‹ Manuel d'archéologie orientaleChapitre 6 sur 46 · E. de Sarzec, op. cit-, p · texte numérisé non relu

E. de Sarzec, op. cit-, p

L’A HT CHALDEEN.

En déblayant les matériaux accumulés entre les cours A et B, les ouvriers de l’explorateur français se sont heurtés (au point H) aune construction en briques cuites qui prouve que les Chaldéens de l’époque la plus reculée avaient déjà inventé un des éléments les plus intéressants et les plus caractéristiques de leur architecture : la figurât ou tour à étages. Les assises inférieures du palais de Gudéa subsistent seules et se composent de deux massifs pleins, étagés l’un au-dessus de l’autre. Dans l’état actuel, la terrasse supérieure est une masse carrée de 8 mètres de côté, en retrait de 4 mètres sur l’étage de dessous : peut-être existe-t-il encore un troisième degré inférieur, auquel les sondages, imparfaits sur ce point, ne sont pas arrivés. La \igurat de Tello n’était pas, dans tous les cas, une construction aussi élevée et aussi importante que celles des palais ninivites ou celles que représentent les ruines de Babil ou de Birs-Nimroud, à Babylone. Elle était même, à beaucoup près, moins considérable que celle, pourtant aussi ancienne, que Taylor a signalée à Abu-Sharein. Ces tours devaient avoir, dès le principe, sept étages, coloriés chacun d’une teinte différente et en rapport avec le culte du soleil (Samas), de la lune (Sin) et des cinq planètes du système astronomique des Chaldéens.

La distribution des appartements royaux avait, avec celle que nous retrouverons plus tard dans les palais ninivites, des analogies frappantes : c’était d’ailleurs l’agencement et le confort des résidences des souverains orientaux modernes. Aux Chaldéens encore, il faut faire remonter l’honneur d’avoir inventé cette disposition

ARCHEOLOGIE ORIENTALE.

architecturale, née des nécessités de la vie orientale et si bien appropriée à ses besoins que, depuis quatre mille ans, elle n’a jamais varié. Il y avait dans le palais de Gudéa trois cours intérieures (A, B, C, fig. 2), autour de chacune desquelles les chambres rayonnaient et d’ou elles prenaient l’air et la lumière. Chacun de ces trois groupes avait son entrée particulière et n’était mis en communication avec le groupe voisin que par un seul couloir facile à garder ou à fermer. Le groupe de chambres situé dans l’angle nord (C) était plus particulièrement isolé et éloigné : c’était le harem ou habitation des femmes. A l’angle ouest (B) étaient les chambres constituant le sérail ou selamlik, c’est-à-dire la partie du palais habitée par le roi et ses officiers : c’est là qu’était le salon des réceptions officielles dont nous avons donné les dimensions. Cette partie de l’habitation royale communiquait, d’une part, avec une cour d’honneur qui mesure 17 mètres sur 21, et d’autre part avec l’extérieur, par l’intermédiaire d’une pièce plus petite servant d’antichambre; à côté de la porte donnant sur la façade on avait ménagé des logettes ou rentrants qui faisaient l’office de corps de garde. Le troisième groupe de chambres, au sud-est (A) constituait le khan, c’est-à-dire les dépendances du palais, les cuisines, les logements des esclaves et les écuries.

Toutes les chambres étaient pavées en briques; elles se commandaient fort rarement et avaient une ouverture donnant sur la cour. La baie de la plus grande de ces portes, celle qui ouvrait sur le salon d’honneur, avait en largeur les dimensions exceptionnelles de 2 mètres; elle était probablement à deux battants. Sous chacune

L’ART C.HALDEEN.

des portes principales, il y avait un grand seuil en marbre ou en albâtre, quelquefois couvert d’une inscription, et placé sur un lit de bitume et de briques concassées; sous ce béton enfin, on trouve généralement des cylindres en pierres fines et des amulettes talismaniques.

Les vantaux des portes tournaient avec leurs pivots dont la pointe s’engageait dans une cavité ménagée à cet effet dans un gros bloc de diorite. M. de Sarzec a rapporté au Louvre un grand nombre de ces blocs naturels qui se trouvaient enfoncés dans le pavage de manière à n’émerger à la surface que de quelques centimètres. Sur la face plane de chacun d’eux, on voit que la crapaudine, creusée en godet conique, a subi un frottement incessant; autour du trou, on gravait une inscription quelquefois circulaire (rig. 5). Pour éviter que le pivot en bois des vantaux vint à s’user trop rapidement, on l’enveloppait d’une gaine de métal qui affectait la forme d’un entonnoir et qu’on fixait au bois à l’aide de clous; un de ces godets de bronze a été trouvé à 1 ello encore en place sur la crapaudine'.

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