la conclusion suivante : les palais et les maisons des Chaldéens contemporains de Gudéa étaient surmontés, pour la plupart, de voûtes en plein cintre ou de coupoles, comme le furent plus tard, au témoignage de Strabon2, les maisons des Babyloniens. Les voûtes supportaient une terrasse d’argile; cette couche de terre devait être moins épaisse au-dessus des chambres couvertes seulement d’un plancher de poutres de palmier et d’un clayage de roseaux. On accédait au-dessus par un escalier dont on paraît avoir retrouvé un exemple dans le palais de Tello3.
1. Voyez Perrot et Chipiez, Hist. de l’art dans l’antiquité , t. II, p. 245-246.